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Georges Heeren: «La Marine a un rôle important»

L’amiral de flottille est devenu le patron de la Marine le 6 mai dernier. Il plaide notamment pour un rajeunissement de ses troupes. Entretien exclusif.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 5 min

Il a pris ses fonctions le 6 mai dernier. Amiral de flottille, Georges Heeren est le nouveau commandant de la Marine, un département assez méconnu de l’armée belge et auquel il aimerait apporter un peu plus de lustre.

La Marine belge a-t-elle encore un rôle important à jouer ?

Historiquement, la Marine belge a été dissoute deux fois : avant les deux guerres mondiales. Qu’on ne le refasse pas une troisième fois, sinon on aura une troisième guerre mondiale. Toute blague à part, le trafic maritime devient de plus en plus important, comme le secteur du dragage dont notre pays possède 25 % de l’activité mondiale. Anvers est le deuxième port européen. Il faut protéger toutes ces activités. On ne peut pas confier ça à nos partenaires européens. J’imagine mal nos partenaires néerlandais, qui possèdent Rotterdam, faire du déminage pour Anvers. J’imagine tout aussi mal les Français ou les Néerlandais protéger nos navires marchands. Or, en tonnage, notre marine marchande est plus puissante que la française… Ce sont des faits. Nous sommes 20e au monde.

Donc, une Marine ou une Défense européenne, vous n’y croyez pas ?

Non. Tant que les drapeaux nationaux flotteront et pas l’européen, je n’y croirai pas. Les intérêts nationaux primeront toujours.

Budgétairement, c’est encore tenable ?

C’est une question de choix et de mentalité. Le Belge n’a pas une mentalité maritime, contrairement aux Néerlandais. Or, le budget global alloué à la Défense n’est déjà pas suffisant. Il faut donc faire des choix. Pour l’instant, on est arrivé au minimum. Les choix qui vont être faits à l’avenir seront cruciaux. Soit on coupe encore plus et on ne parle plus de Marine mais de garde-côtes. Ce sera totalement différent.

De combien d’hommes disposez-vous ?

Nous sommes 1.700. Maintenant, il y a un rapport entre les gens qui sont à bord et ceux qui appuient. Le rapport idéal, c’est trois personnes à quai pour une personne à bord. Ça permet d’avoir une certaine flexibilité. Actuellement, si on fait naviguer tous les navires, on a à peu près 600 personnes à bord. Idéalement, il nous faudrait donc un effectif de 2.400 hommes. C’est parfois difficile de faire entendre sa voix et la spécificité de la Marine.

Le personnel à quai est-il apte pour monter à bord le cas échéant ?

C’est le problème de nos forces armées. Comme on a gardé tout le monde en service et pas recruté suffisamment, nous avons beaucoup de gens qui ont 40-45 ans. Ils ont moins de mobilité sociale et des problèmes médicaux, au dos par exemple. Il y a donc effectivement des gens qui ne peuvent plus être à bord. Le taux est anormalement haut. La situation est presque critique.

Le ministre n’a pas encore finalisé son plan stratégique pour les prochaines années. Ce n’est pas difficile pour vous d’y voir clair ?

Les planifications à court terme sont élaborées sur base du budget annuel. Donc ça, ça va. A court terme, ce budget ne changera pas. La planification à long terme : budget supplémentaire et vague de recrutements en masse, ça sera décidé plus tard. Dans les deux ans. Le seul problème que ça pose, c’est que je dois pouvoir donner des prévisions stratégiques à mes partenaires qui ont, eux aussi, des questions.

Des questions qui portent sur le remplacement des chasseurs de mines et des frégates ?

Les Pays-Bas ont un programme de remplacement. Ils demandent une décision de la Belgique dans un délai assez court. Va-t-on les changer ou pas ? De là dépendra si on se partage les coûts de développement ou pas.

Nos deux frégates, Louise-Marie et Léopold Ier, doivent être remplacées avant 2020 ? Peut-on s’en passer ?

Non, si on veut protéger la marine marchande, faire des opérations contre la piraterie et dans le Golfe persique. Oui, si la Belgique ne veut pas jouer un rôle là-dedans. On peut encore les utiliser jusqu’en 2025, mais la décision doit être prise avant 2020. La part de la Belgique s’élève à 1,5 milliard.

Qu’en est-il de nos chasseurs de mines ?

On a six bâtiments, dont un dévolu au soutien logistique, comme les Hollandais. Dans nos prévisions budgétaires de l’an passé, on prévoyait de les remplacer par quatre, avec un concept plus moderne car les navires actuels ont été conçus pour la protection du port d’Anvers à l’époque de la guerre froide. Ici, on pourrait se passer du soutien logistique et les quatre appareils auraient une autonomie plus grande. Posséder ce type de vaisseaux est primordial pour assurer la sécurité du port d’Anvers, qui est un outil économique très important du pays. Il faut pouvoir déjouer les éventuels plans de terroristes. Chez nous, mais aussi à l’étranger, comme dans le Golfe d’Aden, le Golfe persique ou le détroit d’Ormuz.

Votre prédécesseur était francophone, craignez-vous que l’on reparle de flamandisation de l’armée ?

Le chef de la composante médicale et celui de la composante terre sont francophones. Il y a donc une parité à ce niveau-là. Que l’on fasse attention à ce qu’il n’y ait pas de discrimination des francophones, c’est normal. Qu’il y ait une discrimination positive, ça mène à des frustrations. Chez nous, à la Marine, je n’ai que 30 % de francophones. Si on m’oblige à avoir 50 % d’officiers supérieurs francophones, ça ne va pas. Mon prédécesseur, Michel Hofman, qui était francophone, avait ses trois directeurs qui étaient francophones. Moi, ça ne me dérangeait pas car je les connaissais et je savais qu’ils étaient compétents. Mais ça a généré des critiques. Moi, je ne me considère pas comme flamand mais comme néerlandophone. Je suis européen, belge et je parle néerlandais.

 

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