La Succession des Comtes de Paris

VOUET,JEAN

Auteurs d'une nombreuse descendance (onze enfants), feu Henri et Isabelle, comte et comtesse de Paris, ont laissé un héritage comportant de nombreux objets appartenant à l'histoire familiale des Orléans, la famille qui revendique le trône de France. Descendant en ligne directe du roi des Français, Louis-Philippe (1773-1850), père de notre reine Louise, l'épouse de Léopold Ier, Henri (1908-1999) était ainsi le chef de la Maison de France.

Pratique

Le catalogue de la vente est consultable sur le site www.christies.com

Depuis la déposition de Louis-Philippe en 1848, plus aucun Orléans n'avait régné. Revenu d'exil à la chute du Second Empire, le premier comte de Paris, petit-fils du roi déchu, s'installa à Eu en Normandie, ainsi qu'à l'Hôtel Matignon à Paris, actuel siège des premiers ministres de la République. A l'occasion du mariage de sa fille aînée avec l'héritier du trône du Portugal, le comte de Paris y donna une réception grandiose qui rassembla des milliers de partisans, ce qui inquiéta la jeune IIIe République. La réplique ne se fit pas attendre : une loi de bannissement prise à l'encontre des prétendants au trône de France et de leur dauphin.

En exil depuis 1886, le premier comte de Paris passera le flambeau à son fils Philippe qui mourra sans postérité en 1926, après s'être installé à Bruxelles au Manoir d'Anjou au lendemain de la Première Guerre Mondiale. Lui succédera son cousin germain, le duc de Guise, père de Henri.

Revenu en France au début des années 1950 après l'abrogation de la loi d'exil, Henri n'avait pas renoncé à toute prétention politique et, à cette époque, la famille de France disposait encore d'une fortune appréciable qui, quelques dizaines d'années plus tard, semble avoir fondu comme neige au soleil.

Installé au Manoir du Cœur Volant à Louveciennes dans la région parisienne, le couple qu'il formait depuis leur fastueux mariage à Palerme en avril 1931, avec sa cousine la princesse Isabelle d'Orléans Bragance, arrière-petite-fille du dernier empereur du Brésil Pedro II, vécut une vie semi-publique, jouissant du respect de certains chefs d'Etat.

Vendu en 1971, le manoir fit place à un appartement parisien situé rue de Miromesnil, où s'éteignit la comtesse de Paris en 2003, quatre ans après la disparition de son époux.

Souvenirs

Comme l'écrit dans la préface du catalogue de vente, Henri, fils aîné du couple défunt et actuel comte de Paris, celle-ci rassemble « un peu de la petite et de la grande histoire qui est tout à la fois l'héritage de la maison de France et celui des Français ». Porcelaines, argenteries, mobilier, tapis se succéderont sous le marteau du commissaire-priseur. Mais ce sont les souvenirs personnels, des souvenirs parfois émouvants comme ce pan de robe portée par Marie-Antoinette à la prison du Temple (4.000 – 5.000 euros) ou cette bague d'époque renfermant des cheveux entrelacés de la reine et de Louis XVI (1.500 – 2.000 euros). Le rasoir utilisé par ce dernier au Temple est quant à lui prisé entre 2.000 et 3.000 euros.

Les bijoux devraient rencontrer un succès particulier. Ainsi, ce lot de quatre bracelets en or avec chacun six miniatures sur ivoire (8.000 à 10.000 euros) ou encore cette importante broche en or et diamants avec deux miniatures ovales sur émail figurant les portraits de Louis-Philippe et de son fils aîné Ferdinand

Comme à l'accoutumée lorsqu'il s'agit de ventes liées à une célébrité ou à une famille royale, les estimations sont (très) modestes, tant il est certain que l'effet « provenance » va jouer à plein régime. Posséder une relique de la Famille de France encouragera plus d'un royaliste à surpayer une petite pièce sans grand intérêt. Par contre, acquérir l'un des souvenirs liés au règne d'un des derniers monarques français devrait motiver les musées de France. Nul doute que la République exercera plus d'une fois son droit de préemption.

Cette vente, bien que peu médiatisée, sonne certainement définitivement le glas de toute prétention de la part des Orléans à jouer un rôle public en France tant il est vrai qu'une famille qui se sépare de ses souvenirs n'a plus vraiment d'avenir.

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Une miniature sur papier représentant le roi Louis XVII au Temple (6000 à 8000 euros) © DR


© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2007
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