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Des pourcentages en primaire, quel intérêt?

Les cotations chiffrées dès la première primaire restent-elles le meilleur moyen de mettre en lumière d’éventuelles lacunes dans les apprentissages ou sont-elles sans intérêt pédagogique ?

Débat - Temps de lecture: 1 min

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«Les points sont plus compréhensibles»

Pour Florent Chenu, la cotation chiffrée est encore la solution la plus commode. Mais les choses évoluent.

Temps de lecture: 3 min

Florent Chenu est inspecteur pédagogique en chef à la Ville de Charleroi. Il fut auparavant chercheur en sciences de l’éducation.

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Les cotations sont l’objet de critiques récurrentes. Est-ce que pour vous cela reste tout de même la solution la plus commode lorsqu’il s’agit de communiquer au sujet du niveau d’un élève ?

Pour le moment, effectivement. Mais les choses évoluent. De nouvelles modalités d’évaluation sont testées, se mettent en place. Un projet a notamment été mené par le réseau Wallonie-Bruxelles Enseignement. Il a donné des résultats positifs mais a montré tout de même que beaucoup d’enseignants restaient attachés à la cotation chiffrée. Dans l’enseignement de promotion sociale, des avancées intéressantes ont été constatées. Les dossiers pédagogiques liés à des unités d’enseignement ont fait leur apparition. Pour chacun d’eux, on définit la manière d’évaluer avec des critères très précis, un degré de maîtrise. D’autres niveaux d’enseignement gagneraient à s’en inspirer.

Dans certaines écoles, les cotations lettrées ont laissé la place aux cotations avec des chiffres. Est-ce vraiment différent ?

Les cotations avec des lettres sont tout aussi subjectives. Souvent, les parents, les élèves, les enseignants ont tendance d’ailleurs à traduire une lettre par une cote de façon consciente ou inconsciente.

Les cotations sont critiquées notamment pour la compétition qu’elles engendrent entre élèves. Confirmez-vous cela ? Et si oui, est-ce ou non selon vous le rôle de l’école de mettre les enfants à l’abri de ces logiques de compétition.

C’est une réalité : les élèves comparent leurs points. Je ne suis pas sûr que d’autres systèmes ne donneraient pas lieu également à ces comparaisons. Si on utilise des lettres, les élèves compareront celles-ci. Si on utilise des couleurs, ils compareront ces couleurs. La comparaison n’est pas inhérente à la cotation chiffrée. Faut-il mettre à l’abri les élèves de ce genre de compétition ? Je ne sais pas. En tout cas, les écoles, peu importe au fond la façon dont elles fonctionnent, ont tendance à faire entrer les élèves dans ce système dès leur plus jeune âge. Certaines écoles délivrent même des diplômes factices… Le fait de faire entrer les élèves dans un système au travers duquel on leur fait comprendre qu’ils travaillent pour des points les pousse à oublier qu’ils apprennent aussi pour développer leurs compétences de futurs citoyens.

La cotation chiffrée est ancrée culturellement. N’est-ce pas finalement aujourd’hui le principal obstacle à une évolution des pratiques ?

Oui, les parents sont demandeurs ainsi que les enseignants et peut-être même les élèves. Je ne pense pas pour autant qu’il soit impossible de faire évoluer les pratiques. Mais il faudra du temps. La note chiffrée est aujourd’hui perçue comme beaucoup plus compréhensible par les parents.

«Le bulletin idéal n’existe pas»

Didier Vanheuverzwijn envisage le bulletin comme un objet en évolution, car l’idéal n’existe pas. Mais une chose est sûre : il ne doit pas être l’alpha et l’omega de l’apprentissage.

Temps de lecture: 3 min

Depuis 2003, Didier Vanheuverzwijn est directeur de l’école fondamentale Sainte-Ursule à Molenbeek, école libre à encadrement différencié classe 1 (dont l’indice socio-économique est le plus faible) qui compte 450 élèves. Dans son école, les élèves de 1re et 2e années primaire ne reçoivent pas de cotes mais des couleurs (vert, orange et rouge). Ensuite, seules les matières (français, math, éveil) sont cotées (sur 20). Mais le plus important, estime le directeur, c’est la place important laissée pour les remarques écrites des instituteurs pour le savoir-faire, le savoir être et pour tirer le bilan de l’année.

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Pourquoi évitez-vous de coter les élèves les deux premières années ?

On n’évalue pas tout de suite, car c’est impossible vu les différences de maturité à cet âge-là, mais aussi le passé des enfants, notamment ceux qui ont fait trois années de maternelles et ceux qui commencent l’école. Mettre des cotes n’a vraiment pas de sens. Une moyenne en français, qu’est-ce que ça signifie ? Qu’on mélange conjugaison, poésie, lecture… ça ne veut pas dire grand-chose. Le bulletin idéal n’existe pas.

Coter, cela suscite la concurrence entre enfants ?

Donner des cotes dès le départ, c’est aller dans ce sens. En primaire, cela fonctionne. Les élèves vont accepter d’être scolaires et même bien aimer cela. En secondaire, quand l’envie d’apprendre tend à s’estomper, cela ne fonctionne plus. On insiste trop peu sur le fait qu’on apprend pour soi-même, pour le plaisir. On considère encore trop que c’est pour avoir un beau bulletin qu’on travaille. Le problème avec la cotation, c’est qu’en secondaire, quand on a 60 %, c’est bien. En primaire, si on sait lire six lettres sur dix, ça ne va pas. Les enfants vont se satisfaire d’un résultat moyen. Je préfère donc une évaluation écrite, expliquant dans quel(s) domaine(s) l’enfant peut progresser.

A qui s’adresse-t-il en premier lieu, selon vous ?

A tout le monde à la fois ! En premier lieu, cela s’adresse à l’enseignant : le bulletin lui permet de faire un arrêt sur image par enfant plusieurs fois par an. Il s’adresse évidemment aussi aux parents et aux enfants.

Concernant les parents, quelle est la tendance ?

Ils sont inquiets quand on ne donne pas un bulletin. Certains demandent des bulletins dès la maternelle ! C’est lié à l’inquiétude par rapport à l’avenir. On sait que les places sont de plus en plus chères. Mais l’école prépare-t-elle à la société d’aujourd’hui ou à une société de demain qui pourrait être moins inégalitaire ? Les quatre missions de l’enseignement, c’est : des enfants épanouis, des enfants outillés pour la vie socio-économique, des citoyens, que tout cela soit réalisé de manière égale pour tous. Souvent, dans un bulletin, on ne trouve que l’évaluation de la mission nº2.

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5 Commentaires

  • Posté par jacques rabbot, lundi 3 juillet 2017, 22:44

    le système chiffré permet d'évaluer les connaissances et les progrès. De plus, il encourage l'élève à se surpasser et à surpasser les autres. Vouloir le supprimer est un pas de plus vers le nivellement par le bas. "Tous égaux" c'est l'idéal des faibles qui en ont assez d'être dépassés par les autres et qui préfèrent cela à une valorisation par le travail. Nous sommes à une époque où les éducateurs -les parents d'abord- démissionnent et accusent les autres des maux dont ils sont responsables. Poussons la logique au bout : il faut supprimer aussi le permis à points.

  • Posté par Rahier Pierre, mercredi 28 juin 2017, 9:30

    "Dans certaines écoles, les cotations chiffrées ont laissé la place aux cotations avec des chiffres." Des cotations (sic!) chiffrées ou avec des chiffres ? Je ne vois pas bien la différence !

  • Posté par Simon André, mercredi 28 juin 2017, 11:06

    C'est vrai que la formulation prête à confusion. En fait, il y a deux types (au moins !) de cotation "avec des chiffrs". La première consiste à additionner des points, puis à en faire une moyenne, voire un pourcentage. La secondes est une cotation par niveaux, qui va de l'insuffisant à lexcellent, chaque niveau pouvant être matérialisé par une couleur, une lettre ou un chiffre. La première donne une illusion de précision et d'objectivité, mais le plus souvent additionne des pommes et des poires, tandis que la seconde donne un aperçu plus global, et est souvent taxée de subjectivité. La première est souvent réclamée à cor et à cris tant par les parents que par les élèves, la seconde a plutôt la faveur des pédagogues. Mais quelle que soit la méthode utilisée, l'évaluation qui porte vraiment du sens et qui permet à l'élève de connaître ses points forts et ses faiblesses, et partant de progresser, résulte d'un dialogue permanent entre l'enseignant et l'élève.

  • Posté par Rahier Pierre, mercredi 28 juin 2017, 9:26

    "... pour tirer le bilan de l’année..." : un bilan, on le dresse, on l'établit, on ne le tire pas. Mais on tire les conclusions... "Les quatre missions de l’enseignement, c’est : ..." : ce sont ou sont.

  • Posté par Rahier Pierre, mercredi 28 juin 2017, 9:17

    Des cotations (chiffrées ou non) ? Non, les notes, tout simplement.

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