Bakelants, les espoirs sont permis

STEPHANE THIRION

vendredi 26 septembre 2008, 11:00

LA BELGIQUE attend un champion du monde amateurs depuis 44 ans. Et si l’intellectuel campinois était celui-là ?

VARÈSE

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Jan Bakelants, c’est le gendre idéal, propre sur lui, parfait trilingue, présentation parfaite, beau jeune homme. Il vient de réussir ses deux premières années d’ingénieur agronome à Leuven et se spécialise dans la technique des cellules et les informations génétiques. Cet intellectuel au CV déjà bien fourni en possède un plus cossu encore dans les palmarès des courses cyclistes ! C’est bien simple, dans la catégorie des coureurs de moins de 23 ans, le Campinois d’Olen émarge aux exceptions, à ces talents de demain que l’on surveille de très près dans les équipes professionnelles.

Ce vendredi, le récent vainqueur du Tour de l’Avenir, l’épreuve par étapes la plus longue (10 jours) dans cette catégorie, abordera la course sur route des moins de 23 ans avec une étiquette de favori. Ce n’est pas rien, surtout pour un Belge.

« Et là, vous n’allez pas me piéger en me demandant qui est le dernier champion du monde chez les amateurs. Je le sais, c’est Eddy Merckx, c’était en 1964 à Sallanches ! », sourit-il de ses belles dents.

Le vieux fantasme de quantité de candidats a donc 44 ans, cela devient long. Mais Bakelants n’est pas un cannibale, en tout cas pas encore. S’il lui arrive d’être ambitieux, voire carrément sûr de son coup, la veille d’une course, les propos qu’il a tenus jeudi étaient empreints de réserve, de prudence.

« J’ai gagné le Tour de l’Avenir mais j’y ai laissé des forces. J’ai d’ailleurs souffert, samedi dernier à Hotton, je me suis même demandé s’il était prudent d’aller à Varèse ! Honnêtement, je me sens bien, j’ai de bonnes sensations, le circuit est magnifique et me convient parfaitement mais je ne peux pas vous dire la veille comment cela ira le lendemain. La différence entre une course par étapes et une épreuve d’un jour, c’est qu’on peut connaître un coup de moins bien et se refaire une santé le lendemain dans un Tour tandis que c’est impossible dans une classique. »

Bakelants connaît pourtant ses classiques. Et elles se situent toutes dans les Ardennes ! Vainqueur de la Flèche ardennaise et de Liège-Bastogne-Liège réservé aux espoirs, il a marqué les esprits lors de ces deux courses.

« Mais il n’y avait pas la même concurrence qu’ici, beaucoup moins même. Le championnat du monde, c’est le top, le rendez-vous des meilleurs et des meilleures nations. Par rapport aux courses ardennaises, elles ont évidemment ma préférence. Quand j’ai commencé, j’ai dû me farcir les courses flamandes chez les débutants et les juniors parce que dans la mentalité des entraîneurs, un coureur flamand doit absolument manger (sic) des pavés. Je n’y ai jamais pris goût et en plus, je suis tombé dans une de ces courses où je me suis cassé le poignet. Depuis, j’en suis dégoûté. Je suis un grimpeur, j’adore les courses difficiles. »

Atypique, Bakelants, 22 ans depuis le jour de la Saint-Valentin, a bien entendu fait l’objet de nombreuses convoitises cet été. Les grosses écuries étaient sur les rangs à commencer par Quick Step et Silence en Belgique mais la star naissante a choisi la voie de la sagesse en signant pour Topsport Vlaanderen.

Il argumente son choix avec beaucoup de lucidité.

« Je veux apprendre étape par étape et je ne suis pas certain qu’il aurait été judicieux de jouer l’équipier pour Boonen d’un côté ou pour Gilbert de l’autre. Imaginez qu’on me demande de rouler à fond jusqu’à La Redoute pour Schumacher chez Quick Step pour me relever ensuite ? Je n’ai pas envie. Je veux en revanche me frotter aux grands dans une équipe pro. Et puis j’ai un bon feeling avec Walter Planckaert. Dans sa catégorie, dans son approche des jeunes, il est selon moi le meilleur. On verra ensuite. J’ai signé un contrat de deux ans mais je peux partir gratuitement après une année si une formation de gros calibre se manifeste. »

Bakelants sera le leader d’une solide équipe belge qui misera aussi sur Nikolas Maes en cas d’arrivée groupée.

« Chez les espoirs, cela attaque de partout, tout le monde a donc sa chance. Maes a l’avantage de participer à son troisième mondial d’affilée à l’inverse de Jan qui en est à son premier, explique leur sélectionneur, Jean-Pierre Dubois. Les nations fortes telles la France, l’Italie et l’Allemagne disposent de solides arguments et au niveau des individualités, un garçon comme Cyril Gauthier chez les Français ou Rui Costa chez les Portugais ont de fortes chances. »

Les Belges aussi, évidemment. Mais comme ils attendent depuis 44 ans, ils ont appris à être prudents !

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