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Vers une disparition de la liberté de chercher?

Il existe une tendance très inquiétante à ce que l’état d’esprit de nombreux scientifiques se rapproche plus de celui d’un businessman que d’un chercheur, estime Vincent Seutin, enseignant-chercheur à l’ULg.

Carte blanche - Temps de lecture: 3 min

La liberté de chercher, quel bel objectif, dont le FNRS a fait son leitmotiv. Pourquoi est-ce important, surtout en recherche fondamentale ? Parce que garantir la liberté de chercher, c’est assurer que tout phénomène intéressant dans le champ du réel puisse être étudié scientifiquement, ce qui peut déboucher plus tard sur des progrès tangibles pour nous et le monde qui nous entoure. Malheureusement, cette liberté est très menacée actuellement. En raison de la réduction relative du financement de la recherche et de la compétition exacerbée qui s’ensuit parmi les chercheurs pour obtenir des crédits, des pans entiers de la recherche sont en train de disparaître parce qu’ils ne sont pas à la mode, pas assez « exciting ».

Le financement de la recherche a été infiltré par les modèles libéraux et devient essentiellement « performance-based », ce qui constitue une erreur quand ces modèles sont appliqués de manière excessive. Suite à cela, au niveau mondial, la fraude scientifique et la non-reproductibilité des résultats (surtout en recherche biomédicale) deviennent massives. Il existe une tendance très inquiétante à ce que l’état d’esprit de nombreux scientifiques se rapproche plus de celui d’un businessman soucieux de son budget que d’un chercheur curieux d’apprendre et de découvrir.

Réduction des ressources

En Fédération Wallonie-Bruxelles, nous avons la grande chance de disposer de chercheurs talentueux nommés à titre définitif, les mandataires permanents du FNRS (chercheurs qualifiés, maîtres de recherches et directeurs de recherche). Ils sont 410. Le système actuel est en train de réduire drastiquement les ressources d’un grand pourcentage d’entre eux, avec la démotivation qui s’ensuit. Le phénomène est évidemment aussi marqué pour les chercheurs qui sont également enseignants.

Les citoyens paient donc les salaires d’une masse de chercheurs dont une majorité sont dans l’impossibilité de mener à bien leurs recherches de manière optimale. Ceci est très dysfonctionnel et m’incite à lancer un appel au monde politique (le moment est favorable…) et aux chercheurs pour trouver des solutions à ces problèmes. A mon sens, une fraction significative des fonds wallons destinés à la recherche appliquée devrait être redirigée vers la recherche fondamentale. Par ailleurs, tous les laboratoires ayant des performances de niveau international devraient recevoir un financement de base. Ne serait-ce pas formidable que la FWB soit un îlot préservé dans lequel l’adage enthousiasmant du FNRS ne serait pas lettre morte ?

*L’auteur tient à préciser qu’il s’exprime en son nom propre et que son texte n’engage pas l’Université de Liège.

 

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