Priorité à une académie forte

ETTORE RIZZA

mardi 02 novembre 2010, 09:32

Le comité provincial du MR a entendu jeudi les responsables des deux universités à propos du débat sur les pôles d'enseignement. Les réformateurs de Mons et de Charleroi sont parvenus à dégager une synthèse de leurs points de vue. Position unifiée ; d'accord pour fortifier les pôles hainuyer ou bruxellois, mais en resserant les liens entre eux.

Priorité à une académie forte

Selon le Montois Richard Miller et le Carolo Olivier Chastel, la coopération actuelle entre l’UMons et l’ULB au sein de l’Académie Wallonie-Bruxelles est insuffisante © TTLAGENCY

Les premiers se disaient favorables à un pôle d'enseignement supérieur fort autour de l'Université de Mons, les seconds redoutaient la création d'un « quatrième pôle ». Désormais, les réformateurs montois et carolos parleront d'une seule voix. Réunie jeudi soir en comité provincial, la fédération MR du Hainaut s'est accordée sur une attitude commune : oui à un pôle hainuyer fort, mais au sein d'une Académie Wallonie-Bruxelles tout aussi musclée.

Pôles vs académies

C'est un débat crucial pour l'avenir de l'enseignement supérieur en Communauté française. Depuis le décret Bologne de 2004, les universités sont associées au sein de trois académies : Louvain (UCL, Fucam, facultés universitaires Notre-Dame de la Paix et Saint-Louis), Wallonie-Europe (ULg, faculté agronomique de Gembloux) et Wallonie-Bruxelles (ULB, UMons). Cette dernière académie est la seule dont les composantes n'ont pas fusionné ou n'envisagent pas de le faire. Mais les universités – notamment l'UMons – se sont aussi associées avec des hautes écoles et des institutions d'enseignement artistique pour former des pôles géographiques. Le ministre de l'Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt (PS) plaide pour un renforcement de ces pôles. Au détriment des académies ? C'est ce que craignent l'ULB et les « forces vives » de Charleroi, une région où les seuls cours universitaires dispensés sont le fruit de la collaboration entre l'ULB et l'UMons.

Cette position a été adoptée après avoir entendu les arguments du recteur de l'UMons, Calogero Conti, et du président sortant du conseil d'administration de l'ULB, Jean-Louis Vanherweghem. Rencontre avec le secrétaire d'État carolo Olivier Chastel, président de la fédération MR, et le sénateur de Communauté montois Richard Miller, qui a effectué la synthèse des débats.

Comment avez-vous abouti à ces conclusions ?

Richard Miller : Notre point de départ a été l'intérêt des étudiants. On le sait, les jeunes en Hainaut éprouvent beaucoup plus de difficultés qu'ailleurs pour s'inscrire dans l'enseignement supérieur. La population est plus pauvre, elle doit payer des kots, la première année fait très peur, etc. Partant de cette base, nous avons rejoint la conclusion qu'il faut renforcer l'offre universitaire et supérieure dans notre province.

Olivier Chastel : Le critère de proximité est devenu essentiel en matière d'enseignement supérieur. Nous sommes persuadés qu'on enverrait beaucoup plus d'étudiants dans les universités si les familles n'avaient pas à se dire : on est bon pour aller à Bruxelles, à Louvain ou à Mons. Regardez ce que représente comme réservoir d'étudiants la région de Charleroi, dans laquelle on ne développe quasiment pas de première année universitaire. Le Hainaut est le deuxième pourvoyeur d'étudiants de l'ULB après Bruxelles. Quand on sait cela, on se dit que tant Mons que l'ULB gagneront leur combat – et on peut parler de combat – contre les deux autres académies en investissant dans une zone dont le réservoir est probablement le plus important de Wallonie.

On pourrait aussi en conclure qu'il faut une offre universitaire complète en Hainaut – ce que l'UMons dit ne pas envisager.

R.M. : A nos yeux, proximité ne veut pas dire repli sur soi. Le renforcement de l'offre universitaire, que ce soit à Charleroi comme pour tout le Hainaut, passe par davantage de synergies entre les différentes offres universitaires existantes. L'ULB et l'UMons étant déjà présent à Charleroi, nous disons simplement à leurs responsables : mettez-vous autour de la table et discutez, négociez, pour accroître vos collaborations.

Les deux universités sont déjà associées au sein de l'Académie Wallonie-Bruxelles. Vous plaidez en somme pour le statu quo ?

O.C. : Non, pour un renforcement de ce qui existe. L'Académie, aujourd'hui, n'est finalement que la mise côte à côte de deux pôles géographiques. Nous pensons que les deux doivent se renforcer, mais surtout pouvoir travailler ensemble autrement qu'ils ne le font.

Pour vous, jusqu'où devrait aller ce rapprochement entre les deux universités ?

O.C. : Nous ne disons pas qu'il faut fusionner l'ULB et l'UMons. Pour une série de raisons, parfois psychologiques, on n'est pas dans cette tendance. Mais entre la fusion et le statu quo, il y a un grand écart qu'il faut absolument réduire. Ce qui procure le financement des universités, c'est le nombre d'étudiants. Quel est le partage actuel ? 11 % pour Mons, 22 % pour l'ULB, 22 % pour Liège et 45 % pour Louvain.

Le calcul est vite fait : avec 33 %, on se battra dans le paysage universitaire d'une tout autre manière qu'avec 11 % et 22 %. Rappelons que le financement des universités se fait en enveloppe fermée. Les habilitations (l'autorisation d'ouvrir une année d'études) s'arrachent en Communauté française. Si le réceptacle de ces habilitations était l'Académie Wallonie-Bruxelles, nous aurions plus de chances d'en obtenir de nouvelles, ainsi que des moyens financiers supplémentaires. À charge pour les deux universités d'affecter ces habilitations-là où elles sont nécessaires.

Vous avez exposé ces arguments aux autorités de l'ULB et de l'UMons. Quelle a été leur réaction ?

R.M. : Calogero Conti veut garder son autonomie décisionnelle, ce qui serait difficile avec un rapport d'un tiers - deux tiers en sa défaveur. C'est pourquoi nous disons qu'il est important qu'ils se mettent autour de la table avec la volonté d'aboutir à un accord.

O.C. : Conti dit : il faut garder le lien. Mais il ne dit pas encore qu'il faut le renforcer. C'est ça, la subtile différence.

L'Académie Wallonie-Bruxelles a cette particularité d'être à cheval sur deux régions. Craignez-vous une régionalisation de l'enseignement supérieur ?

O.C. : On est tout à fait opposés à ce principe. Nos universités en seraient les deux seules pénalisées. Ce que le Liégeois Marcourt dit sur le renforcement des pôles signifie en réalité : je veux régionaliser et détricoter la troisième académie en renforçant les deux autres, dont celle que je supporte plus ouvertement… C'est la seule stratégie de Marcourt. Nous n'en voulons pas.

R.M. : Sans compter que les autres académies se sont totalement intégrées et représentent une force de développement supérieure. Pour elles aussi le réservoir d'étudiants du Hainaut est intéressant ! L'Académie Louvain pourrait très bien essayer de dégager les habilitations vers le Hainaut et Charleroi. Or, à sa différence, l'ULB et l'UMons sont fondées sur des principes de progressisme, de libre examen… Cette dimension a aussi son importance pour nous.

Quelle est maintenant la prochaine étape ? La balle est-elle uniquement dans le camp de l'ULB et de l'UMons ?

O.C. : L'appel que nous avons lancé aux deux représentants les a marqués, nous en sommes certains. Je vous le dis : ils vont se mettre à table, ils vont discuter, ils vont avoir des rapprochements. Dès que l'ULB aura réglé ses problèmes de gouvernance.

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[2] laurent1975dit le 02/11/2010, 09:57



Si l'opportunit? ? loup?lors de la cr?ion de l'UCL, et sachant l'importance de la proximit?e l'universit?our pas mal de familles, je ne comprends pas qu'on ne tente pas le d?loppement du campus plut?u c?de La Louvi?, ?5' de chacune des deux autres villes et elle-m? coeur d'une agglom?tion plus importante que ce dont sa taille peut laisser penser. En plus, autour de La Louvi? - sud, il y a pas mal de terrain, de quoi d?lopper un campus...

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[1] laurent1975dit le 02/11/2010, 09:54



"tant Mons que l'ULB gagneront leur combat (...) contre les deux autres acad?es", "le Li?ois Marcourt (...) d?icoter la troisi? acad?e en renfor?t les deux autres, dont celle (qu'il) supporte plus ouvertement". Je ne sais pas pour Marcourt, mais visiblement, Chastel est adepte de la guerre des clochers wallons...

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