Trop d’abeilles domestiques à Bruxelles

L’enfer est pavé de bonnes intentions. Trop d’abeilles domestiques, cela nuit aux abeilles sauvages. © René Breny.
L’enfer est pavé de bonnes intentions. Trop d’abeilles domestiques, cela nuit aux abeilles sauvages. © René Breny. - r.b.

Qui l’eût cru ? La mode des ruches d’abeilles domestiques en ville, en particulier les « nombreux projets de parrainage de ruches (par l’intermédiaire de sociétés privées notamment) par des entreprises ou institutions », est « susceptible de nuire à la biodiversité locale », selon la ministre bruxelloise de l’Environnement Céline Fremault (CDH). La ministre a donc fait plancher son cabinet sur le déclin inquiétant des pollinisateurs sauvages, constaté sur l’ensemble de la planète. Avec à la clé, évidemment, la recherche de pistes d’action à la petite échelle de notre capitale afin de lui permettre de faire sa « part de travail » pour préserver cette biodiversité.

Car si les abeilles domestiques sont devenues un emblème de la protection de l’environnement, au point que leur image est parfois utilisée par les entreprises pour se donner à bon compte une image verte – on appelle cela le « greenwashing » (Le Soir du 9 septembre 2013) –, « le rôle prépondérant des pollinisateurs sauvages et particulièrement des abeilles sauvages dans le service de pollinisation est peu connu », souligne Céline Fremault. Or il y a 380 espèces environ d’abeilles sauvages en Belgique, et leur impact est « quantitativement et qualitativement plus important que celui de l’espèce domestique », insiste-t-elle.

Or, si les abeilles domestiques sont bel et bien en danger, les abeilles sauvages ne le sont pas moins, et notamment du fait de l’intervention humaine en zone urbaine, qui met ces variétés en compétition alimentaire. Les 120 espèces d’abeilles sauvages présentes à Bruxelles ont un rayon de butinage de quelques centaines de mètres, alors que celui-ci peut atteindre 3 km pour les abeilles domestiques. Et la « pression de butinage » des abeilles domestiques peut très vite se révéler excessive pour les abeilles sauvages. Sans compter que « la densité localement élevée de ruches d’abeilles domestiques dans un environnement par nature moins riche en ressources alimentaires » favorise par exemple la transmission de maladies de l’espèce domestique aux espèces sauvages et perturbe les communautés végétales qui demandent « une grande diversité de pollinisateurs sauvages ».

Il est donc temps d’agir. Et Céline Fremault lance les pistes d’un plan d’action « dont le contenu, précise-t-elle, reste à déterminer et discuter avec les principales parties prenantes de la Région ».

Première étape, énonce la ministre, il faut dresser un atlas des abeilles sauvages à Bruxelles, avec l’aide de l’ULB et de l’Institut royal des sciences naturelles, afin de « localiser les principales bourgades d’abeilles sauvages », histoire de mieux les protéger. Dans la foulée, il faudrait que la Région propose une liste d’espèces d’abeilles sauvages protégées, précise Céline Fremault.

Deuxième étape : établir un cadastre des ruches domestiques, et pourquoi pas en imposant une déclaration obligatoire des colonies d’abeilles. Histoire de « privilégier l’apiculture de hobby » par rapport à l’apiculture parrainée.

Troisième étape : agir sur les ressources florales (il y a 800 espèces de fleurs indigènes dans la capitale), et notamment dans les jardins privés qui représentent un tiers des espaces verts à Bruxelles.

Et enfin, le nerf de la guerre en matière de sensibilisation, la communication. Dès 2018, assure Céline Fremault, la Région organisera une semaine bruxelloise des abeilles et pollinisateurs en même temps que les deux autres Régions du pays. Une campagne est prévue. On espère qu’elle fera le buzz.

 
 
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