Seraing brade-t-il le logement social ?

PIERRE MOREL

mardi 27 septembre 2011, 09:06

Le ministre wallon du Logement Jean-Marc Nollet (Ecolo) parle de « coup de force » à propos de la volonté du bourgmestre de Seraing Alain Mathot (PS) de fusionner trois sociétés de logements sociaux au sein d’une intercommunale.

Seraing brade-t-il le logement social ?

Jean-Marc Nollet, © Le Soir (Pierre-Yves Thienpont)

C’était attendu : ça tire de partout sur le projet des trois sociétés de logements publics (SLSP) actives à Seraing de fusionner au sein d’une intercommunale « Immobilière publique ». Ce qui leur ferait ainsi de facto quitter le giron de la Société wallonne du logement (SWL).

Au niveau local, le MR Fabian Culot s’interroge sur « la légalité de l’opération ». Pour l’Ecolo Jean Thiel, « la Région ne peut pas rester impassible devant ce hold-up ! »

L’Association wallonne des comités consultatifs de locataires et propriétaires, comités institués auprès de chaque SLSP pour former et défendre les usagers, s’est aussi émue du projet serésien : « Le logement public ne peut pas être bradé, estime sa présidente, Marie-Claire Brancart. Quelles que soient les lacunes éventuelles de mixité sociale, quitter la tutelle de la SWL, c’est courir pour l’avenir le risque de l’attribution arbitraire, partisane ou politique. »

Quant au ministre wallon du Logement Jean-Marc Nollet (Ecolo), il se dit « interpellé » : « Si cela se met en place, c’est contraire au statut des sociétés de logement, au code wallon du logement et à l’intérêt général. Enfin : 6.000 logements, 6.000 familles, un patrimoine de 600 millions d’euros qui quitteraient le giron régional pour être phagocyté par une intercommunale quasi communale, c’est du jamais-vu ! Il n’y aura plus aucune garantie décrétale pour ces familles. »

Devant la fronde, Alain Mathot, bourgmestre (PS) de Seraing, a bien dû sortir du bois lundi : « J’assume et défends pleinement le projet mais je ne veux pas qu’on personnalise : il s’agit du projet porté par trois sociétés de logements sociaux, pas par Alain Mathot seul. Par ailleurs, ce n’est contre personne. Simplement : nous voulons pouvoir, à Seraing, mener une politique coordonnée et cohérente sur l’ensemble du territoire en matière de logement. Et ce n’est pas possible au sein de la SWL. » L’homme rappelle par ailleurs que l’intercommunale Immobilière publique n’est pas sans tutelle, mais sous celle du ministère wallon des Pouvoirs locaux.

« Pas de procès d’intention ! »

Et il précise la volonté serésienne de s’affranchir des règles d’attribution de la SWL : « La situation n’est pas la même dans une commune où il y a 1 % de logements sociaux et à Seraing, qui est à 20 % ! Nous avons besoin de souplesse pour éviter la ghettoïsation. Pas de procès d’intention : l’Immobilière publique aura elle-même un comité d’attribution, où tous les partis seront représentés. Celui-là aura un vrai travail, adapté aux spécificités de la ville. »

« C’est tout de même paradoxal de lancer ce projet alors même qu’un texte de loi, qui vient d’être examiné par le Conseil d’État, va, justement, introduire de la souplesse dans les règles d’attribution », répond Jean-Marc Nollet.

Quoi qu’il en soit, le projet sera présenté ce mardi aux conseils d’administration des trois SLSP.

Il sera ensuite voté en octobre par les CA, puis devra encore être validé par les assemblées générales des sociétés, en novembre. Si ce processus suit son cours, il est certain que la SWL ira en recours contre ces décisions. Et le ministre Nollet fourbit ses armes en deuxième ligne.

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