Don d'organe, don de vie
DIDIER ALBIN
vendredi 04 février 2011, 09:32
Créée en 2004, l'association de sensibilisation au don d'organe réalise un travail de fourmi sur le terrain. Un travail qui commence à porter ses fruits notamment en Wallonie picarde.
Le don dun organe est souvent synonyme de don de vie pour les patients receveurs Mais la démarche reste difficile pour les donneurs et leur famille La sensibilisation assurée par SDO est vitale © pierre-yves thienpont
Au 1er janvier 2011, 1.245 patients belges étaient en attente d'un organe. En moyenne, un tiers d'entre eux ne bénéficieront pas de greffe dans les temps nécessaires, en raison de la pénurie d'organes qui frappe de nombreux pays. Ce déficit, c'est le principal obstacle à la transplantation, chirurgie de dernière chance pour des pathologies. C'est aussi ce qui a motivé un groupe de parents d'enfants greffés rejoints par des patients receveurs et des familles de donneurs à mettre en place une ASBL de promotion du don d'organes.
Repères
1.245 patients belges étaient en attente d'un organe au 1er janvier dernier
99 % de la population belge ne s'est pas positionnée pour ou contre un don d'organe sur le registre national
940 organes ont été utilisés à la transplantation en Belgique en 2010
1993 date de création du service de prélèvements d'organes du CHU de Charleroi, le seul de référence en dehors de ceux des 7 hôpitaux académiques
8 heures est le temps moyen qui s'écoule entre une déclaration de mort cérébrale et un prélèvement d'organe.
Chaque année, l'équipe de SDO (Sensibilisation aux Dons d'Organes) établie en Wallonie picarde touche près de 60.000 personnes à travers ses modules d'animation et ses événements. « Notre action se concentre dans notre bassin de vie, observe l'administratrice fondatrice de SDO Anne Noëlle Vervaet, même si nous opérons aussi dans le reste du Hainaut et en région wallonne, aux côtés des associations de receveurs créées dans le giron des réseaux hospitaliers. »
Le travail semble porter ses fruits : « alors que les registres des administrations communales totalisent moins d'émissions de volontés expresses à devenir donneur que de déclarations de non mise à disposition d'organes, les choses changent dans l'ouest du Hainaut, selon l'administratrice. Nous y avons inversé la tendance, mais cela bouge aussi à Charleroi (lire ci contre). Il n'en reste pas moins que le nombre de dons s'est réduit l'an dernier par rapport au chiffre de 2009. » Une situation compensée par les avancées médicales qui permettent de sauver de plus en plus d'accidentés de la route. « Nous sommes tous bénévoles. Nous avons repris des études pour devenir éducateurs à la santé, et avons décidé, dès notre création en 2004, de fonctionner comme une PME. Pour ce faire, nous avons mis en place un concept et une méthodologie uniques avec l'appui de spécialistes de la transplantation et de la communication. Nous offrons différents modules d'information : des contes pour enfants dans l'enseignement fondamental, de l'information ludopédagogique et adaptée pour tous les niveaux de formation, jusqu'aux hautes écoles. Il y a encore des expositions pour les jeunes. Enfin, services publics, entreprises, groupements, personnel hospitalier et milieux sportifs constituent d'autres cibles. »
Pour son prochain « midi santé » du 22 février (de 12 à 14h), l'observatoire de la Santé du Hainaut donne la parole à SDO pour un point sur l'état des prélèvements et transplantations d'organes. « Notre présentation abordera la législation, le donneur, le receveur, les formalités, religion, trafic d'organes. » Par vidéo, une famille de donneurs apportera son témoignage et c'est de vive voix qu'un receveur le fera.
Inscriptions gratuites auprès de l'OSH au 065/87.96.04 ou 0496/18.56.43. Sandwich offert.
Le CHU de Charleroi à la pointe
En dehors des sept hôpitaux académiques, le service des soins intensifs du centre hospitalier universitaire (CHU) de Charleroi est le seul service en Belgique à avoir créé une équipe spécifiquement dédiée aux prélèvements d'organes. Placée sous la direction du Dr Michel Daune, elle est coordonnée par Anne Joosten, infirmière et véritable cheville ouvrière de l'activité. Depuis sa création en 1993 dans le giron du CPAS (son pouvoir organisateur de l'époque), mais aussi sous la houlette de l'ULB et de son hôpital académique Erasme, l'équipe a prélevé 347 organes qui ont été transplantés dans l'Europe entière. « Ce chiffre place Charleroi au niveau de l'Espagne, pays européen qui compte le plus grand nombre de donneurs par million d'habitants », indique le Dr Daune. Si les hôpitaux liés au CHU réfèrent entre 15 et 35 patients en mort cérébrale chaque année, il n'est possible d'en prélever que de 3 à 5. La présence d'infections ou d'anomalies est un facteur d'explication, mais les refus des familles constituent le plus grand frein à l'activité. Le plus souvent, les patients prélevables sont décédés de morts violentes. Il s'agit de traumatismes crâniens dus à des accidents ou de ruptures d'anévrisme. « Si la victime n'a pas fait de déclaration volontaire de don au registre national, ses proches sont consultés. On
considère qu'en moyenne à peine 1 % de la population belge s'est positionnée de façon officielle. Et le plus souvent pour s'opposer à un prélèvement d'organes, » poursuit le cardiologue. La sensibilisation et l'information du citoyen sont donc une nécessité.
Si le travail du service permet de sauver des vies dans la zone Eurotransplant à laquelle participe le Benelux (avec l'Autriche, l'Allemagne, la Slovénie et la Croatie), l'action du CHU profite directement aux Carolos insuffisants rénaux, qui voient le taux de transplantations rénales augmenter plus que partout ailleurs en Belgique.
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