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Mille emplois de plus pour l’école maternelle? Une bonne idée à quelques conditions…

Une carte blanche du secteur école des CEMÉA. La première mesure du Pacte d’excellence prévoit la création de 1.000 emplois dans le maternel. Le problème de l’instabilité des équipes pédagogiques n’y sera pas pour autant résolu.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

L’enseignement maternel est le « parent pauvre » de notre système et le pacte dit « pour un enseignement d’excellence » débute par une mesure nécessaire et juste. Mais encore faut-il se poser la question du « comment » ajouter ces emplois dans le système pour que la mesure soit la plus appropriée et efficace possible.

Dans notre système scolaire, l’enseignement maternel a une particularité importante par rapport à ses frères cadets du primaire et du secondaire : sa population évolue tout au long de l’année scolaire. Les enfants qui entrent en maternelle peuvent le faire dès qu’ils ont atteint 2 ans ½ et indépendamment du fait que l’enfant les atteigne en septembre en décembre ou en avril. Notre système, dans une logique économique, octroie à chaque établissement un nombre d’emplois qui lui aussi est fonction de cette évolution de la population scolaire. C’est là que réside toute la difficulté. Au travers des formations et des accompagnements que nous menons et qui nous permettent de rencontrer des équipes de l’enseignement maternel, nous sommes contraints de faire le même constat chaque fin d’année scolaire : l’instabilité des équipes.

Des équipes et des fonctions changeantes

Nous constatons qu’un grand nombre d’enseignant(e)s sont encore dans l’ignorance de leur lieu de travail pour l’an prochain. Certes « c’est le lot de toute personne temporaire dans l’enseignement, que ce soit en maternel, en primaire ou en secondaire », mais cette proportion est beaucoup plus grande en maternel vu que le public augmente tout au long de l’année et que le volume d’emplois y est directement lié.

Cette année scolaire, nous avons travaillé avec une équipe dont sept enseignant(e)s sur treize étaient quasiment assuré(e)s de ne pas faire partie de l’équipe en septembre prochain. Cette école concentrait en ce mois de juin, les jeunes enseignantes d’un même PO communal, une équipe pleine d’envies, de réflexions, de projets… qui ne sera plus la même en septembre.

Nous avons aussi croisé une enseignante qui terminait sa quatrième année dans la même école, mais qui n’y avait jamais commencé l’année en septembre. Après les vacances, elle ira – à nouveau – pour une cinquième année consécutive prester ailleurs avant de pouvoir revenir dans son équipe, en novembre, en janvier ou en mars en fonction des inscriptions en classe d’accueil.

Des exemples de ce style, nous en avons rencontré à la pelle… Ils traduisent l’instabilité des équipes en fin d’année scolaire, moment crucial puisque c’est aussi le moment où l’on imagine une modification de fonctionnement, une nouvelle organisation des classes… pour la rentrée à venir. Comment faire cela avec une équipe dont la moitié des personnes sont presque assurées de ne pas y être à la rentrée ?

Le fonctionnement actuel provoque donc trois instabilités simultanées : une instabilité des personnes dans leur carrière professionnelle, une instabilité des équipes dans leurs fonctionnements, une instabilité des projets pour les directions d’école quand elles ne connaissent pas l’équipe avec laquelle elles vont devoir débuter l’année. Sans compter les conséquences pour la sécurité affective et l’accueil des plus jeunes dans ce nouveau monde que sera l’école à leur entrée en maternelle.

Une salle des profs, pas un hall de gare !

La question devient donc la suivante : faut-il ajouter 1.000 emplois dans le maternel de façon linéaire en engageant mille personnes de plus à l’année ou faut-il revoir le fonctionnement du système en calculant le personnel d’une école en fonction de sa population en avril (où il y a le plus d’enfants), donc garantir plus d’emplois en début d’année sans tenir compte de la population réelle des écoles à ce moment de l’année ? Pour le bien-être des enfants, ne vaut-il pas mieux garantir une stabilité des équipes tout au long de l’année scolaire pour que celles-ci puissent réellement construire un projet éducatif ensemble et que la « salle des profs » ne soit pas un lieu de passage à l’image d’un hall de gare où il y a en permanence, des arrivées et des départs ?

Ces 1.000 emplois promis ne peuvent-ils pas être l’occasion de supprimer l’adéquation immédiate de l’évolution du capital période de l’école (nombre d’emplois d’une équipe) au nombre effectif d’enfants dans l’école au profit d’une réelle dynamique d’accueil sécurisante pour les équipes et pour les enfants à un moment crucial de leur vie ? L’idée est lancée.

 

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1 Commentaire

  • Posté par Eric Lavenne, dimanche 16 juillet 2017, 1:59

    Vous n'avez pas tort : un nombre "plic ploc" ou à variance trop élevée ne peuvent qu'engendrer , "l'avortement" de pas mal de projets. Le dernier § de l'article , pourrait présenter une issue, un peu plus "heureuse" et "motivante" pour tous. C'est à ce genre de "projets" que devrait servir nos impôts. Car en effet, c'est bien là le ,le tout début de la scolarité et la rencontre des enfants avec tous leurs pairs , hors milieu familial.

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