La place ixelloise fait l'objet de nombreux appétits.
A la conquête de Flagey
VERONIQUE LAMQUIN
jeudi 25 septembre 2008, 08:45
Ixelles. Qui en détient les clés et avec quelles visées ? Coup d'il par la serrure. Dominique Janne se met en vitrine : gare aux bobos
Photo Alain Dewez
De son bureau, un neuvième étage généreusement vitré, la vue sur la place Flagey impressionne. Dominique Janne s'est installé sur la plus grande place de Bruxelles voici sept ans, au numéro 7. Il y a attiré, sur les vastes plateaux, des métiers de l'audiovisuel, des bureaux d'architectes. Puis il a embarqué son festival du film, en face, dans l'ex-INR. Et, depuis quelques mois, il achète tout rez commercial qui se libère à cinq cents mètres à la ronde voire plus puisqu'il a acquis le siège de la Stib, avenue de la Toison d'Or, pour y faire commerces et logements, ainsi que plusieurs vitrines du haut de la chaussée d'Ixelles.
Dans le bas Ixelles, il affiche une nette préférence pour les vitrines à même la place Flagey. Photo Linea, c'est lui. La librairie, le phone-shop, côté Delhaize, c'est lui aussi. Les quatre rez entre Dexia et la pharmacie, côté Gray/Brasserie, c'est lui encore. Assez ? Non : les Rideaux Janine, l'ex-siège des Petits Riens, chaussée d'Ixelles, un phone-shop, rue Malibran, et l'espace délaissé par Fortis, rue des Cygnes Les commerçants du quartier voient d'un il méfiant ces opérations immobilières qui se multiplient autour d'un seul acteur « Il joue au Monopoly sur la place » Le producteur des Convoyeurs attendent et du Maître de musique s'en défend. « Oui, je m'intéresse à la place, reconnaît Dominique Janne. Pour la dynamiser. Tout le monde dit qu'elle fonctionne ? Bof Cela démarre lentement. Regardez, il n'y a personne », pointe-t-il, de son balcon il est 11 h 30, par un beau matin de semaine. Son idée ? Attirer des commerces qui vont drainer du monde. « Pas des banques, il y en a assez, même si on reçoit beaucoup d'offres. » Mais encore ? De l'originalité. Tant pour l'horeca (« mais il y en a déjà beaucoup ») que le commerce. Il rêvait d'un
manga store, il songe à une bijouterie, un traiteur, une librairie, pourquoi pas un coiffeur. « Pas de haut de gamme, de toute façon il ne viendrait pas. Du reste, les surfaces sont petites, on ne peut pas tout faire. » Pas de vêtements, par exemple. Une seule condition : « ouvrir le dimanche ! » Est-il conscient qu'il fait peur aux commerçants établis de longue date, en particulier rue Malibran ? « Tous les commerces là-bas fonctionnent bien, ils ne sont en rien menacés. »
Quatre étages plus bas, en face, la vue est aussi belle Le regard se fait inquiet. Yaron Peztat vient d'emménager, avec Ecolo Bruxelles, au cinquième de l'INR. Le député régional ne voit pas d'un bon il cette concentration. « Quand on a une vingtaine de commerces, le risque est grand de les gérer comme une galerie commerciale à ciel ouvert. Et, donc, de limiter l'offre à du haut de gamme pour bobos qui menace la mixité. Or Flagey est l'un des quartiers les plus mélangés de Bruxelles, entre le chic des étangs et le populaire de la rue Gray. » Un cri dans le vide, l'évolution du marché étant inéluctable ? L'administrateur de Trevi, Eric Verlinden, estimait, à la réouverture de la place, que Flagey évoluait de manière extrêmement similaire au Châtelain, voici dix ans. Un fin connaisseur du tissu commercial de Flagey confirme : « le niveau des nouveaux loyers est beaucoup plus élevé Tout le monde ne pourra pas suivre. » Une cause perdue ? A en juger par les réponses (vagues) des autorités communales et régionales, on n'est pas loin de le penser. « Faux ! Les pouvoirs publics peuvent agir », affirme Yaron Peztat. Comment ? « La Région pourrait soumettre le quartier à un droit de préemption NDLR :
qui rend certains acteurs publics (commune, Région) prioritaires pour l'achat. On limite la spéculation et on peut acheter des rez stratégiques. » Autre piste ? La création d'agences immobilières commerciales. Le concept, qui existe pour le marché résidentiel, prévoit que ladite agence (une ASBL) décharge le propriétaire de la gestion. « Certains propriétaires seraient plus enclins à garder leurs biens. » Enfin, Yaron Peztat lorgne vers la commune, propriétaire : « Elle peut avoir une influence. Et par exemple déloger la Mission locale au profit d'une librairie. »
Mais au fait qu'en pensent les commerçants de la place ? Certains fulminent de devoir quitter leur magasin, repris par Janne. D'autres s'inquiètent Moins de l'appétit de leur voisin que du vide qui s'installe. « Il y a des projets mais, pour l'instant, plusieurs magasins sont vides, ce n'est pas bon, résume Valérie Dussart, responsable de l'antenne locale d'Atrium (structure d'aide régionale aux noyaux commerciaux). A part ça, les commerçants ne demandent pas mieux que de voir arriver de grandes enseignes, qui vont attirer du monde Pour autant qu'on préserve la mixité », insiste Valérie Dussart. Qui a par ailleurs sondé les clients : travailleurs, habitants et étudiants de Flagey « un public très différent de celui du soir, plus haut de gamme » ont exprimé « un énorme attachement au quartier, une envie de voir le commerce se diversifier, pour pouvoir faire tout son shopping ici. Mais dans des prix raisonnables ». L'avenir de la place semble assuré. Pour qui ?
un bobo vous écrit les amis, comme touriste à Ixelles je vous dirais que cette place ressemble à un parking de supermarché, sans les voitures. Elle donne envie de s'y promener comme d'aller vers le peloton d'exécution. Et j'apprends ici qu'il y a un plan d'urbanisme à Bruxelles, je suis étonné, mes yeux s'écarquillent tout seul. Ou alors l'urbanisme est ici une sorte de concept du style: faire que la qualité des transports publics force à acheter une voiture, et aménager des sortes d'espaces bétonnés entre les routes surchargées pour éviter que la pietaille se fasse tuer direct.
eh oui bon, au soir, à quand un petit article sur ça parce qu'il est question de la presse et de l'urbanisme en même temps... http://bulles.agora.eu.org/20081001_domini...e.html#articles
[2] mak500000 Remarquez que la sncb lance une réflexion sur des transformations de la Jonction Nord-Midi alors que la gare centrale est en fin de travaux de rénovation...
@ cedced Les voitures en sous-sol, c'est très bien. Par contre, j'aurais préféré que les rails la traversent de part en part, avec les arrêts trams/bus au centre, recouverts de passerelles verdurisées. En jouant ainsi sur les volumes, il devenait possible de rajouter à côté des arrêts, un jardin de rocailles, une cascade, la friterie et des tables de pique-nique, un roller park, etc., Des haies de bambou pour isoler le tout des voitures, il restait même assez de place pour 2 rangées d'étals de marché. Le vide actuel ne convient que pour le retour du cirque, mais on n'a même pas prévu des anneaux scellés pour attacher les tendeurs... La pierre bleue, ce n’est pas des pavés : un joli massacre en perspective au premier passage d'un chapiteau !
pas d'accord La ville n'est pas que du plein. Il faut aussi des vides, des espaces non affectés. Et ça marche : la preuve, la place est très souvent animée, des flux de piétons d'y croisent, etc. Si pour vous l'animation ce sont les voitures garées, comme au "bon vieux temps" là c'est sur on peut pas faire grand chose pour vous...
Le vide appelle le vide La nouvelle mode est aux places vides et minérales, comme les places Liedts et Bara. Flagey a suivi le même chemin. Forcément, la place restera vide, car ce type d'aménagement fait fuir les passants. Plantez-vous en son centre, vous ressentirez un malaise diffus qui vous étreint... impossible à prévoir sur maquette bien sûr, et puis les architectes urbanistes font des jolis dessins pour emporter le marché, mais l'utilisateur final est toujours balayé par les multiples décideurs.
c'est très bien désolé, mais l'évolution de la place me semble très positive. préfère t-on revenir en arrière, un quartier qui se taudifie, rempli de phone shop et de night shop, désert et insécure ? J'aime mieux des magasins moderne, propre et attractif. Ecolo me fait rire, s'ils ne veulent pas de "bobo" dans le quartier, qu'ils commencent par ne pas y venir eux-même.