Cours de philo et citoyenneté: une bien mauvaise pièce…

Cours de philo et citoyenneté: une bien mauvaise pièce…

Hier 4 juillet, c’était sortie culturelle à Bruxelles ; huit heures à assister à une mauvaise pièce de théâtre et cela sans Dafalgan en poche, ça laisse forcément des traces.

De mauvais acteurs, un mauvais scénario, pas de budget, mise en scène médiocre. Et un spectacle tiré en longueur.

Première chose, il y a toujours un gouvernement PS/CDH, en tout cas en matière d’enseignement. Première hypocrisie constatée tout au long de la journée. La DPC est bien maintenue, c’est un fait. Le divorce est officiel mais le lit est encore chaud.

Deuxième chose, nous avons été écoutés jeudi dernier, tous les partis ont bien pris note et déploré les difficultés du terrain remontées par le Corme. C’est triste oui, l’assemblée avait presque la larme à l’œil en écoutant tous les partis reconnaître que les modalités de mise en place du décret du primaire avaient engendré des situations très difficiles pour un certain nombre de profs et qu’on pouvait s’attendre à des situations du même type dans le secondaire… Ken Loach lui-même se serait sans doute jeté dans le canal Charleroi-Bruxelles en sortant de la Commission. Mais au final, il faut le voter, c’est dans la DPC.

Partenaires et amants

Le MR a bien tendu la perche à la Ministre en signalant que permettre aux professeurs de morale et de religion de donner également le cours de philosophie et de citoyenneté aux mêmes élèves (puisqu’ils seront neutres) pourrait résoudre pas mal de problèmes (sans toutefois proposer un amendement, qui ne serait de toute façon pas passé)… Mais, il faut se tenir aux accords avec le partenaire PS. Ah, non, c’est vrai, ils ne sont plus partenaires (enfin officiellement, les amants se voient certainement en cachette le soir). Peu importe.

« Démocratie anticipative »

Les écolos ont souligné qu’il était difficile de ne pas le voter puisque la Ministre avait déjà diffusé des documents pour organiser la rentrée, les référentiels, même les hautes écoles et universités proposent déjà des inscriptions. Quoi, le décret du CPC secondaire n’était pas voté ? Quoi, le décret avalisant le référentiel de CPC non plus. Et alors ? On va de toute façon le voter un jour ou l’autre, ça s’appelle de la démocratie anticipative (nouveau concept à analyser dans le cours de P&C)

En bons professionnels, les acteurs de la pièce sentant un petit coup de mou dans l’audience décident de réagir et de remettre du piment dans le spectacle. Comment ? En faisant une pause « suspense » de 15 minutes initiée en urgence avec pertes et fracas par le Président de la Commission.

Roulements de tambours. Que se passe-t-il ? Un nouveau gouvernement ? (PS/CDH ? Ah non, c’est déjà le cas). Un missile coréen tombé sur les USA ? Di Rupo quitte le PS ? Tous les partis votent le décumul intégral ? La redevance télé est tombée ?

Eh bien non ! Plus grave que ça. Le président a fait vérifier si les spectateurs de la Commission pouvaient utiliser leurs tablettes et téléphones pendant la séance. « Non, on ne peut pas ! » On est donc prié de ranger la technologie en poche. Un policier armé vient vérifier la bonne tenue des règles de notre démocratie anticipative… Ouf, l’ordre est rétabli.

Un décret « parfait » ?

La pièce reprend…

On vote chaque article. Des amendements ? Non, le décret est parfait, n’y touchons pas on risquerait de briser l’équilibre qui en fait une véritable œuvre d’art (digne de Picasso, que j’aime beaucoup, car il n’a jamais écrit de décret lui)…

Comment ça marche le vote me direz-vous ? Eh bien le Président cite les articles du décret un par un, « Qui est pour ? » (PS/CDH bras levés, main dans la main, yeux dans les yeux, manque juste la bande-son d’Eros Ramazzotti). Qui est contre ?… Le silence dans la salle…

« Qui s’abstient ? » (MR bras levés, pour la forme, huit heures sans bouger, c’est difficile)…

Une image qui restera

Bref, on vote. On sait que le vote en plénière du 19 juillet ne devrait pas être un coup de théâtre à moins qu’un nouveau gouvernement sépare définitivement nos doux partenaires.

Je finirai en disant que j’avais beaucoup de chance, proche de la scène, j’ai pu admirer le jeu, juste en face de moi, d’une députée PS qui arrivait d’une main à écrire des messages sur son portable (oui, eux, ils peuvent), ou peut-être à rédiger sa liste des courses pour le soir, et de l’autre main voter chaque point du décret. C’est l’image qui me restera de notre démocratie pour un moment je pense…

Fin de la pièce.

 
 
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