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Transformer un cheval en or, un talent belge

Parce que moins chauvine, la Belgique a su développer tôt un élevage intelligent de pur-sang arabes. De quoi tirer un savoir-faire pour un marché qui peut s’avérer très lucratif.

Reportage - Journaliste au service Enquêtes Temps de lecture: 4 min

Avec sa petite taille, ses grands yeux et ses jambes à la Kate Moss, il en impose moins que ses congénères. Et pourtant peu de chevaux exercent un pouvoir de fascination tel que le pur-sang arabe. Ce week-end, une centaine de spécimens d’exception, venus de toute l’Europe, seront présents à Coxyde à l’occasion de la West Coast Cup, un immense concours… de beauté. Et c’est très sérieux.

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C’est méconnu, mais la Belgique fait partie des quelques pays à la pointe en matière d’élevage de pur-sang arabes. Le pays compterait une dizaine de milliers de ces équidés de prestige particulièrement prisés dans la haute société de la péninsule arabique. En Wallonie, les éleveurs de chevaux arabes sont plutôt spécialisés dans l’endurance – une compétition importante aura d’ailleurs lieu au Bois de la Cambre entre le 17 et le 19 août –, tandis que la Flandre, qui manque d’espace, s’est concentrée sur la beauté.

La Belgique, 20 ans d’avance

Le secret d’un petit pays à la tradition équestre moins marquée que ses voisins ? Une certaine ouverture. « Par chauvinisme, la France, l’Allemagne et l’Angleterre ont longtemps cherché à garder des lignées fermées pour produire des races propres au pays. Ils ont fini par se heurter à des problèmes de consanguinité, explique Pierre Arnould, directeur des secteurs « sports » et « développement » du centre européen du cheval de Mont-Le Soie. La Belgique à l’inverse a toujours accepté les chevaux étrangers, allant les chercher en Espagne, en Pologne, en Russie… Ce qui lui a permis de produire les meilleurs chevaux. » Si tous les pays ont désormais ouvert leurs « studbook », ce registre d’élevage où est inscrite la généalogie du cheval, « la Belgique a vingt ans d’avance ».

De quoi en tirer un certain savoir-faire à l’heure du marché mondial de la semence. Une semence qui, pour les meilleurs étalons, se facture à plusieurs milliers d’euros. « Trouver la combinaison parfaite avec une jument, c’est tout un art, assure Koenraad Detailleur, organisateur de la West Coast Cup. Charlie Watts, le batteur des Rolling Stones, qui a une ferme en Angleterre, a dépensé des fortunes sans jamais arriver à rien. » La combinaison parfaite, il l’a d’ailleurs peut-être trouvée : un de ses poulains de deux mois semble extrêmement prometteur. Port altier, trot parfait, il pourrait vite tutoyer les sommets. Et le million.

Car certains passionnés sont prêts à payer le prix fort pour posséder les plus beaux spécimens du monde. « Cela fait longtemps que les chevaux arabes ne sont plus arabes. Mais avec l’émergence de nouvelles grandes fortunes dans la péninsule Arabique, des familles ont recherché une forme de prestige avec ces chevaux. » Cheikhs et émirs alimentent ainsi à coup de pétrodollars le marché du « beau » cheval : les compétitions quasi hebdomadaires sont organisées grâce au sponsor d’écuries qatari, émirati ou omani et les animaux qui se distinguent sont immédiatement rachetés par les propriétaires qui trustent la tête des classements. Un cheval d’exception se vend facilement 2 à 4 millions.

Des ventes pas déclarées

Mais dans le milieu, on rechigne à parler d’argent. « C’est une passion, ceux qui veulent se lancer dans l’élevage pour gagner d’argent se trompent de créneau », assure Bernard Joy, un éleveur ayant fait fortune dans le BTP.

Et de fait, il est difficile d’évaluer ce que pèse réellement le secteur du cheval en général en Belgique. Qu’il s’agisse de la niche du cheval arabe ou de la grande spécialité belge : le cheval d’obstacle. Selon une étude commandée par le ministre wallon de l’agriculture, la filière équine se porte à merveille en Belgique (voir ci-dessous), avec un impact économique de 3,3 milliards d’euros. Mais ce chiffre ne représente que les frais d’entretien des quelque 400.000 chevaux présents sur le territoire (nourriture, soins, déplacement, chauffage…). Pas les ventes. « Il est compliqué d’avoir une vue réelle sur les ventes car beaucoup se font de particulier à particulier et ne sont pas déclarées », reconnaît Pierre Arnould. Pourtant le pays compte quelques grandes écuries et l’aéroport de référence en matière de transport de chevaux (Liège, qui voit transiter 4.000 bêtes par an). Des flux qui ont d’ailleurs fait tiquer le fisc. A la suite de la découverte d’une (très) grosse somme cash découverte par un douanier, l’administration a procédé à des contrôles ciblés sur la vente de chevaux d’élites, soupçonnant fraude et blanchiment. Quatre millions d’euros ont été récupérés en 2016.

 

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