La ville qui les réunit mériterait sa confrérie
CAROLINE DUNSKI
lundi 30 août 2010, 09:58
Elles défendent des spécialités gastronomiques, mais aussi le patrimoine, le folklore, des métiers et des traditions. Environ la moitié de nos 137 confréries étaient représentées, dimanche, à Tournai. Qu'attend la cité des cinq clochers pour en fonder une ?
Des hommes et des femmes portant plumes, tricornes, paille, velours, culottes bouffantes, capes, peaux
Un régal pour le caricaturiste Serdu ! © Coralie Cardon
Ce dimanche, à Tournai, quelque 70 confréries ont pris part au cortège de la 27e Journée annuelle des confréries de Wallonie et de Bruxelles. Ce sont les trois confréries de la Wallonie picarde qui étaient aux commandes. Étant donné l'exiguïté du village des sorcières, c'est sur la Grand Place de Tournai que la Confrérie des Chaussons et de la Moinette d'Ellezelles a monté les 43 stands pour leurs confrères venus faire goûter leurs spécialités et connaître leurs traditions.
Un conseil noble portant écusson provincial
Le rassemblement annuel des confréries a pour objectif de sceller des liens d'amitié entre les confréries, mais aussi de faire connaître leurs traditions et produits au grand public. Si la Wallonie et Bruxelles comptent 137 confréries, cette tradition de compagnonnage et de solidarité n'a pas atteint la Flandre. Les chaussons dont il est question dans la Confrérie d'Ellezelles sont ces pâtisseries farcies au maton que les ménagères d'autrefois, fermières pour la plupart, préparaient à base de lait cru et caillé. Avec la première, la Confrérie de la Double d'Enghien et l'Ordre du Blanc Bleu Belge de Mouscron constituent les trois confréries de la Wallonie picarde. Toutes les trois sont nées en 1984. Un grand cru, assurément !
Depuis 1973,le Conseil Noble du Hainaut réunit les représentants de treize confréries et de deux ambassades, qui regroupent des représentants de confréries étrangères. Ainsi, en Hainaut, on trouve l'Ambassade des Confréries canadiennes et l'Ambassade du Pont-l'Évêque, qui représente la confrérie normande des Chevaliers du Pont-l'Évêque. En juin 2008, le Conseil Noble du Hainaut a été officiellement reconnu par la Province et a obtenu, pour chaque confrérie membre, le droit de porter l'écusson officiel nouvellement créé et d'apposer le blason provincial dans les correspondances et autres imprimés. De tous les Conseils Nobles wallons et bruxellois, celui du Hainaut est le seul à avoir obtenu ces honneurs.
Parce que si c'est essentiellement de gastronomie qu'il s'agit bières, surtout, mais aussi tartes au fromage, tourtes au chicon, pâtés et autres apéritifs les confréries défendent aussi le patrimoine, le folklore, des métiers et des traditions. C'est le cas, par exemple, de la Confrérie des Potiers de Bouffioulx ou de celle des Grands Gousiers de Beaumont, qui veut perpétuer la tradition légèrement oubliée des vignerons de sa région.
Le bourgmestre Christian Massy était heureux d'accueillir dans la prestigieuse Halle aux Draps ces représentants hauts en couleurs et riches de matières soyeuses. Il n'a cependant pas manqué de rappeler aux Tournaisiens présents que, hélas, leur ville n'abrite aucune confrérie. « Tant de produits mériteraient pourtant d'être mis à l'honneur », a-t-il souligné.
Et Christophe Lison, chargé de communication de la Ville, de citer le mutiau, « une sorte de tête pressée servie pendant le lundi perdu, après l'Epiphanie, mais aussi toutes les spécialités proposées à cette occasion, comme le lapin et la salade tournaisiens ou encore les bières des brasseries de Tournay et du Cazeau. Bref, il y a matière et le monde associatif de Tournai est si bouillonnant. Deux ou trois copains suffiraient
»
Pendant la séance académique, le caricaturiste Serdu s'est vraisemblablement régalé à croquer les hommes et femmes portant plumes, tricornes, paille, velours, culottes bouffantes, capes ou peaux, attrapant au vol chaque bribe de discours pour lui donner une saveur inattendue ou gentiment ironique. Enfin, dans l'après-midi, la Grand Place et les stands allaient voir débarquer la Fanfare détournée d'Eloi Baudimont, les Sorcières d'Ellezelles accompagnées de leur Fanfare diabolique ou encore la Banda Mich, une fanfare déjantée venue d'Enghien et Tubize.
Jean Mouton, grand maître de la Confrérie d'Ellezelles, était ravi. « C'est un franc succès ! »