Les start-up belges manquent de dynamisme économique

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Derrière le peloton de tête, dans lequel figure notamment un poids lourd comme Deliveroo, des centaines de «
scale-up
» en Europe ont levé au moins 1 million d’euros. © Jon.Verhoeft.
Derrière le peloton de tête, dans lequel figure notamment un poids lourd comme Deliveroo, des centaines de « scale-up » en Europe ont levé au moins 1 million d’euros. © Jon.Verhoeft. - Jon.VERHOEFT

L’entrepreneuriat en Belgique ne se limite pas aux start-up (technologiques). C’est toutefois parmi celles-ci que l’on peut espérer dénicher les grands employeurs de demain autant que de nouveaux relais de prospérité.

En effet, les nouveaux gisements d’emplois se trouvent moins dans de grandes entreprises établies que dans de jeunes entreprises de taille intermédiaire. Une étude du bureau d’analystes français Xerfi cassait un mythe en 2014 en indiquant que le plus gros créateur d’emplois dans l’Hexagone n’était pas une entreprise du CAC40 mais bien la méconnue O2 Développement, une « start-up » de 6 ans à l’époque qui avait déjà créé plus de 6.000 emplois.

Depuis, diverses études européennes ont montré que notre dynamisme économique dépend de plus en plus de notre capacité à engendrer des « scale-up », à savoir des start-up (moins de 10 ans) matures, qui génèrent des revenus, s’internationalisent, ont la confiance d’investisseurs pour lever des millions et grandir. Derrière le peloton de tête des Spotify, Free, Deliveroo, Zalando et autre BlaBlaCar figurent des centaines de « scale-up » en Europe qui ont levé au moins 1 million d’euros et emploient en moyenne 50 personnes.

La Belgique, mauvaise élève

Il y a quelques mois, une étude de Sirris, le centre de recherche de la fédération technologique Agoria, sur le paysage européen des « scale-up » indiquait que la Belgique « performait » mal en termes d’emplois créés, avant-dernière devant l’Italie avec seulement 27 emplois en moyenne. Une nouvelle analyse, auquel Le Soir a eu accès, confirme ce manque de poids relatif de nos meilleurs espoirs technologiques, malgré un réel dynamisme entrepreneurial.

L’étude, menée cette fois conjointement par Sirris et la communauté d’entrepreneurs « tech » Co.Station, indique en effet qu’un point culminant dans la création de start-up a été atteint en 2014 avec quelque 250 naissances. Ce chiffre est tombé ensuite à 230 en 2015 et 160 en 2016 mais reste à un niveau élevé. Bruxelles est par ailleurs la ville la plus dynamique sur ce, hébergeant environ 25 % des start-up, comparé à 56 % pour la Flandre et 19 % en Wallonie.

« La Belgique crée davantage de start-up que la moyenne européenne, mais leur impact sur l’économie et sur l’emploi reste relativement faible. En d’autres termes, le “retour sur investissement” des start-up belges pour le PIB n’est pas terrible », décode Eugenia Forcat, directrice opérationnelle de Co.Station.

Des investissements très élevés

Pourtant, les investissements dans les start-up restent à un niveau très élevé. Le record de 350 millions d’euros levés au total en 2016 devrait être au moins égalé pour l’année en cours.

Sous l’effet de levées de fond record par des « champions » comme la bruxelloise Collibra (47 millions d’euros), la gantoise Showpad (44 millions) ou l’anversoise Auro Technologies (25 millions d’euros), l’investissement annuel moyen dans la « scale-up » belge a carrément doublé en un an, passant de 1,7 million à 3,8 millions.

Mais cette prouesse n’impressionne pas les auteurs de l’étude. « C’est mieux mais cela reste “peanuts” par rapport aux montants moyens levés dans les pays voisins, observe Eugenia Forcat. Il y a aussi trop peu de “scale-up” qui parviennent à se faire racheter, pour accéder à une autre échelle. » Sur ces deux dernières années, on dénombre une bonne vingtaine d’« exits. » Or, « il en faudrait trois ou quatre fois plus. »

Parmi le top 10 des investisseurs dans le gratin de nos start-up, on ne retrouve que des organismes belges, tous flamands d’ailleurs (PMV, LRM, Fortino, Capricorn…). « Ce côté très local pose problème car seulement 3 de ces fonds font partie du top 100 européen. » En termes footballistiques, c’est comme si nos « scale-up », vues globalement, venaient tout au plus de passer de la 3e division amateur à la 2e division professionnelle…

Sébastien Deletaille: «Nous cherchons à être rachetés, c’est la loi du marché»

Par Olivier Fabes

Sébastien Deletaille. © DR.
Sébastien Deletaille. © DR.

Real Impact Analytics (RIA) fait incontestablement partie du gratin des start-up belges. Elue « Entreprise prometteuse de l’année » en 2016, elle est l’une des exceptions (avec Odoo ou Aproplan, par exemple) qui confirment la règle que la Belgique compte trop peu de start-up atteignant avec une certaine taille critique (des « scale-up »). En 7 ans, le spécialiste bruxellois des applications analytiques pour le secteur des télécoms (les « Big Data ») a passé le cap des 100 emplois et s’est imposé comme un leader sur sa niche de marché. Au départ du marché africain. Elle levait 12 millions d’euros il y a un an. Son patron et fondateur Sébastien Deletaille nous éclaire sur les faiblesses de l’écosystème belge.

Comment va RIA ?

Elle va bien ! Mais ne comptez pas sur moi pour vous donner des chiffres précis sur l’évolution de nos effectifs ou nos ventes (NDLR : les comptes annuels 2016 n’ont pas encore été déposés). J’ai constaté par le passé qu’une trop grande transparence dans la presse a pu me desservir auprès d’investisseurs. Les start-up sont parfois trop loquaces…

Mais vous recrutez encore ?

Nous avons une quinzaine de postes vacants. Nous avons aussi dû nous séparer de certaines personnes l’automne dernier suite à l’abandon d’un produit de gestion de campagne marketing, qui se heurtait à une concurrence trop rude. Nous nous sommes recentrés sur nos forces. Nous avons par ailleurs filialisé notre activité « Data for Good » à but directement sociétal. Nous venons à cet effet de créer Dalberg Data Insights, avec l’entreprise Dalberg, sorte de McKinsey de l’aide au développement. Je suis persuadé que notre technologie, en plus d’optimiser la productivité des opérateurs télécoms, peut contribuer à résoudre des problèmes sociétaux, que ce soit la propagation des épidémies en Afrique ou les problèmes de mobilité chez nous…

Pourquoi si peu de « scale-up » comme la vôtre en Belgique ?

Tous les fondateurs de start-up belges en plein essor comme la nôtre sont des trentenaires. Il y a une sorte de « fossé générationnel » depuis la crise des dotcoms au tournant du millénaire. Les « success stories » comme IBA ou EVS datent du XXe siècle. Deuxièmement, notre pays n’est pas à la pointe en matière d’adoption technologique. Même nos grandes entreprises ont tendance à développer elles-mêmes plutôt que d’acheter des solutions logicielles dernier cri. Enfin, il faut oser reconnaître que notre écosystème de start-up manque de maturité, même si les choses s’améliorent et que l’investissement moyen a doublé.

Y a-t-il un problème d’éducation en Belgique ?

Oui, nos fondateurs de start-up n’ont pas la culture des métriques, pourtant très importante aux yeux des investisseurs. On se repose trop sur « les qualités de l’équipe. »

Un diplôme de Solvay, ça fait un meilleur entrepreneur ?

Cela donne des connaissances en droit, en fiscalité, en comptabilité ou en stratégie qui servent, c’est certain. Mais une école de commerce forme des cerveaux plus que des praticiens. En outre, certains cours de marketing mériteraient d’être actualisés. On n’y intègre pas encore les « Big Data. »

Les écoles de commerce génèrent trop peu d’entrepreneurs ?

Ce sont avant tout des passeports pour un bel emploi de salarié. Mais les choses changent. Quand j’étais à Solvay, je pense que 5 % des étudiants envisageaient sérieusement de créer leur entreprise. Maintenant, on doit tourner autour des 10 %. Il faut que davantage de jeunes qui ont le talent pour devenir entrepreneur franchissent effectivement le pas. Le risque, c’est de s’enfermer dans une cage dorée dès qu’on est salarié. Avant de devenir consultant chez McKinsey, je savais déjà que j’allais créer mon entreprise et je m’y suis tenu.

Comment changer les mentalités ?

Que les parents (ou grands-parents) soutiennent un peu plus leurs (petits-) enfants qui veulent se lancer, au lieu de leur faire peur. S’ils en ont les moyens qu’ils participent à leur capital de départ plutôt qu’à l’achat d’un appartement. Entrepreneur, c’est un métier d’avenir.

Mais le métier évolue, fini l’entreprise de papa…

Il est clair que notre objectif, c’est de revendre RIA, de réaliser un bel « exit », pour nos collaborateurs comme pour nos investisseurs. Je ne peux pas vous dire quand ce sera, mais c’est notre stratégie. Dans notre secteur, 9 start-up sur 10 font faillite. Celle qui reste est rachetée. C’est la loi du marché. C’est comme sur le marché du travail, on ne reste plus attaché à un employeur à vie. C’est la même chose pour l’entrepreneur et sa start-up.

 
 
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