L’homophobie chasse une sous-directrice d’école à Saint-Gilles
DIDIER HAINE
vendredi 14 octobre 2011, 10:34
Des émeutes ont éclaté à l’Institut des Filles de Marie ces mercredi et jeudi. Suite à un vol d’argent, une fouille d’élèves chapeautée par la sous-directrice, homosexuelle, a mis le feu aux poudres. Broyée, Eliane a démissionné.
Belga
A l’Institut des Filles de Marie, ça chauffe depuis mardi. En cause : un vol dans les vestiaires des filles durant le cours de gym. 200 euros ont ainsi été dérobés du sac d’une élève. Une fouille – à la demande des élèves de la classe de 5e technique concernée par le vol – a eu lieu sous la surveillance de la prof de gym et d’Eliane, la sous-directrice de l’école : « Je crois que ma carrière est terminée au sein de cet établissement, dit cette dernière. Après ce qui s’est passé, je ne vais pas pouvoir y retourner ».
Texto
Voici l’un des messages qui ont circulé par SMS avant les premières échauffourées :
Demain tous ls eleves de ifm nallez pas en cour fau faire ruina, greve contre gwine (la grosse sou directrice) qui a obligé ls filles de 5eme travaux a ce metre toute nu !!! Faite passé ce message a tous ls eleve de ifm. CEST PA UNE BLAGUE DEMAIN RESTEZ TOUS DAN LA COUR ET FAITE RUINA CNTRE CETTE NYMPHE QUI EST LESBIENNE FAITE TOURNÉ SVP !!!!
Car depuis mardi, Eliane, homosexuelle, vit un enfer et a dû faire face à des insultes visant ses choix sexuels. « Dehors la perverse, la lesbienne ! », a-t-elle notamment entendu. Des propos aussi malveillants qu’insupportables, accompagnés d’émeutes, qui ont eu lieu au sein même de l’établissement ces mercredi et jeudi. Une centaine d’élèves du secondaire ont ainsi, à plusieurs reprises, refusé de rentrer en classe. Ils sont restés dans la cour de récréation pour mener la fronde et réclamer la démission de la sous-directrice. Le premier jour, les élèves du secondaire ont été renvoyés chez eux tellement la situation devenait incontrôlable. Des chaises, des bancs ont volé, de nombreux carreaux ont été brisés et les portes des classes des 2e et 3e étages ont été enfoncées…
Que s’est-il réellement passé pour qu’on en arrive là ? Comment les élèves ont-ils pu déceler l’homosexualité d’une femme qui ne s’est jamais épanchée sur sa vie privée ? Les propos tenus par Monseigneur Leonard en début de semaine contre la présence d’homosexuels au sein des directions scolaires ont-ils eu une incidence ? On ne peut l’affirmer. « Nous n’avons jamais discriminé personne », répond en tout cas Daniel Pinte, le président du Pouvoir Organisateur de l’école qui ne savait d’ailleurs « pas avant ces incidents qu’Eliane était homosexuelle. C’est notre sous-directrice, une personne fort discrète, qui a trente années d’enseignement au sein de notre établissement. Elle a toujours consciencieusement effectué son travail et n’a jamais fait l’objet de la moindre critique. »
Et le président du PO d’analyser les causes de l’incident. « Les élèves ont elles-mêmes demandé la fouille, étant indignées par ce qu’il était arrivé à la victime du vol. On a finalement retrouvé l’argent dans la chaussette de l’une d’entre elles. » Las, l’épisode de la fouille s’est propagé à la vitesse de l’éclair au sein de l’établissement, mais pas vraiment comme il s’est réellement passé… La rumeur a pris le pas sur la réalité et les incidents se sont enchaînés. « La sous-directrice a déshabillé les filles, même celles portant le foulard, accusaient encore jeudi matin des élèves de l’Institut. La professeur de gym a fermé le vestiaire à clef, elle a ensuite appelé la sous-directrice. C’est elle qui leur a demandé de presque tout enlever et de rester en petite culotte pour qu’elle les fouille. Elle est ensuite passée d’élève en élève. Même quand l’argent a été retrouvé, elle a continué son inspection. Les grands frères comptent d’ailleurs venir régler leurs comptes avec la sous-directrice… »
Gros comme une maison et complètement faux, mais certains collègues d’Eliane, la sous-directrice ont bel et bien cru à la rumeur mensongère au point d’eux-mêmes tenir des propos homophobes. « Etant donné son orientation sexuelle, comment peut-on admettre cela dans une direction, ça va péter… », a lancé un professeur avant de présenter ses excuses.
Eliane revient, elle, sur la fouille : « Les élèves voulaient absolument qu’on les fouille. On leur a expliqué qu’on n’avait pas l’autorité nécessaire mais elles ont insisté, on leur a donc fait signer une décharge et, une fois, le butin retrouvé, je suis remontée dans mon bureau et je pensais que l’incident était clos »…
Mercredi, lorsque la fronde a éclaté dans la cour : « le directeur m’a demandé de me réfugier à l’étage et de partir par la petite porte après 33 ans de carrière », confie-t-elle en pleurs. « Une enseignante homosexuelle avait déjà fait l’objet l’année passée d’insultes homophobes de la part de l’une de ses collègues, se souvient Eliane. Elle avait dû porter plainte et venir avec son avocat pour que la direction prenne une sanction ». Ecartée pour une année, la professeur à l’origine des insultes doit réintégrer l’Institut à la fin de ce mois. Eliane, elle, annonce son départ. Sans doute définitif.
