Un roman qui fait son cinéma
BENJAMIN MORIALMÉ
samedi 08 octobre 2011, 17:31
Stefan Liberski, dans son roman qui ne pouvait sortir en librairie qu’au moment du FIFF, s’amuse avec des lieux et personnages namurois connus comme Benoît Poelvoorde ou Benoît Mariage © Xavier Willot/ASAP
Loïc Petitjean cherchait le sujet – mieux, la cause ! – qui déclencherait immanquablement la compassion. Il pense l’avoir trouvée et illustrée dans son film Sans-papières sans frontières. Appelé sur scène, il s’explique : « Si personne ne veut entendre parler des sans-papiers, croyez-moi, on veut encore moins entendre parler des sans-papières. » Loïc Petitjean n’existe pas. Il est le fruit de l’imagination satirique de Stefan Liberski et le héros de son roman, « Le triomphe de Namur ». Ce n’est pas par hasard si cette œuvre est arrivée en librairie durant le FIFF (éditions La Muette, 15 euros). L’action qui s’y déroule et le propos, certes caricatural, semblent lui tailler un costard. Une occasion de rester dans l’ambiance, après le tombé de rideau de ce vendredi.
« Petitjean est un cinéaste faussement dévoué aux grandes causes, qui cherche surtout la gloire », raconte l’auteur, lui-même récompensé à Namur en 2005. « Il y a aussi des humanistes sincères, mais je ne peux m’empêcher de rapprocher une programmation ouverte aux malheurs du monde et les congratulations à grand renfort de champagne, de glamour et de petits fours. De plus, la cause devient un passage obligatoire dans le financement d’un film, une nécessaire garantie que le film rencontrera le désir d’achat. »
Avec un peu d’autodérision, les amoureux du FIFF et de Namur devraient néanmoins s’y retrouver. Leur réalité fait irruption dans la fiction : le commissariat derrière le théâtre, le Formule 1 de Rhisnes-Suarlée, le café Métropole, la brasserie Baudouin, Benoît Poelvoorde et Benoît Mariage…
« C’est un livre drôle, facile à lire, mais qui donne accès à une réflexion qu’on ne trouve d’ordinaire que dans la littérature spécialisée du cinéma, sous forme d’essais révoltés ou plaintifs », commente l’éditeur, Bruno Wajskop. « Il est à la fois populaire et didactique. »
Avant que certains ne se vexent, Liberski désamorce : « Ce n’est pas une critique du FIFF mais d’un certain cinéma. Le FIFF est très humain, favorable à la rencontre. A l’opposé, il y a la grande foire commerciale de Cannes, avec son cirque médiatique, ses yachts… » L’humoriste se réjouit d’avoir déjà reçu de Benoît Poelvoorde « un retour très positif ». Puisque le roman devait, au départ, être un scénario de film, on imagine déjà l’acteurfétiche des Namurois interpréter Petitjean à l’écran.
