Le verre brûlant coule à nouveau

FREDERIC DELEPIERRE

mercredi 08 février 2012, 11:25

Soignies. La faillite de l'ancienne structure a été prononcée lundi. La grève terminée, le travail a repris chez Durobor. Beaucoup moins nombreux, les travailleurs redoutent la surcharge de labeur. Les salaires rabotés de 19%.

Le verre brûlant coule à nouveau

Devant leur chaîne de production, les travailleurs de la verrerie Durobor sont satisfaits d’avoir été repris dans la nouvelle structure En pensant à leurs amis qui ont été écartés, ils ont cependant le cœ

REPORTAGE

Pris d'assaut voici quelques jours encore par les travailleurs en grève, le parking de la verrerie Durobor, à Soignies, fait aujourd'hui pâle figure. A moitié vide en ce mardi matin, il cache mal le dégraissage qui vient de s'opérer au sein de l'entreprise à la façade blanche qui lui tourne le dos. La verrerie a été reprise par un consortium qui a pu préserver 226 emplois sur les 400 initiaux. Ce lundi, l'ancienne structure a été officiellement déclarée en faillite. L'heure est donc venue pour les dizaines de non-repris de chercher à se construire un avenir. A l'intérieur de l'usine, l'ambiance est lourde.

Dans l'imposant atelier de production, tout semble vide. Pourtant, le bruit des souffleries et des fours ne trompe pas : le travail a recommencé. Devant sa chaîne de fabrication, un homme aux tempes grises semble pensif. Et fatigué surtout. Devant lui, les verres défilent. C'est Jean-Paul. « J'ai 26 ans de maison, lance-t-il. Des restructurations, j'en ai connu mais celle-ci, c'est la plus importante. Avec le personnel qui n'a pas été repris, on court à gauche et à droite. La direction veut qu'on produise autant qu'avant mais on ne va pas tenir longtemps. C'est ça le plus dur. La baisse de salaire, on s'y adaptera. »

Fataliste, l'homme n'en est pas moins touché au plus profond de lui-même par la période qu'il vient de vivre. « J'ai pas mal de vieux copains qui sont partis. Je ne les ai pas encore vus depuis. Mais hier, j'en ai un qui a fait un infarctus. Heureusement, il est encore en vie. Il a certainement du mal à se retrouver sans boulot. Même s'il était près de l'âge de la retraite. » Et Jean-Paul d'avouer, humblement, avoir craqué lundi soir. « C'est la première fois que mon fils me voit pleurer, concède le quinquagénaire. Mais en voyant un reportage au JT avec mes vieux camarades qui faisaient la queue pour s'inscrire au Forem, je n'ai pu retenir mes larmes… » Et l'homme blessé de s'en retourner à sa machine.

Un peu plus loin, une autre chaîne. Là, ce sont des verres à pied qui prennent forme. Sous forme de liquide orange brûlant, le verre coule dans des moules. « Le contenant est soufflé, explique Jean-Louis, chef d'atelier qui a trente ans de maison. Ensuite, le pied et le bras y sont fixés chacun leur tour. » Ensuite, sur le tapis qui les transporte, les verres passent au « sauna », une sorte de mur de flammes qui les finalise. Mais le préposé ne souhaite pas parler. « Pour certains, la reprise est trop fraîche. Ils préfèrent ne rien dire que de dire des bêtises qui pourraient leur coûter leur place », commente Jean-Louis.

« Des jeunes ont été mis à luche »

Grand et fort gaillard de 47 ans aux avant-bras tatoués, Marc n'a pas peur, lui, sous son bonnet. « On est moins nombreux mais chacune des quatre chaînes doit encore sortir ses 75.000 verres par jour. On va donc trimer. Nos salaires sont rabotés de 19 % mais on n'a pas le choix. Ce qui est également frustrant, c'est qu'on a formé des jeunes qui ont été mis à luche avec les plus âgés. C'est tout un savoir-faire dont la nouvelle direction se prive. »

L'avenir, Mario, lui, le voit assez difficile. « Mon fils est à l'ULB. Il a une chance de s'en sortir. Mais comment je fais avec mon salaire raboté pour payer les 490 euros mensuels de son kot et tout le reste ? Rien que son minerval m'a coûté 3.000 euros à la rentrée… » Et pourtant, ils sont contents. Contents mais inquiets.

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[2] Oscar Ollo dit le 08/02/2012, 12:01

@citadine C'est du wallon de Charleroi, ça veut dire mis à la porte, renvoyé... mais ça ne s'écrit probablement pas comme ça, cela dit, les précis de grammaire wallonne ne sont pas légion, le wallon étant issu d'une civilisation orale...

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[1] citadine dit le 08/02/2012, 11:41

mis à luche??? jamis vu ni entendu!!!

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