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Le décumul seul ne sauvera pas le PS ni son président

Les réformes de ce dimanche arrivent trop tard pour une opinion écœurée par les faits reprochés à certains mandataires socialistes. Et il n’est pas sûr qu’elles correspondent aux attentes des citoyens. L’édito de Pascal Lorent.

Édito - Journaliste au service Politique Temps de lecture: 3 min

Le Parti socialiste est-il en train de mourir ? Prudence.

D’abord parce que l’outil qui le donne en perdition électorale n’est jamais qu’un sondage. Or le seul check-up validé par la faculté de médecine politique, ce sont les élections. Ensuite parce que, par le passé (en 2009, notamment), les socialistes ont montré qu’une fois entrés en campagne, ils étaient capables de mener une remontada (à l’image du retard résorbé par le FC Barcelone, cette saison, face au Paris-Saint-Germain).

L’éthique, un préalable pas une concession

Cependant, pour la première fois, le PS pourrait valser dans l’opposition au moment où il subit les « affaires », les exclusions de ses membres et les attaques de ses adversaires. Avec une alternative à sa gauche qui croît sans cesse. Or scandales + opposition = cocktail potentiellement létal.

Dans ce contexte, les mesures de gouvernance adoptées ce dimanche sur les rives de l’Eau d’Heure ne semblent pas suffisantes à relever le Parti socialiste. Elles arrivent trop tard pour une opinion écœurée par les faits reprochés à certains mandataires socialistes. Et il n’est pas sûr, en sus, qu’elles correspondent aux attentes des citoyens. En effet, ceux-ci attendent davantage que les politiques réenchantent leur quotidien, leur proposent des réponses aux nouveaux défis et les protègent des mutations de notre société. Dans ce contexte, l’éthique est un préalable, un principe évident, non une concession que l’on fait au plus fort de la tourmente.

Fin du PS ?

Le PS peut-il mourir ? A cette question, Elio Di Rupo répond par la négative. C’est présomptueux de sa part. L’Histoire démontre que les révolutions et changements politiques radicaux ont souvent été précédés par des changements technologiques et sociaux de grande ampleur. Ils en étaient le prolongement. A regarder ce qui se joue ces dernières années aux Etats-Unis et dans différents pays d’Europe, dont la France plus récemment, on peut se demander si ce n’est pas à cela qu’on assiste. Dès lors, pourquoi le PS serait-il à l’abri ?

A l’inverse, un des enseignements du sondage de ce week-end viendra rassurer les socialistes : les transferts d’intentions de vote s’effectuent essentiellement au sein de la gauche (et du centre). C’est donc son cœur de cible que le PS doit regagner s’il veut éviter de disparaître. Pour y parvenir, il a besoin d’un positionnement clair, sur la base d’un programme et de propositions adaptées à la société actuelle. La forme et le fond.

Dans ce contexte, impossible de s’interroger sur le sort du parti sans évoquer celui de son président. Elio Di Rupo, dont l’image est éculée par une carrière politique menée à tous les étages du pouvoir, peut-il encore porter le renouveau et incarner cet « aggiornamento » socialiste ? Le congrès du 24 septembre, aboutissement du « Chantier des idées », apportera une réponse, peut-être définitive, à cette question. Comme à celle de la survie du PS.

Les trois mois de la dernière chance pour le PS

Ce dimanche, un congrès statutaire a lancé la réforme interne. Les militants ont voté majoritairement en faveur du décumul des rémunérations. Dans trois mois, le PS tiendra son « Chantier des idées », le 24 septembre. Trois mois pour tenter de se redresser, malgré tout.

Reportage - Journaliste au service Politique Temps de lecture: 6 min

Tout est politique, la météo s’y met : dimanche matin, c’est sous les nuages en permanence et sous la pluie par intermittence que plus de 1500 militants et délégués des quatorze fédérations du PS ont convergé vers l’Eau d’Heure. Ça devait être la « fête des familles », mais la famille n’est pas à la fête. Même si elle est nombreuse. À l’arrivée, le chapiteau déborde. Plus de 1500 affiliés s’y pressent. Elio Di Rupo et les quatorze représentants des fédérations prennent la parole tour à tour, avant l’annonce du résultat des votes. Avec le congrès idéologique du 24 septembre, voué au « chantier des idées », c’est, pour le PS, le premier pas dans une tentative de mue accélérée. Un sauve-qui-peut. Un traitement de choc. Une dernière chance.

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Les réformes

La colère parmi les militants n’est pas tue à la tribune du congrès. Les délégués des fédérations relaient ce qui « remonte des débats en sections ces dernières semaines ». Et ça vole. Quentin Huart clôture le tour de chauffe, au nom de la Wallonie picarde, en parlant de… « pestilence »  : « Oui, des socialistes ont piqué dans la caisse ! Et ça inspire du dégoût ».

La « base » ne minimise pas. Pour autant, elle a voté majoritairement, on l’a dit, pour l’option 2 (le décumul des rémunérations), alors que l’option 1 (décumul des mandats) était jugée généralement la plus claire et novatrice. L’annonce des résultats des votes sur ce point est accueillie par des huées dans la salle comble. Les rouges sont à cran. Quelqu’un lance : « On va dans le mur ! ». La tension retombe quand le secrétaire général, Jacques Braggaar, indique dans la foulée que la limite des 100 % a été plébiscitée. Un militant : « Ah, ça, c’est bien quand même ». Le PS est le seul parti à s’imposer statutairement un tel plafond de rémunération. Quittant le chapiteau, des élus commentent. Caroline Désir : « Regardez d’où on vient, regardez où on va, c’est un gros changement ». Pierre-Yves Dermagne : « On est dans des difficultés historiques, alors on vote des réformes historiques, on bouge ». Tous savent que le débat fut vif en amont, qu’on s’est expliqués et disputés comme jamais. « Politiquement incorrecte » dans le lot, Julie Fernandez ajuste : « Vous trouvez ça bien ? Prenez la barre des 50.000 habitants pour le cumul député-bourgmestre ou député-échevin… Qui donc représentera encore les grandes villes au parlement ? Bart De Wever ! Voilà le résultat. On lui fait un cadeau ». Reste que, les réformes, ce n’est pas fini. À Bruxelles, Rudi Vervoort ne renonce pas au décumul intégral. Paul Magnette se profile en empêcheur de réformer petitement. André Flahaut appelle au calme : « Les structures ont bien fonctionné, on a voté, maintenant il faut se concentrer sur l’application de ces modifications statutaires ».

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Le leadership

Elio Di Rupo tranche à la tribune : « Les militants ont débattu. Les militants ont voté. Les militants ont décidé. Aujourd’hui, j’en appelle à l’unité ». Il renchérit : « Quand je vois le déferlement d’insultes à l’égard des socialistes, mon énergie est décuplée… C’est la mauvaise nouvelle du jour pour la droite et pour tous ceux qui n’ont jamais accepté le contre-pouvoir que nous représentons : le PS est toujours là ! ». Il tremble cependant, trime dans les sondages, se fait évincer des majorités au sud, ce qui, par vagues successives, ramène immanquablement à la surface la question du leadership. Laquelle, avec la survie du PS (rien de moins), se joue entre ce 2 juillet, jour du congrès statutaire, et le 24 septembre, date du congrès de la rentrée, de relance potentiellement.

Pas étourdi, le président du PS a dressé un calendrier de la dernière chance, toute urgence et branle-bas de combat : bureau exceptionnel du parti le 23 août ; identification de « 100 mesures pour un monde plus juste », expédiées illico aux sections et aux fédérations ; nouveau round de débats et de votes en interne ; conclusion en « Chantier des idées » le 24 septembre, à Bruxelles. Ça passe ou ça casse. Une course d’obstacles. On y va.

Il faudra compter avec Paul Magnette pour mettre la pression. Après s’être frité avec pas mal d’élus et de mandataires qui lui ont reproché sa forte campagne pour le mandat unique (c’était l’option 1, battue, avec 48 % des voix), égratigné au passage, il ne baisse pas le ton : « Je préférais le décumul intégral, des cadres ont freiné, on assume, ce qui est acquis est acquis, aujourd’hui c’est une avancée. On ne s’arrête pas là. Maintenant, il faut que les militants restent mobilisés, comme ils l’ont été ces dernières semaines, pour développer un projet. Et pour continuer à transformer le parti. Il faut redevenir un parti de militants. Par exemple, il faut s’interroger : notre bureau politique du lundi est-il encore adapté ? Il faudrait moins de mandataires, et y insérer des militants, pourquoi pas en les tirant au sort ». Il recadre : « Hamon en France ? Sortir du PS ? Non. Moi je suis attaché au parti, à commencer par ses structures locales ». Le scénario à la française d’un PS lacéré par les divisions et les querelles hante le carolo. Qui, « attaché au parti », prendra sa place dans la séquence primordiale de trois mois, entre ce 2 juillet et le 24 septembre. Advienne que pourra.

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La survie

En filigrane mais pas de façon négligeable, tous se posent la question de la survie du PS. L’inquiétude grandit, pas la résignation. Charles Picqué : « Ce congrès statutaire doit être complété par le Chantier des idées, alors on verra. Je dis attention : l’affaissement du PS, c’est un danger pour le modèle social, c’est un danger aussi pour le maintien du modèle institutionnel en Belgique ». Nicolas Martin : « La participation aux débats sur le décumul a montré qu’à la différence de la France, le PS est un parti militant, ancré, ça peut faire la différence ». Ahmed Laaouej : « On ne doit pas passer des mois et des mois encore sur l’organisation interne. Parlons projet et solutions pour les gens. Et nous serons sur le terrain . Ceux qui croient pouvoir détruire le PS seront de la revue ! ». Özlem Özen : « Les réformes internes, c’est bien, mais là, il faut qu’on passe à autre chose. Je vois les difficultés, mais je sais que, dans nos communes, notre contact concret avec les gens peut réparer beaucoup de choses, et redresser les courbes des sondages. Peut-être pas complètement, notez, mais quand même un peu »

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6 Commentaires

  • Posté par Lacroix André, lundi 3 juillet 2017, 14:13

    Nicolas Martin : " Le PS est un parti militant , ça peut faire la différence " . Sauf qu'un parti qui milite et vote pour le maintien du cumul ne se différencie en rien de ses adversaires que sont le MR et le CDH .

  • Posté par Jules Vandeweyer, mardi 4 juillet 2017, 8:58

    Si, justement, les 2 autres partis sont contre le décumul. Mais c'est toujours sur les socialistes que sont dirigées les critiques, alors et malgré qu'il a décidé de ce changement.

  • Posté par Reginster Jean-luc , lundi 3 juillet 2017, 13:40

    Toute cette histoire de décumul des mandats et/ou des rémunérations ne sera qu'une gigantesque opération d'enfumage des citoyens si les partis qui s'y engagent ne démontrent pas que les moyens ainsi libérés retournent dans les caisses de l'Etat, des Communes, des Régions, des OIP, etc, et pas des partis eux-mêmes. Il s'agit de l'argent public qui doit être remis à la disposition des services publics au travers d'instances démocratiquement élues, ou restitué aux contribuables. Personne ne semble vouloir parler de cela aujourd'hui. C'est pourtant l'essentiel.

  • Posté par Remi Baeyens, lundi 3 juillet 2017, 11:16

    Le PS un contre-pouvoir? A d'autres ! Envisage t'il déjà à aller dans l'opposition en Wallonie? Bonne nouvelle.

  • Posté par Van Obberghen Paul, lundi 3 juillet 2017, 10:26

    "En effet, (les citoyens) attendent davantage que les politiques réenchantent leur quotidien..." C'est une des raisons du succès du PTB qui fait ce que le communisme fait depuis toujours, annoncer pour demain une société enchantée, dans laquelle tout le monde serait égal, sans riche ni pauvre. Bien sûr, c'est un leure et l'histoire démontre que c'est une équation impossible basée sur des principes de bases qui sont fondamentalement faux. Mais peu importe: une partie de la population veut y croire aux lendemains qui chantent. Mais Pascal Lorent oublie toute cette partie de la société à qui le discours politique, de gauche comme de droite, ne parle plus; ceux qu'on appelle les "PRAF" (Plus Rien A Faire). Tous ces citoyens qui ont compris que pour la plupart, les politiques, quel que soit leur bord, ne peuvent pas répondre à leurs problèmes quotidiens. Ces citoyens prennent leur destin en main et s'organisent en dehors des circuits traditionnels, en dehors des structures étatiques ou généralement officielles. C'est la fin des grands partis dans le sens traditionnel du termes, en particulier de ceux qui annoncent qu'ils sont la solution à tout, qu'il ne faut s'inquiéter de rien, qu'ils sont à la barre, et que seuls eux sont capables de protéger les plus démunis contre les nantis. De moins en moins de gens y croient à cette fable qui dit que le politique, du haut de sa tour de verre, sait tout et peut tout. C'est aussi pour cela que le PS, plus que les autres, est en réel danger de disparition. Les grands partis monolithiques, centralisés, verticaux, hégémoniques, tentaculaires, c'est fini. Et aucun congrès renfondateur, aucun chantier des idées, même des changements de têtes, ni pourront rien. C'est la fin de la particratie, dont le PS était un des plus importants représentants, et à vrai dire, il est à peu près temps.

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