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Olivier Maingain, le maître des clés

Le retrait d’Ecolo place Défi dans une position centrale : son apport est essentiel à la constitution de coalitions à Bruxelles et à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour chaque niveau, il faut une clé. Et c’est Olivier Maingain qui tient le trousseau en main.

Analyse - Journaliste au service Politique Temps de lecture: 4 min

Un rôle à sa mesure ! Avant le 19 juin, Olivier Maingain n’aurait pu l’espérer : se retrouver au centre d’une négociation pour former les majorités à Namur, à Bruxelles et à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Certes, Défi, son parti, est absent du parlement wallon. Mais le retrait d’Ecolo, figure centrale de l’acte 1 de cette pièce, place le président des amarantes à l’avant-plan de l’acte 2. Il détient les clés des coalitions possibles aux deux autres niveaux de pouvoir, ce qui lui permet de peser sur l’ensemble. A condition de jouer finement.

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Feignant de l’ignorer, Olivier Chastel et Benoît Lutgen se sont retrouvés ce vendredi matin. Chacun est venu avec une note de synthèse reprenant les priorités de son parti sur les grandes thématiques : emploi, social, environnement, économie… Les présidents du MR et du CDH devraient poursuivre le travail tout le week-end, axé sur les objectifs à atteindre, pas encore sur les modalités pour y parvenir. Avec un gouvernement à la clé avant le 21 juillet ? La limite du 28 ou 29 juillet, date de départ en vacances du Roi, paraît actuellement plus plausible. Or les ministres-présidents doivent prêter serment dans ses mains. Pendant ce temps, Olivier Maingain, lui, continue d’égratigner ses (éventuels) futurs partenaires, fort de sa situation.

De la discipline

Pour mesurer l’importance de Défi sur la scène francophone actuelle, il faut envisager les configurations possibles. En partant du plus simple : la Wallonie. Le CDH peut se contenter du seul MR, appuyé éventuellement du député indépendant André-Pierre Puget. Soit 38 ou 39 sièges sur 75. Cela comporte donc des risques de couac, comme ce mardi, quand une députée centriste a choisi de voter selon ses convictions et contre l’alliance informelle de l’orange bleue (MR-CDH). Il faudra donc de l’organisation et de la discipline de groupe pour faire fonctionner cette coalition.

L’autre région, Bruxelles, constitue par contre un sérieux casse-tête. Pour l’heure, PS, CDH et Défi y travaillent en bonne intelligence. Et pour Olivier Maingain, remplacer le PS par le MR serait impossible sans évoquer l’épineux dossier du survol de celle-ci. Une matière fédérale détenue par François Bellot (MR) mais à haute teneur en soufre communautaire.

Le second « nœud », c’est que l’attelage flamand (VLD, CD&V, SP.A) qui complète la majorité bruxelloise se montre solidaire. Impossible de retirer un maillon de la chaînette pour y placer Groen. Or l’arrivée d’Ecolo en remplacement du CDH pour compléter l’attelage PS-Défi, impliquerait que son jumeau néerlandophone suive. On comprend mieux, dès lors, pourquoi le président de Défi plaide pour un statu quo dans la capitale. A moins que le Samusocial ne vienne perturber cette belle entente.

Un « drameke » shakespearien

Quid dès lors de la Fédération Wallonie-Bruxelles ? MR et CDH peuvent se contenter de l’apport de Défi pour bâtir une courte majorité (de deux sièges, comme en Wallonie). Mais Olivier Maingain a ajouté une nouvelle condition : renforcer ce niveau de pouvoir par l’apport des deux régions. Avec des ministres à double casquette (région et fédération) et un apport budgétaire pour (re)financer le Pacte d’excellence et l’enseignement francophone. De quoi faire bondir les régionalistes du PS et du MR.

Le hic, c’est que coiffer les doubles casquettes implique que chaque majorité régionale se mire dans l’exécutif francophone. D’où l’idée d’une coalition où se côtoieraient MR, CDH, PS et Défi, voire Ecolo si ceux-ci devaient embarquer dans le bateau bruxellois. Vendredi matin, loin de fermer la porte à cette hypothèse, Olivier Chastel saluait… «l’ouverture» d’Olivier Maingain à la fédération Wallonie-Bruxelles.

Et pour encore épaissir la trame de ce « drameke » shakespearien : la gouvernance. Car Défi n’a pas rangé ses prétentions en la matière. Y compris celle d’évincer Joëlle Milquet et Armand De Decker, en délicatesse avec la Justice, de la scène bruxelloise

Ce dernier scénario constituerait toutefois un camouflet infligé… au président du CDH, contre lequel Olivier Maingain est particulièrement remonté. En effet, en retirant la prise des majorités rouges-romaines, Benoît Lutgen entendait évincer le PS. Un pari qui, dans l’hypothèse développée ici, ne serait tenu qu’en Wallonie. On doute que le centriste valide cette adaptation de Beaucoup de bruit pour rien.

 

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3 Commentaires

  • Posté par Slezingher , samedi 15 juillet 2017, 18:24

    Petit poucet veut devenir grand mais n'en a pas les moyens, alors, il fait chanter ses interlocuteurs et accroché à sa très vieille présidence, il fait tout pour la conserver! Les électeurs, il n'en a rien à faire, c'est la cadet de ses soucis: pauvres bruxellois qui ont droit à un si petit esprit!

  • Posté par jacques rabbot, samedi 15 juillet 2017, 17:10

    et allez...ça me ferait plaisir de voir un petit parti insignifiant et gènant devenir majoritaire. Les politiciens , au nom du "parti", quel qu'il soit, ont oublié le but de leur fonction : aider les citoyens et gérer le pays (à quoi sert d'ailleurs le roi là dedans, il n'a encore pas réagit face à cette crise, signe qu'il n'a plus aucun pouvoir donc qu'il ne sert plus à rien)

  • Posté par Walraff Jean-luc, vendredi 14 juillet 2017, 21:10

    Après tout ce qu'il a dit ces dernières semaines, Olivier Maingain n'acceptera de monter que si le MR apure sa dette envers Défi. Plus les intérêts. L'argent, même pour Défi, reste un nerf de la guerre.

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