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Hillary Clinton donne «rendez-vous au destin»

Hillary Rodham Clinton a rassemblé samedi la grande foule pour le 2e round d’une campagne mal partie. Elle se veut proche des gens et a pour ambition de « restaurer le rêve américain ».

Temps de lecture: 5 min

Elle aurait pu choisir l’Iowa, première étape des primaires démocrates en janvier 2016, voire Cleveland, Ohio, ou la plage de Coney Island, New York, points de passage obligés des campagnes au siècle dernier. Hillary Clinton, pour son premier grand discours de candidate ultra-favorite à l’élection présidentielle à venir, a jeté son dévolu sur la pointe sud de Roosevelt Island, un parc municipal bucolique sis en pleine East River, sur les rives orientales de Manhattan.

Relancer une campagne mal démarrée

Le symbole était fort, évident, presque téléphoné. L’ancienne First Lady, défaite en 2008 par un jeune sénateur du nom de Barack Obama, a ostensiblement décidé de placer sa campagne sur le patronage du plus populaire président américain de tous les temps, le démocrate Franklin Delano Roosevelt (1882-1945), alias FDR, promoteur du New deal et « vainqueur » de la Grande Dépression.

Le parallèle historique était recherché pour cette inconditionnelle de FDR et de sa femme Eleonore, déterminée à lancer enfin une campagne souffreteuse, mal embarquée, ponctuée de gaffes et de maladresses depuis un road-trip bizarre et mal ficelé dans l’Iowa en avril. Désireuse de partir à la rencontre de ses compatriotes, Hillary avait traversé l’Amérique profonde, lunettes noires de diva calées sur le nez, image volée par une caméra de vidéosurveillance d’un fast-food, puis rencontré des représentants des « forces vives », étudiants, agriculteurs et jeunes entrepreneurs triés sur le volet, leurs questions soumises à l’avance.

Les trois hommes qui incarnent le rêve

Un désastre médiatique, et une réputation renforcée de grande bourgeoise un peu raide dans ses bottes, voire d’impératrice si sûre de ses retrouvailles avec la Maison-Blanche… qu’elle semblait ne pas vouloir s’encombrer d’un programme électoral digne de ce nom.

L’expérience a servi. Devant un buste imposant de Roosevelt et une foule de plusieurs milliers de supporters enthousiastes, venus au rendez-vous en empruntant le funiculaire rouge reliant Manhattan à cette île transformée en quartier résidentiel pour les plus aisés, Hillary a déroulé son programme et annoncé la couleur. Evoquant un «  rendez-vous pris avec le destin », elle a martelé sa volonté de « restaurer le rêve américain », cette capacité nationale, unique aux Etats-Unis, de se relever et unir ses forces après avoir «  trébuché, vacillé, chuté  ». Trois hommes, pour elle, incarnent ce rêve : Roosevelt, bien sûr, mais aussi son mari Bill Clinton, qui parvint à sortir le pays du marasme après son élection fin 1992, équilibrer le budget et ramener la prospérité, et puis Obama, son meilleur ennemi, qui surmonta la crise économique de 2008.

« Mais nous ne sommes ni en 1941, ni en 1993, ni même en 2009, ajoute-t-elle aussitôt, comme pour s’affranchir de ces prestigieuses filiations. Et nous allons crever tous les plafonds ! »

Lever les inégalités pesant sur la famille

Allusion à celui, en verre, qu’elle avait déjà juré de briser en 2008, et qui empêcherait les femmes de se hisser à hauteur des hommes dans la vie active, que ce soit en termes de carrière ou de salaire. Tout en barrant la route des femmes à la mandature suprême, évidemment.

Les inégalités qui « pèsent sur la famille américaine », Hillary les connaît sur le bout des doigts et les énumère volontiers, décidée à leur tordre le cou une à une : l’absence de congés payés de maternité, d’une assurance-santé qui permette d’éviter de « casser la banque » en cas de pépin sérieux, l’inégalité des minorités de couleur devant la loi et les forces de l’ordre, le taux d’incarcération « disproportionné » des Afro-Américains, l’absence de «  chemin vers la citoyenneté » pour les travailleurs immigrés, la discrimination envers les communautés homosexuelles dites LGBT (lesbien, gay, bisexuel, transsexuel).

Au passage, Hillary se grime en chef d’Etat pugnace et déterminé, décochant une pique subtile à Obama, tancé pour sa pusillanimité et son indécision proverbiale, notamment sur la Syrie. Promettant un « leadership confiant et créateur », elle jure de ne pas céder un pouce de terrain face aux « adversaires » de l’Amérique comme Vladimir Poutine, et de faire aboutir un traité de désarmement pour détruire «  ces missiles russes qui menacent les villes américaines ».

Mais le scrutin, elle le sait, se jouera en politique intérieure. Son plan de bataille économique et social vise à désamorcer ses rares contempteurs dans le camp démocrate, cette poignée d’édiles positionnés à sa gauche et décidés à contester son hégémonie en se présentant eux aussi aux primaires : Elizabeth Warren, la sénatrice du Massachusetts et pasionaria anti-Wall Street ; l’ex-gouverneur du Maryland Martin O’Malley ; le vice-président Joe Biden ; et même l’anonyme sénateur du Vermont, Bernie Sanders, qui révère le modèle social-démocrate scandinave.

Equilibre difficile à trouver

L’équilibre sera dur à trouver pour Hillary, qui doit lâcher du lest vis-à-vis de son aile gauche, au risque de s’aliéner une partie des militants de son propre camp, mais qui, en politicienne patentée, sait que la présidentielle 2016 se jouera au centre du prisme politique, et non aux extrêmes.

D’où l’appel au rassemblement national entendu samedi sur Roosevelt Island, et l’invitation étendue à tous les Américains à « se retrousser les manches », tous ces citoyens méritants qui ont été sonnés (knocked out) par la crise économique, mais n’ont pas mordu la poussière (knocked down) et rivalisent d’inventivité pour s’extirper du marasme. Tout le symbole de cette Amérique rooseveltienne érigée en modèle par la favorite démocrate.

Reste une incertitude : comment qualifier son Amérique à elle, à supposer qu’elle s’impose dans la dernière ligne droite, le 8 novembre 2016 ? Clintonienne ? Désireuse de remiser un peu dans l’ombre son gaffeur de mari, celle-ci a prévenu. Elle s’appelle Hillary Rodham (Clinton). Et elle mènera seule, c’est promis, son bonhomme de chemin jusqu’à la victoire finale. « J’ai un secret à vous confier, conclut-elle devant une foule extatique. Je ne suis pas la plus jeune des candidates, mais je serai la plus jeune femme présidente des Etats-Unis ! »

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