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En France, la politique autrement, c’est maintenant

Au terme d’un parcours sans faute, Macron, qui a eu le grand courage d’oser la prise de risque sans filet, se retrouve avec un hyperpouvoir entre les mains.

Édito - Editorialiste en chef Temps de lecture: 3 min

Et voilà, le Roi est couronné. Emmanuel Macron vient de réaliser le parcours parfait qui tient définitivement de la prouesse. Il y a bien sûr cette abstention énorme, et donc ce rejet de la politique affiché par nombre d’électeurs, mais cela ne change rien dans l’instant à la force du résultat. Qui aurait parié sur le fait qu’un jeune homme sans passé politique et sans parti, sinon le sien, réussirait ce doublé ultime, et de cette manière : présidence trentenaire et hypermajorité parlementaire ? Personne n’a jamais cru que la France politique aurait le visage qu’elle présente aujourd’hui, pas même celui qui en est le principal artisan.

Un parcours sans faute

Au terme d’un parcours sans faute – qu’à l’évidence la chance et les circonstances ont servi, mais c’est souvent la règle pour les audacieux –, celui qui a eu le grand courage d’oser la prise de risque sans filet, se retrouve avec un hyperpouvoir entre les mains. Il ne lui « reste » plus qu’à faire ce qu’il a promis : mettre la France en état de marche, redessiner le projet européen et faire de la politique autrement.

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Nombre de bombes minent le parcours de ce président dont la puissance regorge de fragilités. Mais il y en a une dont il doit se garder – la seule d’ailleurs dont il détient le détonateur : céder à cette suicidaire tentation française, de se prendre pour le Roi soleil. Son échec serait alors impardonnable car il devrait tout à l’orgueil.

La France, un laboratoire

Il n’y a pas que les Français qui ont aujourd’hui les yeux rivés sur ce qui va démarrer. En Belgique comme dans l’ensemble de l’Europe, nombre de politiques, de patrons, syndicalistes, citoyens scrutent l’Hexagone de Macron. Ce pays devient le laboratoire de ce qu’on pourrait appeler « l’autre politique », celle dont nombre d’observateurs estiment et/ou espèrent qu’elle pourrait être cette potion magique qui réussirait à la fois à réduire à rien les populistes, à ressusciter la foi dans la démocratie et la politique, tout en remettant sur orbite une économie et un modèle social ringardisés par la digitalisation et marginalisés par la mondialisation.

Le laboratoire Macron pourrait nous permettre de vérifier si le cocktail du neuf, des jeunes, des sans-parti (on veut faire de la politique au-delà des clivages), de la flexibilité (on va adapter les vieux modèles) et d’une nouvelle Europe (on va lui redonner force et efficacité) va marcher, et pour tout le monde.

L’échec serait terrible, surtout s’il est rapide. Pour la France d’abord, qui se retrouverait dans un désarroi politique profond, car privée d’une opposition démocratique qui n’aurait pas eu le temps de se refaire (la mort clinique du PS a été enregistrée ce dimanche).

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Mais ce serait aussi une véritable secousse pour la sphère politique européenne, sommée de trouver « autre chose » pour éviter que le renouveau politique suivant ne passe plus par la démocratie, mais par la main des extrémistes ou une révolution des peuples.

 

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6 Commentaires

  • Posté par De Bilde Jacques, mardi 20 juin 2017, 8:58

    Dire que Macron se retrouve avec un hyper pouvoir entre les mains c'est forcer un peu le trait. 308 députés sur 577 représente 53 % de l'assemblée. Or, la France a connu des majorités présidentielles à l'assemblée parlementaire bien plus importantes. Les sondages lui prédisaient jusqu'à 450 députés. On est loin du compte. Et les français ne lui ont pas donné un blanc seing. L'opposition est certes fracturée mais elle existe. Par contre, un fait totalement nouveau est à souligner : les femmes représentent désormais 40 % du Parlement. On peut "taper" sur Macron en le désignant comme suppôt du capitalisme ou, dans une moindre mesure, comme l'homme fabriqué pour mieux servir le libéralisme, comme le représentant de la noblesse d'Etat, comme le candidat des médias... Cela étant dit, on peut difficilement nier qu'il a réussi un coup extraordinaire en devenant le plus jeune Président de la république depuis qu'elle existe et en obtenant une majorité absolue, sans le soutien d'un parti politique, sans jamais avoir eu de mandat électif. Alors même que dans son propre camp, les soutiens de la première heure n'y croyaient pas. C'est l'approche positive. L'approche négative consisterait à relever le fait "que la gauche et la droite françaises ont mené la même politique depuis 1983 et que des pans entiers de l'une et de l'autre se retrouvent dans un même gouvernement, dans une même majorité parlementaire". C'est l'analyse de Serge Halimi dans le Monde diplomatique de juin 2017 (Les années folles). Les interviews des nouveaux députés de LREM révèlent le fait qu'ils se sentent porter d'une lourde responsabilité : les attentes sont énormes et il va falloir les rencontrer. C'est un langage nouveau d'hommes et de femmes sans expérience politique et qui sont issus essentiellement de la société civile. Je partage les commentaires de Charles Petijean et de Jean Stals sur les effets de la mondialisation, la pensée libérale, la mainmise de multimillionnaires sur les médias en France mais aussi dans d'autres pays, mais prétendre que "La pensée libérale inonde l'éditorial de Madame Delvaux" qu'elle serait sans doute à la solde du groupe Rossel ,est quelque peu injuste, voire caricatural en regard de l'ensemble de ces éditos. Débattons de ces idées mais n'avançons d'arguments ad-hominem.

  • Posté par Petitjean Charles, lundi 19 juin 2017, 16:49

    La pensée libérale inonde l'éditorial de Madame Delvaux, sans recul, sans perspective historique. Le monde du travail -pas les rentiers, ni les actionnaires capitalistes- a durant des décennies combattu, au sens physique du terme, pour s'octroyer des conditions de vie personnelles, familiales, sociétales un peu plus dignes de la condition humaine que celle des esclaves et des serfs, quoique, dans bien des cas, la précarité, le rythme du travail, la manipulation marquent encore aujourd'hui d'une manière plus ou moins équivalente toutes ces conditions qui se sont échelonnées durant des siècles. Arrivés à un stade humainement plus acceptable quand même, les travailleurs devraient, suivant les évangiles des nouveaux grands-prêtres de la modernité, les Macron et Cie, perdre des acquis sociaux importants au nom de la digitalisation et de la mondialisation, élevées au rang de lois naturelles qui s'imposent à l'humanité entière. Le vrai progrès, Madame Delvaux, serait que tous les travailleurs poursuivent leur quête de bien-être dans l'exercice d'un travail et dans des conditions qui assureraient à chacun le droit au projet de vie épanouissant et au bonheur. C'est le rêve de tout homme. Ce combat là, humaniste, n'est pas terminé, loin s'en faut. La précarité, la flexibilité sont devenues des objectifs, des règles, non pas au service du bien-être individuel, mais au service de la rentabilité, des dividendes et des rentiers. Et c'est cela que vous louangez ? A vous lire, au-delà des grandes envolées lyrico-généralistes, j'ai le sentiment que vous ne connaissez pas les conditions de travail et de vie de millions de nos concitoyens. Vous phosphorez dans la stratosphère des intérêts macro(n)-économiques des nantis, des capitalistes et des maîtres du monde. Vous voulez vraiment que le progrès humaniste se poursuive ? Que pensez-vous de la suppression du salariat ? L'homme, le travailleur, ne grandirait-il pas s'il pouvait couper ses liens avec les puissances d'argent qui ont sur lui "droit de vie ou de mort" dans un marché du travail où elles peuvent l'embaucher ou l'éjecter selon les caprices du libre-marché et de le concurrence et les besoins qu'elles ont de toujours grossir ? Là nous aurions un véritable progrès humain. Au lieu de ça, vous sonnez les trompettes pour glorifier "un jeune loup aux grandes dents" qui, sous couvert de modernité, va rétropédaler !

  • Posté par Weissenberg André, lundi 19 juin 2017, 12:21

    On peut se demander à bon droit ce que viennent faire dans cet éditorial la foi et la croyance ("potion magique qui réussirait à la fois à réduire à rien les populistes, à ressusciter la foi dans la démocratie et la politique, tout en remettant sur orbite une économie et un modèle social ringardisés par la digitalisation et marginalisés par la mondialisation") là où il est précisément question de tenter d'éviter dans le futur de retomber dans les nombreux biais cognitifs, mis en avant notamment par Jean Tirole dans son "Economie du bien commun", pour expliquer l'échec d'une grande partie des mesures prises par nos gouvernants pour améliorer le fonctionnement de nos sociétés et, par là, du sentiment - faux - d'impuissance des politiques et d'obsolescence du primat du politique sur l'économique et la désaffection de la population à l'égard du monde politique, bien réelle celle-là!

  • Posté par stals jean, lundi 19 juin 2017, 12:19

    Madame Delvaux, vous écrivez que Macron se retrouve avec un hyper pouvoir. Bien sur par la grâce des électeurs qui ont bien voulu se déplacer hier pour ce deuxième tour de manège, c'est exact qu' arithmétiquement parlant. Macron est bel et bien le nouveau Roi de la République française... Bolloré-Hersan-Lagardère-Niel-Drahi-Arnaud-Amary-Dassault-Bouygues-et bien entendu le Groupe Rossel qui vous rémunère, (je n'évoque pas ici ceux dont le vrai métier c'est la banque, sinon je serais encore la demain) font partie de ceux la qui ont décidé, qui ont organisé qui ont exigé que leur nouveau pantin garant de la « Liberté de l’Egalité et de la Fraternité française, se nommerait Emmanuel Macron,Emmanuel Macron et rien d'autre. Rien du tout d'autre. Des intellectuels français pas seulement du monde des médias, mais de bien d'autres secteurs d'activités qui ne sont en rien et d'une manière ou d'une autre inféodé à tous ceux que je viens de citer dans ce commentaire, démontrent¨à coups d'argumentations pertinentes et vérifiables que ce parachutage de Macron c'est l'expression même d'un Pouvoir absolu détenu planétairement par la dictature la plus puissante, la plus dangereuse du monde. La "Dictature de l'Actionnariat" La dictature de l’actionnariat, est en effet maître du monde, plus une seule nation de la planète n'a échappé et ne peut plus échapper à la loi des "Marchés" et à la loi des plus values boursières, ni à la loi des « Dettes Publiques » aussi criminelles soient-elles, plus une seule. Les dictatures politiques, militaires, et sois disant religieuses, n’existent que parce que la « dictature de l’actionnariat » organisée en cartel mafieux mondialisé le permet, rien moins et vous le savez très bien. Dassault le marchand de canon multimilliardaire après quelqu’hésitations à bien entendu contresigné lui aussi la « feuille de route » du candidat Macron…Le coup de permettre à Marine Le Pen de se retrouver face à Macron… Faut être un demeuré notoire pour encore penser que cette élection de Macron c’est autre chose que l’histoire des « moutons de Monsieur Panurge » du seigneur Rabelais…Le débat démocratique n’existe plus, s’il à d’ailleurs jamais existé. Le cynisme des médias n’a d’égale que le cynisme et la puissance financière de ses propriétaires. Peut-être que du haut de mes 74 ans je ne suis plus qu’un vieux radoteurs, allez savoir…

  • Posté par Vermeulen Gregory, lundi 19 juin 2017, 11:36

    "ressusciter la foi dans la démocratie et la politique, tout en remettant sur orbite une économie et un modèle social ringardisés par la digitalisation et marginalisés par la mondialisation" Mort de rire..... Macron et Démocratie c'est antinomique, alors que Macron et Mondialisation sont synonymes. Je ne vois donc pas comment il va pouvoir ressusciter quoi que ce soit !!!

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