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Fini, les attrape-touristes dans la rue des Bouchers

Le quartier de l’Îlot sacré, dans le centre historique de Bruxelles, est en pleine mutation. Les autorités serrent la vis auprès des restaurants moins fréquentables.

Reportage - Journaliste au pôle Multimédias Temps de lecture: 4 min

La métamorphose semble déjà bien en cours. Les choses bougent dans la célèbre et mal aimée rue des Bouchers, en plein centre-ville historique de Bruxelles. « On voudrait nous empêcher de travailler qu’on ne s’y prendrait pas autrement. C’est un des charmes de Bruxelles qu’on cherche à supprimer », clame, derrière sa chemise blanche impeccable et sa cravate, Salim, serveur depuis quatre ans dans la rue des Bouchers.

En cause, la décision de la ville, en octobre dernier, de supprimer les terrasses à l’année et les auvents. « Une perte de 70 % du chiffre d’affaires. Ce n’est pas le sud de l’Espagne ici, hein ! Ça a commencé avec le piétonnier, la fermeture des tunnels. Ça devient très clair qu’on ne veut plus de nous ici. Et après notre départ, quoi ? Des vitrines comme près de la gare du Nord ? », questionne l’homme avant d’être enjoint par son collègue de reprendre du service plutôt que de continuer à discuter.

C’est clair qu’à s’y promener, il y a du changement dans l’air de ces quelques rues de l’Îlot sacré. Les enseignes y sont moins nombreuses que par le passé. Ici, une vitrine peinte, là une plaque en bois pour en couvrir une autre. Plus de trace des terrasses qui empêchaient tout espoir de marcher à deux de front au centre de la rue.

Faire revenir des habitants

« Cela s’inscrit dans un cadre plus large. Il y a vraiment une volonté de la ville de transformer l’Îlot sacré et le centre-ville, explique Jean-Michel Decroly, professeur de géographie et d’économie de l’activité touristique à l’ULB. Il faut savoir que des projets immobiliers d’ampleur sont en train de se mettre sur pied dans le quartier. L’idée est de faire revenir des familles et des habitants dans le centre-ville, dans des habitations de standing. Et ces restaurants, attrape-touristes, feraient tache et seraient source de nuisance pour le public que la ville cherche à attirer. Ces problèmes ne sont pas nouveaux. Cela fait un certain temps que l’on mange mal dans de nombreux restaurants de la rue des Bouchers. Beaucoup de ces établissements sont de simples pièges à touristes, cela ne laisse guère de doute. Mais ce type de quartier existe dans toutes les grandes villes du monde qui ont une ambition touristique. En prétextant que la nourriture est mauvaise ou que les auvents et terrasses posent des problèmes urbanistiques, on prépare le terrain pour attirer des habitants plus branchés. »

« Je ne chasse personne, assure Marion Lemesre, échevine des Affaires économiques. Je demande simplement aux restaurateurs d’apprendre à cuisiner et d’arrêter de harceler les clients qui passent dans la rue. Le racolage de touristes dans une zone Unesco, c’est fini ! Car il ne faut pas se leurrer, ce sont ces pratiques qui permettaient à ces restaurateurs de continuer à vivre. Tous les guides touristiques consacrés à Bruxelles disent bien d’éviter cette zone. Et c’est bien dommage pour les établissements de qualité qu’on y trouve encore. Il faut arrêter la gangrène avant que les membres sains ne s’en aillent ».

Question d’image auprès des touristes

Chez Léon, institution du quartier, et de la capitale, on salue les efforts entrepris, même si on avoue que les mesures prises par la ville sont parfois difficiles à avaler. « Nous avons perdu environ 40 % de notre espace de terrasse. Et bien entendu, cela se répercute sur le chiffre d’affaires. Il y a aussi les néons qui sont désormais interdits, etc. Les règles sont de plus en plus dures, considère Camila Navetta, responsable de la communication du restaurant. Mais dans l’absolu, nous sommes ravis que la ville décide d’assainir le quartier. Nous souffrons beaucoup de l’image extrêmement négative de la rue des Bouchers. Il y a 104 restaurants dans l’Îlot sacré et on peut compter ceux où l’on mange bien sur les doigts de la main. Ça doit changer ».

Gentrifier le quartier à tout prix ? L’échevine s’en défend. « Il s’agit plutôt de faire revenir des habitants dans ce quartier monofonctionnel dans lequel plus personne ne vit. Et puis, il s’agit de faire respecter la loi. Il y a eu beaucoup trop de complaisance depuis des années. Nous intensifions les contrôles entre tous les services concernés, avec les Finances, l’Inspection sociale, l’Hygiène, etc. Certaines de ces cuisines sont dans un état d’hygiène déplorable, il n’y en a d’ailleurs parfois qu’une partagée entre plusieurs restaurants. Et tout cela donne une image déplorable de la capitale. Les touristes qui se font arnaquer dans ces établissements deviennent de très mauvais ambassadeurs pour la ville. Vraiment, cela doit cesser. Si on veut continuer à faire tourner un restaurant dans l’Îlot sacré, il faut respecter l’hygiène, les normes de sécurité, et il faut apprendre à cuisiner. C’est tout. »

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5 Commentaires

  • Posté par Arnould Philippe, lundi 10 juillet 2017, 18:17

    Ils veulent tuer le quartier, alors il sera mort.

  • Posté par Vigneron Gérard, lundi 10 juillet 2017, 17:56

    Et que fait l' AFSCA, ( plus forte pr contrôler le fromage de HERVE)! Moi aussi il y a + de 10 ans que je ne mets plus les pieds ds cette rue!

  • Posté par Delegation Barreaux De France , lundi 10 juillet 2017, 12:02

    Faute d'orthographe dans le titre....Fini et pas finis ! Et pour le contenu, supprimer les terrasses ne conduira pas à éviter les attrape-touristes. Ce n'était pas les terrasses qui gênaient, mais les prix prohibitifs pour une restauration horrible.

  • Posté par Dorine DEGADT, lundi 10 juillet 2017, 11:58

    Il est plus que temps que le centre ville de Bruxelles ne ressemble plus à un quartier malfamé ... .

  • Posté par Remi Baeyens, lundi 10 juillet 2017, 11:45

    Bruxellois (ville), cela fait plus de 15 ans que je n'y mets plus les pieds. C'est incroyable ce qui s'y passe à quelques mètres de la grand-place.Cela montre l'incurie incroyable de la gestion de la ville.Quand je vois des quartiers analogues dans le centre de Lyon avec ses bouchons et ses piétonniers, c'st un véritable plaisir. L'organisation de l'aménagement du piétonnier à Lyon s'est préparé pendant des années et le résultat est remarquable. Ici, on décrète et l'on croit que cela 'doit' marcher. ????

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