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John Crombez: «Il faut redonner de l’espoir. Je suis optimiste»

Le nouveau président du SP.A a été élu samedi, avec 77,6 % des voix. Entretien.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 5 min

Elu samedi président du SP.A avec 77,6% des suffrages militants, contre 22,4 % à Bruno Tobback, qui était aux commandes, John Crombez, 42 ans, ex-secrétaire d’Etat à la lutte conter la Fraude fiscale dans le gouvernement Di Rupo, cadre son mandat, nous livre son premier message…

Président d’un parti en difficulté en Flandre, dans une gauche en difficulté de manière générale en Europe… Première chose à faire ?

Etre proche des gens, avec des messages qui donnent de l’espoir. Le gouvernement fédéral, flamand aussi, dit tout le temps qu’il n’y a pas d’argent pour investir dans le bien-être, les services publics, alors qu’on a injecté des milliards dans les grandes banques ! Dans les soins de santé, pour les maisons de repos, les prix augmentent. Ce n’est pas normal d’avoir un gouvernement qui dit que l’Etat doit se retirer, que la sécurité sociale doit reculer. On va changer ça. On va montrer que l’alternative existe, et que c’est nous. Diminuer la taxation sur le travail, augmenter les salaires nets, investir, je l’ai dit, dans les services publics, prendre des décisions de long terme, qui ont un impact sur l’environnement, sur la mobilité, nous pouvons le faire. Les embouteillages ont doublé chez nous en quelques années ! Ce qui génère d’ailleurs des coûts énormes pour les entreprises. Il faut changer.

Mais « où trouver l’argent ? », comme on dit. Budgétairement, on est à l’os, soutient-on.

Les investissements dont je parle donnent de la croissance, de l’activité économique, les employeurs savent cela. Quant au « tax shift » dont on parle au gouvernement, ils sont incapables de viser le grand capital, celui qui ne contribue pas fiscalement, ne soutient pas du tout la vie collective… Les derniers chiffres indiquent que les dix familles les plus riches en Belgique ont connu un énorme accroissement de leur capital ces dernières années sans contribuer fiscalement… Les quelques familles les plus riches, citées dans l’affaire Luxleaks, ont carrément doublé leur capital en trois années… Trois années diffciles pour les PME, les indépendants, les familles.

L’idée de l’impôt sur la fortune ?

Ce qui importe, c’est de mettre à contribution les revenus du capital. Un euro est un euro, qu’on le gagne en travaillant ou parce qu’on a déjà beaucoup d’argent ; or, dans le deuxième cas, on ne touche à rien.

Vous êtes favorable à la « globalisation des revenus » fiscalement ?

Oui. C’est simple, juste. Cela figurait dans mon programme de candidat à la présidence.

Le PS est réticent, il n’a pas fait sienne cette formule.

C’est l’un de sujets sur lequel j’aimerais parler avec eux.

On explique que vous avez un bon contact avec Elio Di Rupo, que les relations PS/SP.A pourraient « se réchauffer », changer la donne dans la « famille » socialiste...

J’ai travaillé comme secrétaire d’Etat pendant trois ans dans le gouvernement Di Rupo, on s’entend très très bien, et ça va se voir.

Certains ont critiqué le choix d’Elio Di Rupo l’an dernier de se relancer à la tête du PS après avoir été Premier ministre.

Je sais, mais il m’a énormément inspiré rue de la Loi, même « amélioré » dans ma vie politique. Alors, pour moi, c’est franchement un peu bizarre d’entendre ça.

La Flandre est marquée à droite, par la N-VA en particulier…

Dans certaines régions, la Flandre-Occidentale, mais aussi ailleurs, dans certaines villes, on a eu de bons résultats en mai 2014, on a gagné des voix. Globalement, la gauche a avancé, avec SP.A, Groen, un peu le PVDA. Soyons clairs : on n’a pas avancé suffisamment. Mais il y a une base pour remonter.

Vous projetez une alliance progressiste avec Groen ?

Quand on peut travailler ensemble, il faut le faire. Pour moi, ce n’est pas une affaire de structures, mais d’action.

Cela dit, la gauche coince partout en Europe.

Il y a quelque chose qui coince, c’est vrai, mais beaucoup de gens votent pour des partis progressistes… Je pense à l’Espagne, par exemple, avec Podemos notamment. Il y a quelque chose qui manque pour traduire tout cela dans un résultat électoral qui compte et qui change la situation politique. C’est pourquoi je pense au socialisme du passé mais aussi à la société sociale du futur. Beaucoup de gens en ont marre d’entendre que le futur sera plus mauvais que le passé, ils ne sont pas forcément socialistes, mais ils peuvent se reconnaître dans un projet de société sociale, un projet du futur. Il faut redonner confiance à tous ces gens qui sont en train de chercher un projet positif. Ils veulent des choses justes : un boulot pour leurs enfants et qu’ils soient payés correctement, avec un contrat qui n’est pas un intérim ; des loyers abordables, qui permettent à tous, aux jeunes notamment, de se loger convenablement ; la possibilité de se lancer comme indépendant ou entrepreneur dans des projets durables…

La suédoise ? Elle tiendra toute la législature ?

Je le crois. Même si certains regrettent d’avoir signé le contrat de gouvernement. Mais ils ne savent pas comment en sortir.

Vous pensez au CD&V ?

Je parle des gens, pas des partis. Le gouvernement est en train de casser notre système social, donc notre économie. La Belgique avait su réaliser un certain équilibre entre protection sociale et économie, ils déstabilisent tout cela.

Vous prenez en main le SP.A. Un mot pour commencer ?

Optimisme. Je suis optimiste. J’ai rencontré énormément de gens en campagne ces derniers mois, ils m’ont renforcé dans ce sentiment.

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