Le procès Fournaux a repris
LUC SCHARES
mardi 07 février 2012, 09:35
Judiciaire. Audience d'instruction devant le tribunal correctionnel de Dinant.
Richard Fournaux sest très longuement expliqué, hier durant toute la matinée, en répondant aux questions du tribunal correctionnel dinantais présidé par Renaud Hauquier © Belga (archives)
Stressé, accablé, mais animé par une solide force de conviction, Richard Fournaux s'est longuement défendu hier, devant le tribunal correctionnel de Dinant. Durant toute la matinée, pour cette instruction d'audience, on n'a pratiquement entendu que lui. Des réponses aux questions qui mettent en évidence la complexité de l'affaire, et aussi la difficulté de retracer une chronologie précise des événements sans laquelle il est malaisé d'y voir clair.
La version de Richard Fournaux est que, en cette fin des années 1990, les Mantia exagèrent leurs revendications. Ils veulent la main sur le nouveau casino à construire, mais à coût réduit. Les discussions sont particulièrement âpres. « Ils ont proposé de désindexer la concession, à la dernière minute, annonce Richard Fournaux. J'ai dit oui. Mais un élément qui a fait basculer notre point de vue est un rapport du receveur communal, qui a fait le compte. Cette non-indexation aurait eu un impact de 100 millions de francs belges sur les finances communales. Cette perte était inacceptable. »
Le bourgmestre raconte que, parallèlement, le collège recherchait un partenaire hôtelier pour le même site que le casino. « Tout était possible. Nous avons même demandé aux Mantia, qui ont refusé. » Richard Fournaux serait alors entré en contact avec un homme d'affaires flamand qui, jouant son rôle d'intermédiaire, a présenté plusieurs investisseurs. Une dizaine. Et dans le lot, le groupe Accor, dès le début de 1998. Mais cela n'aurait été alors, à entendre Richard Fournaux, que sur le volet hôtelier. « Humainement, sur le plan relationnel, cette rencontre s'est très bien passée. »
La suite montre des zones d'ombre. Sur le moment à partir duquel Accor a décidé de créer une filiale casino pour étendre ses activités, sur la manière dont Accor a perçu le fait que le site convoité en bord de Meuse ne pouvait être garanti, sur la prétendue mauvaise volonté des Mantia et les rapports que ceux-ci entretenaient avec des milieux politiques comme à la Province. « Guy Milcamps, alors président de la députation permanente, avait de l'argent sur le même compte que les Mantia, pour jouer en bourse. »
Sur la manière dont Richard Fournaux présentait l'évolution des événements au groupe Accor également. « J'ai tout fait pour appuyer Accor sur le volet hôtelier. Dans ces cas-là, on embellit la mariée. »
Un autre volet a été abordé, celui disant que l'ancien casino des Mantia ne rapportait rien à la Ville. Ces derniers, ce n'est pas nouveau, défendent qu'ils avaient effectué de lourds travaux à leurs frais, raison de l'absence de redevance. « À l'époque, jamais le conseil communal n'avait imaginé que ces travaux, cumulés au principe de la proportionnalité du loyer au chiffre d'affaires, allait avoir pour effet de ne rien rapporter à la Ville pendant 7 ou 8 ans », argumente Richard Fournaux. Fait piquant, l'avocat de la défense, Me Bourtembourg, a ressorti un courrier signé par Richard Fournaux où ce dernier explique pourquoi il est faux de considérer que le casino des Mantia n'a rien rapporté à la Ville de Dinant. « Les négociations étaient difficiles, cela se savait, j'ai voulu éteindre les incendies par respect pour ma majorité, même si c'était en contradiction avec mes convictions. » Une audience qui n'a pas fait la lumière sur tout. Et qui a eu ses moments de tension.
