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Trump: plus VRP que visionnaire

Le président américain est actuellement en Europe pour participer au « sommet des trois mers » puis au G20. Fait remarquable et remarqué : il tient un discours modéré, sans aucun mot pour enflammer les tensions.

Édito - Chef du service Monde Temps de lecture: 3 min

Quel Trump a été le plus crédible ce jeudi à Varsovie ? Le président-penseur qui a discouru sur les dangers auxquels fait face la civilisation occidentale, laquelle devrait s’inspirer de l’héroïsme polonais pour ne pas disparaître ? Ou le président-commerçant qui est venu promouvoir sans complexes le gaz et les armes des Etats-Unis auprès de 12 pays d’Europe qui pensent avoir besoin de l’un et des autres pour se rassurer, à proximité d’une Russie qui ne cesse de les inquiéter ? Il n’y a pas photo : le rôle de VRP sied beaucoup plus naturellement à M. Trump que celui de leader visionnaire.

En matière de « vision », celle qu’il a longuement développée au sujet de la Pologne était taillée pour plaire aux actuels dirigeants de ce pays qui aiment exploiter politiquement les mythes de l’héroïsme national et les références les plus rétrogrades du catholicisme européen. Mais si leur utilité est déjà douteuse dans le cas de la Pologne contemporaine, elle est évidemment nulle à l’échelle de l’Europe. Particulièrement aujourd’hui, où les dirigeants polonais se distinguent par l’évolution autoritaire et antidémocratique qu’ils impriment à leur pays. « Vous avez cela aussi ici ? », demandait M. Trump à son homologue polonais en parlant des « fake news » de CNN ? Les dirigeants polonais ont mieux : des médias publics qu’ils ont transformés en instruments de propagande plus insolents qu’à l’époque du communisme, et une justice qu’ils s’apprêtent à inféoder totalement au pouvoir exécutif…

« Dieu, armes, commerce, emplois, fierté »

Mais ne cherchons pas trop la cohérence dans les idées et les discours de ce président américain pour qui la cohérence dans la réflexion et l’action représente le défi le plus ardu. (Un journaliste américain résumait avec ces mots le passage de Trump en Pologne : Dieu, armes, commerce, emplois, fierté.) Prenant le président américain pour ce qu’il est, et non pour ce qu’il n’est pas, on peut lui concéder ceci : en tentant de faire le lien entre les luttes pour l’indépendance polonaise, l’amour de la liberté des Américains, et la civilisation européenne, Donald Trump a voulu réhabiliter une communauté de valeurs, sinon d’intérêts, d’une alliance occidentale qui constitue l’un des axes majeurs de l’ordre mondial, mais qu’il a jusqu’ici paru tenir en piètre estime.

On retiendra donc deux leçons de cette première étape européenne de Donald Trump. D’abord, le président américain a déclaré, mot pour mot, son soutien plein et entier à l’article 5 qui établit la solidarité entre les alliés de l’Otan.

À lire aussi À Hambourg, Trump réaffirme la solidarité entre alliés de l’Otan

Ensuite, à la satisfaction de nombreux dirigeants européens et de l’Union européenne qui le scrutaient sur ce point, il n’a eu aucun mot pour enflammer les divisions internes européennes. Sachant qu’il y a un an il se réjouissait du Brexit et déclarait l’Otan « obsolète », c’est déjà un sacré progrès.

Pour ce qui est de l’élévation de la pensée et de la richesse de la pensée, on ira chercher ailleurs. Mais ce n’était de toute façon pas sur ce terrain qu’on attendait M. Trump.

 

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