Chauve qui peut !

Par Isabelle Masson. Photos Arnaud de Harven.

Fini le temps des « klash », « boulaz » et autres quolibets, aujourd'hui la calvitie se porte fièrement. Les crânes dénudés assument leur allure désertique et la revendiquent sinon comme un signe de virilité, d'intelligence, ou d'humour, comme celui d'une certaine maturité... Petit tour de la conquête de l'estime de soi vue par quatre « calvites » bien dans leur peau.

Arnaud de la Croix

Il a perdu ses cheveux comme il aurait mué. Entre deux vies. Une fois le choc passé, il a entamé sa nouvelle existence avec sérénité, débarrassé - au propre comme au figuré - de tout artifice. Parce que séduire n'est pas une affaire de cheveux !

Quand et en quelles circonstances avez-vous perdu vos cheveux ?

Ça m'est arrivé assez tard. J'avais une trentaine d'années, sous le coup d'un stress. J'étais en plein divorce et j'avais des difficultés au niveau professionnel. L'addition des deux choses a provoqué la chute de cheveux. C'était ma façon de somatiser ce stress. À l'époque, un de mes collègues s'est fait un ulcère : pendant qu'il intériorisait, j'extériorisais.

Comment avez-vous réagi lorsque vous avez réalisé que la calvitie vous guettait ?

J'ai perdu mes cheveux par plaques, en quelques mois. À un moment donné j'ai décidé de me raser. Au début, j'ai eu du mal à accepter, parce que j'avais de très beaux cheveux, que j'associais à l'idée de la séduction, comme Philippe Eliakim dans son livre. Par contre, le jour où j'ai pris la décision de me raser, j'ai eu le sentiment de me mettre à nu, de m'accepter moi-même. Pour moi, il était totalement exclu de mettre une perruque. C'est quelque chose que je n'ai jamais imaginé. J'ai essayé un traitement homéopathique qui n'a rien donné. J'ai donc préféré une solution radicale : accepter la chose.

Cet événement vous a-t-il transformé ?

J'ai écrit mon premier livre au moment où je suis devenu chauve, et je pense que ce n'est pas un hasard si ce livre portait sur les voyages. Quelque chose bougeait dans ma vie à ce moment-là. Deux amis qui ne se connaissent pas m'ont dit tous les deux, quand j'ai vraiment accepté la chose, que j'avais un autre type de séduction, une séduction naturelle. Ce qu'ils m'ont dit m'a beaucoup touché. Je ne l'ai pas pris comme une consolation. C'était très sincère, et je pense que c'est vrai. C'est pour ça que je pense que ma calvitie m'a fait en quelque sorte du bien en me poussant à m'accepter moi-même plus rapidement.C'est vrai qu'avant, j'avais un côté plus artificiel. J'étais quelqu'un d'assez narcissique et j'aimais attirer l'attention sur moi. Ici, ça se fait naturellement. Un autre ami m'a dit : Voilà, maintenant tu ne dois plus faire d'effort, tu te feras de toute façon remarquer !

Avez-vous souffert du regard des autres ?

À partir du moment où je l'ai accepté, on peut dire que ça me glissait sur la tête, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots ! Je me suis aussi rendu compte que ma séduction n'avait pas du tout disparu. La compagne avec qui je vis depuis quelques années m'a toujours connu comme ça ! Pour moi, c'est très spécial. Mais je me suis aussi rendu compte que la calvitie était polysémique, c'est-à-dire que les gens l'interprètent de plusieurs façons, lui donnent des sens différents. Par exemple, lors d'une réunion à Paris, la directrice des représentants m'a accueilli en me demandant si je faisais une chimio ! Une autre personne m'a dit : Tu n'as certainement pas le sida parce que tu n'es pas amaigri. D'autres ont cru que c'était un choix esthétique...

Est-ce que cela a favorisé votre sens de l'humour ?

J'ai aimé l'angle d'attaque humoristique du livre de Philippe Eliakim. En ouvrant ce livre, j'y ai trouvé la phrase : L'humour, c'est ce qui reste quand on n'a plus rien. Et je me suis dit que c'était vrai ! Je ne l'avais jamais mis en rapport avec la calvitie, mais ce n'est pas idiot.

Vous vous trouvez donc des points communs avec l'auteur de l'« Éloge des chauves ». Vous reste-t-il, comme lui, des regrets pour votre ancienne toison ?

Si aujourd'hui je pouvais récupérer mes cheveux, je dirais oui ! Il m'est arrivé à plusieurs reprises de rêver que mes cheveux repoussaient. À chaque fois, quand je me réveille, je suis déçu !

Sur l'air du « Nom de la Rose » Grand et mince, un brin de mystère dans la voix, Arnaud de la Croix pourrait être le héros d'un thriller médiéval. Hasard ? Peut-être pas ! Éditeur de BD chez Casterman le jour, l'homme cultive la nuit, et dès qu'il en a l'occasion, une passion pour le Moyen Âge. Un jardin secret dont il est déjà sorti à plusieurs reprises pour publier le fruit de ses recherches. Après un véritable coup de foudre pour la musique de cette époque dont il veut faire connaître la luminosité, il s'est notamment penché sur l'« Érotisme au Moyen Âge » (éd. Tallandier)... Tout un programme ! Une expérience d'écriture qui lui a permis de voir les choses depuis l'autre côté du mur, ou plus précisément depuis la place de l'auteur, et non plus celle de l'éditeur. On attend avec impatience son prochain ouvrage, qui tente d'éclaircir le mystère qui règne depuis plus de 800 ans autour de Hildegarde de Bingen, abbesse mystique et inventrice d'une langue codée, avec laquelle elle s'éteignit. Quand on vous disait qu'il y avait un peu d'Umberto Ecco dans l'air...

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Philippe Eliakim

Dieu a inventé la calvitie pour rendre les hommes plus humbles. C'est sur cette citation de Bruce Willis que s'ouvre le récent « Éloge des chauves » rédigé par Philippe Eliakim. La calvitie... C'est ce qui réunit l'auteur français - ancien journaliste à « Libé » et actuellement directeur du service Révélations du magazine « Capital » -, la star américaine de « L'arme fatale » et la moitié des hommes de plus de 50 ans... Mais aussi quelque 20 % de ceux qui ont entre 20 et 30 ans !

Philippe Eliakim est de ces derniers : à peine âgé d'une vingtaine d'années, il a vu son crâne se dégarnir de ses chères boucles blondes. Et c'est au rythme de la désertification de son caillou qu'il a cheminé en quête de lui-même. Bien qu'il insiste sur la part de fiction de son récit, on devine que ses préoccupations ne furent autrefois pas éloignées de celles de son chauve naissant de héros ! Il nous livre un roman humoristique dans lequel de nombreux déplumés reconnaîtront les doutes dans lesquels les a souvent plongés l'aventure de leur calvitie : des tentatives d'enrayement du processus, à coup de lotions, shampoings et autres charlataneries, aux essais de camouflage désespérés, il nous fait entrer dans l'univers tabou d'une expérience qui a traumatisé les hommes depuis toujours. Celle qui a fait dire à Socrate que les chauves étaient plus intelligents que les autres. Qui a poussé Hippocrate, père de la médecine, à se tartiner l'occiput d'une mixture à base de fiente de pigeon. Ou qui a fait recourir César, Napoléon et Louis XIV à des artifices aussi divers que les lauriers, le bicorne, ou la perruque, pour masquer la nudité de leur sommet.

Signe des temps, ce petit livre est le symbole du coming out des dégarnis, mais il s'adresse à eux comme aux chevelus, car les incertitudes dont il traite ne sont pas réservées aux comparses du Professeur Choron. Et si le crâne des chauves était le symbole de nos préoccupations à tous autour de la séduction ?

Pourquoi avoir eu envie de raconter cette histoire maintenant ?

Ce n'est pas une autobiographie. Mais je suis arrivé au bout d'un processus d'acceptation de moi-même. J'ai 48 ans, une femme et trois enfants. Je vais bien, je ne souffre plus de ça. La mode m'a aidé à accepter ma chauvitude. Le baiser de Laurent Blanc à Barthez. Ma famille, ma femme, toutes ces choses qui se passent bien. Ce n'est plus un enjeu.

Le premier sujet de votre livre n'est-il pas plutôt la séduction ?

Cette histoire est un portemanteau, un prétexte pour parler d'un tas d'autres choses. La calvitie, c'est sur la tête, mais c'est surtout dans la tête. C'est le confluent de toutes les angoisses. Je n'aime pas l'homme fort, le côté métallique que l'on associe à la virilité : ces idées qu'un garçon ça ne pleure pas, ça sert les poings... On est des hommes et on a des blessures. C'est comme ça. C'est une façon de parler de mes souffrances mais aussi de celles de tout le monde. Y en a assez de cette mascarade ! On forge les barreaux de sa propre prison...

Notre société voue-t-elle un culte au cheveu ?

La signification profonde du cheveu est intéressante. Il suffit pour s'en rendre compte de se poser cette question : qui tond-on ? On a tondu les femmes qui couchaient avec les Allemands, on tond les ecclésiastiques, les condamnés à mort, les soldats... C'est significatif : quand on perd ses cheveux, on se retire du monde de la joie, on fait pénitence, on renonce aux plaisirs de l'existence, comme les moines bouddhistes et les religieux de nombreuses religions. Le cheveu c'est la vie, c'est la substance vitale !

Que pensez-vous de toutes les légendes sur l'humilité, l'intelligence et la virilité des chauves ?

Je crois que tout ça est 100 % faux, mais il ne faut pas le dire ! J'ai rencontré un médecin qui m'a dit : Des chauves impuissants, je n'en ai jamais rencontré. À mon avis, il n'a pas voyagé beaucoup. Mais ça me fait plaisir de colporter ça : si on peut mettre un peu la honte aux autres...

Regrettez-vous encore vos cheveux aujourd'hui ?

En juin dernier, j'ai mis un vrai complément capillaire. J'étais magnifique, avec des cheveux qui n'avaient rien à avoir avec une moumoute ! C'était extraordinaire ! J'ai vécu comme ça pendant trois semaines. C'était éprouvant. Les masques tombaient. On me disait Oh t'es beau ! Même ma mère m'a dit Oh, maintenant j'ai un fils beau ! C'est rude ! Jamais on ne m'avait dit des choses comme ça ! ça m'a fait du mal ! Mais les gens qui m'aiment m'ont dit Enlève ça, c'est pas toi ! La troisième semaine, je me suis rendu compte que ça ne changeait pas ma vie. Du coup, je suis allé l'enlever. Je suis ressorti de là chauve, et je vais très bien.

« Éloge des chauves », Philippe Eliakim, éd. Robert Laffont.

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Jacques Mercier

Ceux qui ont suivi son parcours d'homme de médias se souviennent peut-être de ses cheveux... Des faux ! Jacques Mercier a perdu les siens dans sa prime jeunesse, et mit un bon bout de temps avant d'accepter de se passer d'un accessoire qu'il a encore du mal à nommer, un complément capillaire. Conversation sans tabou autour de « ça ».

Quand avez-vous perdu vos cheveux ?

J'ai commencé à les perdre au début de l'adolescence. Vers 12-13 ans, je cherchais déjà des lotions pour les raffermir et ne pas les perdre. Ça s'est accéléré avec une histoire assez bête. Ma maman m'a ramené de ses courses un shampooing que je lui avais demandé. À son retour, je vois une bouteille noire. J'ai pensé que c'était ça. J'en ai mis sur mes cheveux... et ça a commencé à brûler et à fumer ! J'ai hurlé ! C'était un produit pour combattre la rouille. Visiblement, ça a attaqué les racines !

C'était un sujet d'inquiétude ?

Comme je n'étais pas très à l'aise avec mon physique et avec moi-même, ça n'arrangeait pas les choses... Peu après mon arrivée à la RTB, j'ai travaillé avec Steeman qui mettait un complément capillaire et m'a engagé à le faire. Il m'a dit : De toute manière, tout le monde fait ça aux États-Unis, donc c'est une mode qui arrivera bientôt chez nous ! Mais elle n'est jamais arrivée... Et quand on commence avec ça, on n'en finit plus. Au fur et à mesure que je les perdais, il fallait que je fasse agrandir ce truc. C'était horrible.

Votre relation avec ce complément capillaire était ambiguë ?

La perruque m'a donné plus de peurs qu'elle ne m'a rassuré. Dans les restaurants, je me mettais dos au mur, de peur que quelqu'un ne l'arrache en passant trop près ! La nuit, je faisais des cauchemars, je rêvais que ça prenait feu lorsque je faisais un barbecue. Un jour, j'ai eu un problème avec le collant de la perruque. J'avais emmené une fille à l'hôtel... Et en remontant de dessous les draps, ce truc s'est plié sur ma tête. Il y a eu un grand cri ! Elle n'avait probablement jamais vu ça de sa vie. On a beaucoup ri, et j'ai mis un point d'honneur à conclure quand même ! Pour moi c'est une période cauchemardesque mais bizarrement, je m'aimais mieux quand j'avais ces cheveux. Si aujourd'hui j'ai accepté ce que je suis, ce n'est pas pour ça que je m'aime. Je suis chauve, c'est la vie. Je suis aidé par la mode et par l'âge : c'est plus facile à porter maintenant qu'à 17 ans, mais j'ai toujours du mal à imaginer que l'on puisse me trouver séduisant.

À partir de quand avez-vous décidé de vous passer de ce complément capillaire ?

J'ai eu un grand changement dans ma vie : un coup de foudre, au moment où j'étais en plein excès. Durant les Golden Sixties, je sortais beaucoup dans le show-biz. L'alcool me désinhibait et me permettait d'aborder plus facilement tout le monde, ce que je faisais... Alors que j'étais marié, et que j'avais des enfants, je vivais des vies parallèles. Puis est arrivé ce coup de foudre. Tout le monde mettait ma jeune copine en garde. Pour elle, j'ai décidé d'arrêter de boire. Je lui ai patiemment raconté ma vie, et de jour en jour, je suis redevenu transparent. Il n'y avait plus qu'une chose qui cachait la vérité selon moi : c'était « ça ». Elle a fait un travail de sape. Un jour, j'ai dit tout haut à la coiffeuse : Et si je ne la remettais pas ? Elle m'a répondu : Je n'osais pas vous le dire, mais vous êtes beaucoup mieux sans ! J'ai laissé « ça » là, pour être sûr de ne pas essayer de le remettre tout seul.

Est-ce que votre calvitie a eu une influence sur ce que vous êtes aujourd'hui ?

Ce n'était pas essentiel, c'est plutôt l'arrêt de la boisson, et surtout l'amour, qui ont fait que j'ai eu envie de m'épanouir, de vivre très richement ma vie et d'une manière beaucoup plus nette. Mais c'est un des éléments de ma vérité.

Pas de cheveux mais une plume ! Jacques Mercier est un homme multiple. À côté de l'émission culte du « Jeu des dictionnaires », on le retrouve depuis peu à nouveau aux côtés d'Armelle pour l'émission qui les réunit façon « Bonnie & Clyde ». Quand il ne se trouve pas devant les caméras ou derrière les micros de la RTBF, Jacques n'est jamais loin de son clavier. Poète, romancier, essayiste ou chroniqueur, il compte plus d'une trentaine d'ouvrages à son actif... Ses productions littéraires sont aussi éclectiques que les différentes facettes de son personnage. Rien que ces derniers mois, il nous a livré « Gus », un roman qui clôt la trilogie de ses souvenirs de jeunesse (éd. Racine), « Pata », un livre pour enfants illustré par Claire Van der Schueren (éd. Vanille-Chocolat), et un essai sur les « Belges en France » (éd. Racine). Le lien entre toutes ses activités ? Une infatigable envie de partage, qui le pousse aujourd'hui à tenter une nouvelle expérience en montant sur scène, entouré de deux talents féminins. Dans « Passage », accompagné de la voix de Laurence Waters et de la musique de Naïra Mnoian, il se raconte en poésie, musique et émotions...

Passage, du mardi 27 février et samedi 3 mars, à 20 h 30, à la Samaritaine, 16 rue de la Samaritaine, à 1000 Bruxelles, tél. 02.511.33.95.

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Jeronimo

Jérôme Mardaga alias Jeronimo est-il un vrai ou un faux chauve ? Sa coiffure (ou plutôt l'absence de celle-ci) est-elle le résultat d'un savant calcul de look, ou tout simplement d'un appauvrissement capillaire ? Le genre de chose qu'on n'oserait pas demander à notre beau-père, mais à laquelle le jeune chanteur répond avec simplicité et humour.

Êtes-vous un vrai chauve ou vous rasez-vous la tête ?

Je suis chauve, mais je dois encore, chaque semaine, passer un coup de tondeuse. C'est bizarre parce qu'avoir les cheveux comme ça, ça demande presque plus d'entretien que d'avoir des cheveux normaux. Au début, ma copine trouvait bizarre que je les rase. Elle croyait que c'était voulu, pour le look. Mais non, j'ai tout coupé quand j'ai eu 24-25 ans, quand je me suis rendu compte que ce n'était plus la peine, que ça ne ressemblerait plus jamais à rien...

Quels ont été vos sentiments lorsque vous avez compris que vous perdiez vos cheveux de façon définitive ?

Ça m'est arrivé assez tôt. Je devais avoir 22 ans quand j'ai été fixé sur le sort de ma coiffure. J'étais un peu seul parce que mon frère n'a pas du tout ce problème, même si mon père est chauve. Je n'ai jamais essayé ni teinture, ni shampooing, ni coiffure. J'ai eu des regrets mais ça n'a pas duré longtemps, parce que je me suis vite rendu compte que c'était comme la marée qui monte : je ne pouvais pas arrêter ça ! Je connais des gens qui ont fait des implants mais ce n'était pas du tout mon truc d'essayer de faire repousser là où ça ne poussait plus.

Vous aimez-vous sans vos cheveux ?

J'ai eu des craintes. Particulièrement le jour où je me suis dit : À partir d'aujourd'hui, ce sera boule à zéro et rien d'autre. De toute façon, je n'avais pas le choix, ça devenait vraiment laid. Mais j'ai eu de la chance. Il y a 15 ans, avoir le crâne rasé, c'était pas du tout dans les moeurs, alors que maintenant, c'est quasiment à la mode. Et puis, c'était adouci par le fait que mon jeune frère, qui pourtant avait des cheveux tout à fait normaux, se rasait la tête. Il était dans un trip techno. Comme on se ressemble assez fort, j'avais donc une idée de ce à quoi j'allais ressembler. Il m'a d'ailleurs encouragé. Je me souviens de ce jour-là : je l'ai fait moi-même, en deux minutes. C'était génial. J'étais fasciné de voir mon crâne pour la première fois ! Je suis resté pendant un quart d'heure devant le miroir. Et j'ai été rassuré. Je voyais que j'avais un beau crâne ! Je suis sorti. C'était l'automne, et je me rappelle de la sensation du vent sur mon crâne, ça chatouillait. C'était bizarre de se promener à l'air libre avec rien sur le caillou. Je suis allé au café... Là, tout le monde m'a dit : Je ne comprends pas pourquoi t'as pas fait ça plus tôt ! Il n'y a que mon père qui trouvait ça un peu court.

Avez-vous souffert du regard des autres ?

Je souffrais plus du regard des autres avant d'y passer. Mais bizarrement, ça venait plutôt de ceux qui les perdaient aussi. Certains se plaisaient à remarquer que je les perdais plus ou plus vite qu'eux. Enfin, c'était de bonne guerre. Maintenant, c'est moi qui me moque de ceux qui ont mon âge et qui sont en train de les perdre !

Une anecdote ?

Le problème, c'est quand il pleut et qu'on n'a pas de parapluie : on est vite trempé, et ça coule dans les yeux... Et puis, en hiver, il y a une vraie déperdition de chaleur de ce côté-là ! Je me souviens aussi de mes premiers coups de soleil... Heureusement, j'ai une tête à chapeaux !

Est-ce que cela vous a changé intérieurement ?

Je connais des gens qui vivent ça super mal, et pour qui il est absolument inconcevable de se raser le caillou. Ça leur pose un vrai problème de confiance en soi, de virilité. C'est clair qu'on perd quelque chose. Mais moi, j'y ai gagné au change. Après le moment d'appréhension, je me suis senti mieux : enfin, j'étais moi. Ça a été un soulagement. Je me suis tout de suite senti bien, au point que je me suis dit que j'aurais dû le faire plus tôt ! J'aime le côté définitif de cette coiffure.

En quelques mots...

À 9 ans, il reçoit un magnétophone à cassette. Un choc. La machine devient son confident. Il invente une émission de radio dont il est l'unique présentateur vedette. À 13 ans, nouveau bouleversement : il entre dans un magasin d'instruments de musique et tombe amoureux d'une Gibson rouge, en bois... Deux ans après, il montait un groupe avec lequel il invente ses premières chansons. La musique ne le quitte plus mais ce n'est qu'après un bref passage en philo romane qu'il se rend compte de la place qu'il entend lui donner dans sa vie. Devenu prof de musique, il travaille avec différents groupes. En 2001, il commence à travailler sur Jeronimo... Qui prend son envol avec sa chanson « Ton éternel petit groupe ». Depuis lors, Jeronimo séduit les oreilles des deux côtés de l'Atlantique, multipliant les tournées au Québec. Après « 12 h 33 », il prépare en ce moment un nouvel album qu'il prévoit plus rigolo, plus détaché, plus décalé. Patience !

www.jeronimojeronimo.be

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