Le mystère Van Buyten

ANGELO VOLPE

jeudi 09 octobre 2008, 12:16

MALGRÉ ses 45 sélections, le défenseur du Bayern n’a jamais convaincu en équipe nationale. Pourquoi ?

Le mystère Van Buyten

Daniel Van Buyten a-t-il commis l’erreur de trop contre l’Estonie, début septembre, à Sclessin ? En tout cas, le défenseur central du Bayern Munich ne constitue plus le premier choix du sélectionneur.© BOUCAU-THYS/BELGA.

L a première chose qui étonne à la lecture du groupe (24 éléments) initialement choisi par René Vandereycken pour affronter l’Arménie et l’Espagne, c’est le nombre de joueurs (14) provenant de l’étranger. Parmi ceux-ci, un seul évolue vraiment dans un club du top européen. Il s’agit de Daniel Van Buyten dont les états de service au Bayern Munich devraient automatiquement lui assurer une place fixe au sein d’une équipe nationale en quête de leaders. Pourtant, depuis ses débuts face à Saint-Marin en février 2001, celui dont les qualités émergent bien au travers des surnoms (« Big Dan », « Godzilla », « Tarzan », « The Rock ») dont les supporters l’ont affublé est loin de faire l’unanimité.

Avant la rencontre face à l’Estonie que les Diables s’apprêtaient à disputer début septembre à Sclessin, Daniel Van Buyten avait tenu des propos qui traduisaient bien son sentiment du moment : une volonté d’enfin faire taire les critiques et de démontrer que la Belgique dispose encore du talent nécessaire pour participer à un tournoi majeur. « On se réjouit tous de jouer cette partie sur le terrain du Standard. Pour la qualité de la pelouse et pour l’ambiance qui va y régner. De plus, le groupe n’a jamais été aussi homogène, talentueux et désireux d’entamer des qualifications où nos chances de succès me paraissent réelles. Franchement, nous n’avons plus aucune excuse à faire valoir. »

Ainsi parlait Daniel Van Buyten le 3 septembre dernier. Trois jours plus tard, le défenseur des Diables rouges commettait une bourde qui lui a valu un ticket vers le banc de touche en Turquie.

« Chaque fois que je vois un match du Bayern, je compare le comportement de ce Van Buyten-là avec celui qui joue en équipe nationale où je ne reconnais pas le défenseur intransigeant que j’apprécie sous la vareuse munichoise », constate Stephan Keygnaert, chef de la rubrique football au Laatste Nieuws. Un quotidien qui a rarement fait couler de l’encre à la gloire du joueur wallon. « Comment un garçon qui possède les clés de la défense d’un club aussi prestigieux que le Bayern peut-il se révéler un élément si peu fiable chez les Diables rouges ? Je me pose aussi la question car il n’a pas toujours eu la vie facile à Munich puisque Lucio, son compère brésilien, a un jeu qui le porte vers l’avant. Donc, Daniel a souvent dû se débrouiller seul, ce qu’il a la plupart du temps fort bien géré. Chez les Diables rouges, il ne se libère pas complètement. Les erreurs du passé doivent il est vrai peser sur ses épaules car on le sent crispé. »

Des épaules que le Chimacien a pourtant larges, une qualité qui ne suffit apparemment pas face à la critique. « Il a tout pour réussir : la taille, le jeu de tête, la carrure, le sens du but. Mais ça ne marche pas. Il est entré dans une spirale négative : la presse épie le moindre de ses gestes, ses équipiers n’ont peut-être plus confiance en lui et les adversaires le considèrent comme le point faible des Diables. Après quelques prestations conformes aux attentes, il est retombé dans ses travers face à l’Estonie. Désormais, seul son mental peut le tirer de cette situation. Je crois qu’il peut y parvenir car René Vandereycken n’est pas un coach qui le lâchera si facilement. Le sélectionneur lui fera d’ailleurs encore confiance. Et là, Van Buyten devra démontrer qu’il est capable de saisir l’opportunité. »

Du côté de la Botte du Hainaut, on vit assez mal cette relation tendue entre Daniel et l’équipe nationale. « Même si nous n’abordons pas spontanément le sujet, on en a déjà parlé, explique Alain, le frère de celui qui fut nommé pour la première fois capitaine des Diables rouges le 7 février 2007 contre la République tchèque. Daniel prétend que les critiques lui passent au-dessus de la tête mais je sais qu’elles l’affectent. Et Dieu sait pourtant si son caractère lui permet de faire abstraction de ce qui se dit sur lui. Le football étant un sport d’équipe, il est impossible pour un seul joueur de faire la différence. C’est néanmoins ce que l’on demande à Daniel vu son expérience et le club où il évolue. Mais il est bon de savoir que plus les éléments qui l’entourent sont forts, plus mon frère parvient à hausser son niveau. Toute sa carrière s’est déroulée de la sorte. »

Relégué sur le banc en Turquie pour avoir exprimé tout haut ce que certains équipiers pensaient tout bas, Van Buyten va-t-il pouvoir gérer longtemps ce rôle de réserviste qu’il connaît parfois aussi en Bavière ? « Les contextes sont différents. Le match contre l’Estonie a constitué la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Il s’est défendu, un point c’est tout. Mon père prétend que certains journalistes traquent ses erreurs sans même se soucier de ce qu’il apporte de positif à l’équipe. Kompany et Simons, on leur trouve systématiquement des excuses. Sous prétexte que Daniel en impose physiquement, il devrait peut-être remporter tous ses duels ? C’est un raisonnement stupide qui va finir par le lasser. Ira-t-il jusqu’à abandonner les Diables rouges ? Lui seul le sait. »

Aimé Anthuenis, coach fédéral après Robert Waseige et avant René Vandereycken, ne manquait jamais une occasion d’appeler le grand Daniel qui défendait alors les intérêts de Marseille, avant d’aller à Manchester City puis à Hambourg. « Je crois que Van Buyten n’a jamais été aussi à l’aise que lorsqu’il a été associé à Leboeuf à l’OM. Il avait besoin d’un gars pareil, toujours prêt à commander, juge Anthuenis dont le raisonnement peut surprendre. Daniel a une attitude toujours positive mais je trouve qu’il est moins performant depuis qu’il a essayé d’endosser un rôle de patron. Il doit plus penser à lui et moins au groupe, c’est comme ça qu’il sera à nouveau utile. Avec Kompany, Simons, Vermaelen et Van Damme, la concurrence est rude dans l’axe de la défense. Et que l’on ne vienne pas me parler de statut au Bayern Munich ou d’autres choses sans importance. Un coach doit composer un onze équilibré et homogène sans tenir compte des couleurs des maillots ou des championnats que ses sélectionnés fréquentent. Les Diables rouges auront encore bien besoin de Van Buyten qui reste un excellent défenseur et qui, paramètre important, demeure le meilleur quand il s’agit de surgir de l’arrière pour porter le danger dans le camp adverse. »

SES TOPS

24 mars 2001

Ecosse – Belgique 2-2

C’est le deuxième match de Daniel Van Buyten, qui a entamé sa carrière chez les Diables contre Saint-Marin un mois plus tôt. Il monte à la 56e minute, à 2-0. Et égalise de la tête à la dernière minute.

17 juin 2002

Brésil – Belgique 2-0

Certes, la Belgique s’incline contre les futurs champions du monde, à Kobe, mais à l’image de tous les Diables, Van Buyten se libère et fournit une grosse prestation contre Ronaldo.

6 septembre 2006

Arménie – Belgique 0-1

C’est le début de la campagne pour l’Euro 2008 et Van Buyten joue les pompiers de service en inscrivant, de la tête, le seul but du match, évitant une nouvelle catastrophe après le partage initial contre le Kazakhstan.

SES FLOPS

15 novembre 2006

Belgique – Pologne 0-1

C’est le premier match sérieux de la campagne pour l’Euro 2008 et il se transforme en cauchemar pour Van Buyten, coupable d’une perte de balle stupide qui permet à Matusiak d’inscrire le seul but de la rencontre.

24 mars 2007

Portugal – Belgique 4-0

Les Diables font une bonne première mi-temps. Mais à la reprise, Van Buyten rate complètement une relance et le Portugal ouvre la marque avant d’écraser la Belgique.

6 septembre 2008

Belgique – Estonie 3-2

A l’heure de jeu, une grosse erreur de marquage de Van Buyten permet à l’Estonie d’égaliser. Après le match, le défenseur du Bayern critique le mutisme de ses équipiers en défense et… perd sa place quatre jours plus tard, en Turquie.

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