Cher Benoît Lutgen, rebranchez la prise de la démocratie!

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Cher Benoît,

Tu me pardonneras cette familiarité qui me fait te tutoyer sans te connaître plus. Sans doute que te voir depuis tant d’années dans mon salon, sur l’écran de télé à l’heure du repas, a créé une sorte d’intimité. D’intimité il va en être question, paradoxalement, dans cette lettre, sorte de bouteille à la presse.

Ceux que tu abandonnes crient au traître. Or, on ne trahit bien que dans une certaine intimité. Ceux, au contraire, qui te soutiennent sont les plus proches de toi, des intimes donc. Nous, dans l’intimité de nos salons, nous assistons à vos échanges, vos reproches, à vos concours du plus transparent, à ces débats inutiles auxquels nous restons indifférents.

Alors vois-tu, Benoît, cette prise que tu as débranchée, j’aimerais t’en parler un peu, parce que le gouvernement que tu éteins aujourd’hui, des prises, il en a débranché plus d’une.

Cours et profs à la déchiqueteuse

En premier, les enseignants de morale non confessionnelle et de religion. Tu sais ? Ceux qui ont essuyé les plâtres du nouveau cours de philosophie et citoyenneté en primaire et qui ont perdu le contact avec leur vocation. Je ne compte plus les témoignages de profs jeunes, jusque-là impliqués et passionnés comme personne, qui ont vu s’éteindre leur motivation et le goût d’enseigner en seulement dix mois. Je ne compte pas non plus ceux qui, moins jeunes, ont vu le cours de morale ou de religion, pour lequel ils ont tout donné, ainsi discrédité et passé à la déchiqueteuse. Imagine une seconde que tes entretiens avec les autres présidents de parti soient entrecoupés toutes les cinquante minutes par un déplacement de plusieurs kilomètres. Oui ! avec les bouchons, les locaux à trouver, le matériel à emmener… Comment penses-tu que tu seras perçu par tes collègues dans ces conditions, toi, toujours en retard, cherchant une clé de local ?

Tu le vois bien que ce n’est pas possible pour bien travailler. Ces enseignants, ils aimeraient qu’on les rebranche. Pour y arriver, Benoît, la solution est toute simple. Je te la donnerai à la fin. Cela s’appelle du teasing. Toi qui a le sens de la mise en scène, tu apprécieras je l’espère.

Ensuite, parmi les débranchés, tu trouveras bon nombre d’enseignants des autres matières et filières. Ceux qui voient arriver le pacte d’excellence en se demandant quand on leur a demandé leur avis. C’est une énième réforme présentée comme étant la première qui laisse la parole aux acteurs de l’enseignement.

Seulement, Benoît, les acteurs de l’enseignement, ce ne sont pas les acteurs de terrain. La nuance est de taille ! Les gens qui ne se sentent pas consultés ne se sentent pas branchés non plus. Ils ne comprennent pas pourquoi Joëlle a préféré se connecter en premier avec son ami Etienne, plutôt que directement avec eux. Mais, heureusement, là encore, j’ai une solution. Et devine quoi ? Oui, c’est la même.

Un contact rompu

Après avoir débranché la prise du gouvernement, toi et tes collègues politiques, avez achevé de couper le contact avec bon nombre d’entre nous, les gens devant leurs télés et leurs écrans qui étaient les derniers pas encore découragés par toutes les affaires. Vous devriez entendre cet appel à plus de lien, plus de contact, à brancher cette prise, qui bien plus que celle d’un gouvernement, est celle de la démocratie.

La solution, Cher Benoît, est toute simple. Prends le temps de recevoir, d’entendre et d’écouter les gens du terrain. Innove. Va au bout de ta volonté de changement et invite les gens de la société civile. Ne restez pas en vase clos avec tes collègues présidents. Prends le pouls de l’école. Invite les gens qui donnent le cours de philosophie et citoyenneté : ils te diront pourquoi si on continue à les précariser et à compliquer leurs conditions de travail, c’est toute l’école qui rate l’occasion de donner l’envie à nos enfants de se brancher eux aussi à la prise de la démocratie. Invite les enseignants de toutes les filières et niveaux, de tous les réseaux. Ils te feront découvrir que les piliers qui divisent notre société ne sont pas sur le terrain, mais dans la tête de quelques dirigeants pas trop connectés avec la réalité. Invite les directeurs, les parents. Attention, pas leurs représentants institutionnels parce que eux, la prise, ça fait longtemps qu’ils l’ont enlevée et rangée dans l’abri de jardin.

Brancher la multiprise

Avec tes collègues, vous allez finir par trouver une majorité et vous allez écrire une nouvelle déclaration de politique communautaire. Voici une proposition, Benoît, un challenge : si tu invitais des citoyens à participer à sa rédaction ? Des enseignants pour le chapitre sur l’école, des infirmières pour le secteur santé, des parents, des pensionnés, des chercheurs d’emploi… Bref, tu m’as compris.

Tu as débranché la prise. Ensemble, toi, tes collègues présidents de partis et nous, les gens de l’autre côté de l’écran, si on branchait une multiprise ? Montrons l’exemple à ceux qui nous regardent tous, nos enfants.

Chiche, Benoît ! Chiche, parce que si tu ne le fais pas, tu te rebrancheras peut être, mais les plombs auront sauté et le courant ne passera plus, pour longtemps.

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