Un chocolat fort de café
JOEL MATRICHE
vendredi 02 juillet 2010, 11:55
Seraing. Le personnel du Delhaize, pourtant peu coutumier des conflits sociaux, en est à son cinquième jour de grève. Il conteste la façon dont la direction a sanctionné une employée coupable de vol.
C'est probablement une des confiseries les plus chères du monde : pour avoir volé un paquet de chocolats démarqué à 2,25 euros, Bruna, employée au Delhaize de Seraing depuis 26 ans, a été licenciée vendredi dernier. Aucune indemnité ni allocation de remplacement n'étaient, initialement, supposées accompagner son départ. Ne contestant pas la faute grave mais estimant disproportionnée la réponse de l'employeur, les collègues de Bruna ont arrêté le travail lundi, paralysant la grande surface, causant un manque-à-gagner pour le groupe de plusieurs milliers d'euros chaque jour.
« Je ne sais pas ce qui m'a pris, je n'ai jamais commis aucun manquement depuis que je travaille, admet Bruna. J'étais morte de honte quand j'ai dû expliquer ce qui s'était passé à mon fils de 13 ans, et pourquoi j'avais perdu mon travail »
Négociations
Surprise par un des vigiles la main dans le pot de chocolat, suivie jusqu'à la sortie du magasin puis amenée devant le directeur, Bruna a préféré signer une lettre de démission que subir un licenciement pour faute grave. « Mais c'est cher payé, poursuit-elle J'aurais compris un avertissement ou une mise à pied de quelques jours
Mais là, perdre mon boulot
»
En réaction, tout le personnel de la grande surface près de 80 personnes a tourné le dos aux frigos et aux têtes de gondole, s'est réfugié dans un des coins ombragés du parking et a allumé les barbecues. « C'est une première, je n'ai jamais vu ça !, souffle Marc Van der Meulen, délégué itinérant Setca. À ma connaissance, c'est la première fois en Belgique que le personnel arrête le travail pour supporter un collègue qui a été licencié (
) Et les gens du quartier viennent sans arrêt nous saluer. Près de 2.000 d'entre eux ont déjà signé la pétition. » C'est que s'il y a une chose que connaissent les habitués de la supérette serésienne, ce sont bien les pertes d'emploi, celles passées mais aussi à venir : « La solidarité est maximale, un compromis va être difficile à trouver », reprend le délégué Setca.
Le préavis de six mois, récemment proposé par la direction du groupe, n'a d'ailleurs pas satisfait les grévistes, chauffés par leurs collègues des autres entreprises de la région. « Qu'on la sanctionne mais sans la virer ou que dans le pire des cas, on lui règle un préavis total de 18 mois », lâche ainsi un de ces employés. « Il y a clairement eu une faute grave commise mais les pourparlers se poursuivent, nous sommes ouverts à la discussion », lâche pour sa part Sandrine Blin, la porte-parole pour Delhaize en Belgique.