La voiture particulière n’a pas d’avenir dans les grandes villes

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Nous sommes 7 milliards d’êtres humains et la moitié d’entre nous vit dans des grandes villes. Ces 3,5 milliards de personnes doivent évidemment se déplacer, ce qui met à mal la qualité de vie dans les métropoles. Selon l’ONU, nous franchirons la barre des 10 milliards d’ici à 2050. C’est pourquoi nous devons revoir en profondeur la manière dont nous nous déplaçons en ville. Pas via des mesures drastiques isolées comme la chasse à la voiture, mais sur base d’une vision intégrée et largement partagée. Et autant dire que Bruxelles n’y échappera pas.

Vous êtes-vous rendu récemment à Copenhague ? Si oui, vous partagez très certainement mon enthousiasme quant à la façon dont les Danois ont organisé la mobilité dans leur capitale. Les transports en commun y sont très performants et le vaste réseau de pistes cyclables est en parfait état. Et même si la voiture est autorisée partout, les Danois ne l’utilisent que lorsqu’ils en ont vraiment besoin en raison des nombreuses alternatives à disposition. Ils prennent d’ailleurs souvent le volant d’une voiture électrique partagée, car le carsharing est entré dans les mœurs et le réseau de bornes de recharge s’est particulièrement étendu. Copenhague dispose ainsi de l’infrastructure de mobilité idéale : des transports en commun pour les déplacements de masse sur les axes principaux et d’autres moyens de transport durables, tels que le vélo et la voiture partagée, pour le trafic privé en dehors de ces axes.

Les défis de Bruxelles

Il suffit de circuler quelques instants dans notre capitale pour voir la différence. Même si nous aimerions voir rouler davantage de voitures à l’électricité à Bruxelles – comme c’est le cas à Copenhague – l’infrastructure de recharge ne le permet pas pour le moment. Notre capitale prévoit d’installer une centaine de bornes de recharge (et peut-être plus à l’avenir), alors qu’une ville comme Hambourg vient d’approuver le déploiement d’un réseau de plus de mille bornes. Oui, Bruxelles doit encore relever de nombreux défis pour améliorer les moyens de transport individuels et les intégrer à une politique de mobilité générale.

Heureusement, la volonté est présente. Le gouvernement bruxellois nourrit des projets ambitieux et les défend avec passion. Toutefois, il éprouve de grandes difficultés à trouver un soutien suffisant à court et long termes. Voilà pourquoi il est important de ne pas tomber dans le piège des « révolutions isolées ». Un exemple courant de ces mini-révolutions est l’acharnement qu’on met à décourager l’usage de la voiture, que ce soit via des plans de circulation avec des itinéraires incompréhensibles, des péages urbains hors de prix ou la suppression des places de parking. D’un jour à l’autre, l’automobiliste n’est subitement plus le bienvenu dans un quartier. Ces mesures irritent les conducteurs et ne contribuent certainement pas à un changement de comportement positif. Sans parler du fait qu’elles ralentissent le développement d’alternatives durables telles que l’autopartage.

Nous devons, comme à Copenhague, décourager la possession de voiture de façon positive et non négative. Il faut rendre les alternatives telles que le carsharing plus attractives. Une étude a d’ailleurs montré que chaque voiture partagée en ville remplace à terme au moins trois voitures particulières, et souvent davantage encore. De ce point de vue, Bruxelles a fait un pas dans la bonne direction l’année passée en autorisant légalement l’autopartage libre et spontané dans la capitale. Ainsi, le conducteur peut laisser la voiture partagée là où il le désire tandis que l’utilisateur suivant la récupère à cet endroit. Cette facilité d’utilisation rend le carsharing encore plus attractif et encourage les gens à se séparer de leur voiture personnelle. Un bel incitant à utiliser des moyens de transport alternatifs.

La nécessaire évolution de l’autopartage

L’autopartage promet encore d’évoluer fortement. Aujourd’hui, il s’agit de récupérer une voiture lorsqu’on en a besoin et de la remettre après utilisation. Mais quid si la voiture venait à vous, comme un taxi sans chauffeur ? Elle vous amènerait toute seule à destination tandis que vous occuperiez votre temps utilement en tant que passager, puis irait récupérer l’utilisateur suivant. Plus de perte de temps donc. La technologie existe déjà et si cette vision se réalise, cela n’aura plus de sens de posséder une voiture. L’autopartage deviendra alors la norme pour le trafic automobile en ville.

Les autres moyens de transport auront toujours leur rôle à jouer. Si tous les acteurs sont suffisamment impliqués dans une politique de mobilité largement soutenue et qu’ils peuvent se développer dans le cadre d’objectifs choisis en concertation, plus rien ne barrera la route à une mobilité bruxelloise efficace, agréable et durable.

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