Limal. Michel Voros va parcourir la mythique «Route 66» avec un vélo solaire

Cinq heures de route par jour à du 32 km/h, au départ de Chicago, en ne pédalant que dans les côtes. Le voyage de Michel Voros aura valeur d’exemple sur l’utilité des énergies vertes. © D. R.
Cinq heures de route par jour à du 32 km/h, au départ de Chicago, en ne pédalant que dans les côtes. Le voyage de Michel Voros aura valeur d’exemple sur l’utilité des énergies vertes. © D. R. - D. R.

Rien de tel que les rêves d’enfant ! C’est ceux qui savent se construire lentement, se magnifier peu à peu devant les difficultés rencontrées, pour se goûter un jour avec passion. Un Limalois est en passe de concrétiser le sien en parcourant, du 5 octobre au 24 novembre, la « Route 66 » de Chicago à Los Angeles d’une manière un peu particulière. C’est, en effet, grâce à un vélo solaire de sa conception qu’il entend se déplacer. Entretien avec Michel Voros, un ingénieur en télécommunications, qui fêtera ses 53 ans en septembre.

Qu’est-ce qui vous attire dans cette route ?

Le mythe bien évidemment ! Elle me fait d’abord penser à la musique, dont je suis un fan absolu, plus particulièrement le blues et le rock. Et puis, cette route, ou plutôt ce qui était un chemin en 1926, c’est un peu mon Amérique à moi. Cela va de Jack Kerouac à Bagdad Café, en passant par l’époque des bandits de grand chemin, comme John Dillinger, qui l’utilisaient pour fuir d’Etat en Etat et échapper ainsi à la police quand il n’y avait pas encore de FBI. Je compte réaliser, pour autant que ce soit possible, la vraie « Route 66 », c’est-à-dire celle qui démarre devant les locaux de Chess Records, à Chicago, et qui se termine à quatre blocs avant la Santa Monica Pier, à Los Angeles. Soit 3.940 kilomètres au total.

D’où vous est venue l’idée

de ce vélo particulier ?

Mon idée première, c’était évidemment de faire le trajet à moto, mais étant donné que mon frère aîné est devenu handicapé à la suite d’une chute à moto, je ne pouvais décemment pas tenter le diable. Par respect pour lui. Le vélo électrique m’est apparu alors comme la bonne idée mais j’ai vite déchanté car, question autonomie, il n’est pas possible de rouler 100 km par jour avec ce moyen de locomotion-là.

Mais pourquoi le solaire ?

Je voulais un vélo 100 % vert, pour montrer aux passants qu’un panneau solaire, cela ne se pose pas seulement sur un toit. Comme il n’y a rien sur le marché, il m’a fallu le construire moi-même. Pendant trois ans, j’ai fait des allers-retours chez des amis à Orlando, en Floride, pour tester les calculs et les plans préparés chez moi. Le premier prototype a ainsi été conçu avec une remorque utilisée pour tirer un kayak avec un vélo. On est passé ensuite à l’aluminium avant de se décider pour la fibre de carbone qui permettait de gagner quinze kilos.

Pourquoi ne pas avoir construit votre engin en Belgique ?

Parce qu’en choisissant finalement des batteries lithium polymère, il fallait disposer de nombreuses autorisations pour respecter les règles de sécurité pour le transport aérien. Autant donc le construire là-bas ! D’autant que plus je parlais de mon projet, plus les gens voulaient absolument m’aider. Les Américains sont restés, comme moi, de grands enfants. J’ai ainsi eu les pièces à prix coûtant, certains m’offrant même de l’aide pour la découpe de l’aluminium par exemple.

Des autorisations pour pouvoir rouler en rue ?

J’ai fait le tour de différentes administrations pour finalement tomber sur le numéro deux de la sécurité routière en Illinois qui a voulu me rencontrer tellement il était impressionné. C’est lui qui m’a confirmé qu’une loi fédérale stipulait que tant qu’on ne dépassait pas les 20 miles à l’heure, soit 32 km/h, il ne fallait aucune autorisation. Au-delà, par contre, il fallait déjà payer 25.000 dollars rien que pour introduire un dossier. Et prouver ensuite que tout était en ordre sur le plan de la sécurité.

Que disent les tests réalisés ?

C’est très agréable. Ce qui est très étonnant, c’est que tout le monde m’arrête en rue pour avoir des explications techniques. A chaque feu rouge, je dois tendre une dizaine de cartes de visite qui font référence à mon site internet, tant l’engouement est énorme.

Quel est votre message ?

Nous sommes à un tournant de la technologie actuelle. J’espère qu’un jour, nous serons à même de nous déplacer d’une manière nouvelle, écologique, induite par des sources naturelles. Aujourd’hui, les voitures électriques ne tournent que grâce aux centrales nucléaires. Imaginez que, demain, vous laissez votre voiture dehors et qu’elle se recharge avec le soleil…

Et au-delà du challenge technique ?

C’est la partie qui m’intéresse le plus. C’est une grande aventure humaine qui me permet de rencontrer plein de gens et de partager mon rêve (1). Je souhaite aussi soutenir la Fondation Willie Dixon qui aide à enseigner l’histoire du blues et le business de la musique, mais je dois encore peaufiner le moyen de le faire.

Des craintes ?

Pas vraiment. Le vélo solaire roulera pour moi, mais je m’entraîne tout de même 60 km par jour avec un vélo classique. Cependant, à part me muscler les jambes, je ne perds pas mon ventre ! De plus, mon épouse suivra en voiture et on logera dans les petits motels. Finalement, il n’y a que les crevaisons qui me dérangent. J’en ai déjà eu tant lors des tests, malgré des pneus “increvables”.

(1) Voir le site www.solarbike66.com.

 
 
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