Le défi d’Actiris : 108.629 chômeurs, 3.000 offres
VERONIQUE LAMQUIN
mercredi 26 octobre 2011, 12:03
Interview Gregor Chapelle fêtera bientôt ses cinq mois à la tête d’Actiris, l’office régional bruxellois de l’emploi. Un solide défi pour le jeune socialiste, investi d’un mandat de cinq ans.
Grego Chapelle, © Le Soir (Dominique Duchesnes)
Une première impression ?
Contexte
Lucide et prudent
L’un de ses premiers gestes, une fois nommé, pour cinq ans, à la tête d’Actiris, fut d’enlever les voiles qui occultaient les fenêtres du bureau de son prédécesseur. Depuis, Gregor Chapelle domine. la Bourse ! Tout un symbole, en ces temps de crise.
Il nous reçoit alors que le soleil se couche. Le jeune patron est le dernier, avec le concierge et le personnel d’entretien, à rester sous les néons blafards. Souriant, il reconnaît l’ampleur de la tâche qui est la sienne, depuis le 1er juin. Il n’élude pas les difficultés, mais refuse de commenter les politiques régionales ou la gestion passée d’Actiris. Langue de bois ? Il comprend la question mais s’en défend : lui qui donnait des leçons de renouveau politique à son parti n’est pas là pour distribuer les mauvais points. Et il souligne, à juste titre, qu’il ne fait pas mentir les chiffres, au contraire.
C’est dur. (sourires) Il y a une conjonction d’éléments qui font que la charge de travail qui pèse sur la nouvelle direction générale est énorme. Pendant un an et demi, il y a eu une équipe de transition, donc il y a une série de dossiers qui m’ont attendu ! On parle là surtout de management interne : ressources humaines, service informatique, bâtiments. Or, ce sont des questions fondamentales pour la qualité du travail des 875 membres du personnel d’Actiris et pour la qualité du service que nous offrons.
Des retards, donc ?
Oui, et beaucoup de projets, aussi. Je veux inculquer une toute nouvelle culture d’entreprise : la priorité absolue, cela doit être d’offrir un service sur mesure à nos publics, qu’il s’agisse des chercheurs d’emplois ou des entreprises. Toute notre organisation doit être au service de la première ligne. On veut responsabiliser les équipes, c’est nouveau. On doit aussi négocier un nouveau contrat de gestion pour mars 2012, une vraie course contre la montre. Tout le management d’Actiris dit qu’il n’a jamais vécu une période avec une telle accumulation de chantiers, une telle quantité de travail.
Pas de regret par rapport à l’échevinat de Forest ?
C’est très enthousiasmant, je me lève tous les matins en me disant que j’ai beaucoup de chance de relever ce défi. Mais c’est aussi une responsabilité énorme pour la Région, pour les 34.000 employeurs et les 108.629 chercheurs d’emploi que nous avions au 30 septembre.
Justement, ce chiffre ne baisse pas, au contraire. Comment va-t-on s’en sortir ? Il faut se fixer des objectifs réalistes, vu le boom démographique. En termes absolus, il sera très difficile de baisser ce chiffre. Si l’on pouvait déjà le stabiliser, pour, en fait, faire baisser le taux de chômage, ce serait une grande réussite.
Même cela paraît hors d’atteinte…
Premier objectif : améliorer le « matching » : que les employeurs trouvent les demandeurs d’emploi correspondant à leurs offres. Ceci dit, si on regarde les chiffres de façon objective, ce n’est pas avec le matching qu’on va résoudre le problème du chômage à Bruxelles. En septembre, on avait 108.629 chercheurs d’emploi. Parmi eux, 15.000 diplômés du supérieur, 23.0000 diplômés du secondaire et 70.000 sans diplôme du secondaire. Au même moment, on avait un peu moins de 3.000 offres d’emploi, qui nous ont été directement transmises, dans la base de données d’Actiris. Dont 1.700 pour des personnes sans diplôme supérieur. Autrement dit, pour les 93.000 diplômés du secondaire ou d’un niveau inférieur, il y a… 1.700 offres disponibles !
Que faire alors ?
Un, investir massivement dans la formation professionnelle. Il faut plus de formations et un parcours d’insertion plus fluide : le chercheur d’emploi ne doit pas se rendre compte qu’il y différents acteurs de formation à Bruxelles.
Vous parlez autant du service aux chercheurs d’emploi qu’aux employeurs…
Oui, c’est l’un de nos objectifs stratégiques : convaincre les employeurs de nous soumettre un nombre beaucoup plus important d’offres d’emploi. Si on regarde les chiffres, il y a des emplois à Bruxelles : 700.000 pour une population active de 500.000 personnes. Mais beaucoup de navetteurs prennent ces emplois. Notre enjeu, c’est de convaincre les employeurs bruxellois d’embaucher d’abord les chercheurs d’emploi bruxellois. Nous allons cibler prioritairement les employeurs publics et les PME, qui resprésentent 50 % de l’emploi privé à Bruxelles. Actiris doit devenir, dans la tête des employeurs bruxellois, le chasseur de tête gratuit. On a deux gros avantages sur tout le monde : un, on est les seuls à avoir la base de données exhaustive des 108.629 demandeurs d’emploi, puisqu’ils sont obligés de s’inscrire s’ils veulent toucher leurs allocations. Deux, on est un service public, donc on est les seuls à être gratuits. Il nous reste maintenant le défi de l’efficacité.
Reste, quand même aussi, un énorme problème d’adéquation entre les offres d’emploi et la qualification des chômeurs ?
On se donne aussi comme mission le soutien à la création d’emplois peu qualifiés. On a deux partenariats à établir. D’une part, avec tous les opérateurs publics (SDRB, Atrium, le Port, Bruxelles-Export…) dont le métier est de créer de l’emploi : on doit mettre nos moyens à leur disposition. D’autre part, avec le secteur de l’économie sociale. Ils font ce que personne d’autre ne veut faire. Là où les entreprises engagent des bons, les forment pour qu’ils deviennent les meilleurs et restent, ce secteur engage des moins qualifiés et les forme, dans l’espoir qu’ils partent vers un job meilleur. Un créneau à développer dans des domaines comme les économies d’énergie, l’éco-rénovation, les services aux personnes, en particulier aux seniors.
La Flandre dénonce régulièrement une politique bruxelloise d’accompagnement des chômeurs s’apparentant davantage à de l’assistanat ?
Cela relève du préjugé. On a un nombre important de chercheurs d’emploi qui sont sanctionnés. À savoir 6.629 jeunes de 18 à 25 ans, dans le cadre de l’accompagnement systématique obligatoire mis en œuvre au 1er septembre 2010. Et 5.163 chercheurs d’emploi de moins de 50 ans, soumis eux aussi à un accompagnement systématique obligatoire mais moins fréquent, depuis le 1er juin 2011. Contrairement à ce qu’on dit, on fait beaucoup mieux que la Flandre et la Wallonie, avec moins de moyens.
Alors c’est vrai, on n’a pas assez de conseillers emploi pour accompagner nos demandeurs d’emploi, on est aujourd’hui à un conseiller pour 270 chercheurs d’emploi, ce qui beaucoup moins bon qu’en Wallonie, en Flandre (un sur soixante) ou en Europe (un sur cinquante). Mais vous avez vu la réalité budgétaire !
La réforme de l’État va accroître vos compétences…
C’est un fameux défi, on n’est pas prêts, soyons clairs. S’il se confirme que ce sera à partir du 1er janvier 2014, on va devoir sérieusement travailler.
Vous restez optimiste sur la situation bruxelloise ?
Je n’oserais pas aller jusque-là. Parce que le défi est gigantesque. On est dans une course contre la montre terrible. Le refinancement va produire ses effets pendant dix ans, puis ils vont commencer à décroître. Nous avons, collectivement, le gouvernement, les administrations ainsi que les employeurs, une fenêtre d’opportunité extrêmement courte pour relever le défi.
Trop courte ?
Avec les moyens dont on va disposer, ça va être fort court.
Vos réactions
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@Eco Et quoi, ils n'ont pas le droit de s'appeler Mohamed? Que tu t'appelle Mohamed ou Stephane ou Koen, je suis désolée, si tu veux bosser, tu bosses... Je te ferais également remarquer que la plupart de ces Mohamed travaillent et ne font pas nécessairement un boulot très glorieux.... ou très facile.. A force de toujours rejeter la faute sur les autres....Soit, sans diplome du secondaire, peu de porte s'ouvre, si ce ne sont les jobs pas déclarés à 100% (Horeca par exemple ) qui faussent les chiffres...
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17 eco - ouvrez les yeux, pensez vous pouvoir donner 50.000 emplois qualifiés à des non qualifiés. pourquoi faire des études alors ? pourquoi se casser la tête à apprendre des langues ? pourquoi se lever le matin ? Pour ce qui est de la discrimination à l'embauche, il faut aussi faire attention à ce que l'on entend pas discrimination.
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@langed1 Comme je l'ai signalé plus bas, il s'agit de 3.000 offres reprises sur le site Actiris. Cela ne signifie pas qu'il n'y a que 3.000 emplois libres à Bruxelles. Ce titre est trompeur et racoleur. D'ailleurs vous êtes tombé dans le panneau.
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BX 110.000 chômeurs,600.000 navetteurs=>Le racisme à l'embauche,un autre mal belge!L'affaire Adecco vient aujourd'hui démontrer avec fracas que le phénomène peut prendre des allures de système.cette affaire, par le nombre d'entreprises qu'elle a impliquées,démontre qu'en Belgique,des candidats à l'emploi motivés,parfois multilingues sont priés de rester dans les rangs du chômage, et de subir, du même coup,la nauséabonde accusation de fainéantise et de non-intégration.On aura beau jeu de dire que les faits sont anciens, que les mentalités ont évolué et que le problème est effacé.Lourde erreur:plusieurs indices, précis et concordants,démontrent que la tâche reste énorme. Les statistiques des offices de l'emploi démontrent,encore aujourd'hui,que le taux de chômage des personnes de nationalité étrangère est le double de celui des Belges.http://www.lesoir.be/debats/editos/2011-06-16/le-racisme-a-l-embauche-un-autre-mal-belge-845873.php
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Gregor Chapelle....y croît ! Mais, à quoi?,diriger ce"grand machin" ne peut être allouée qu'a un "apparhatchik",classé en ordre"utile",bien évidamment , sa solution:créer des entreprises pour des emplois non qualifiés,vu les trop faibles offres d'emploi pour cette catégorie de demandeurs d'emploi :on lui souhaite....bonne chance!