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Le dopage, une chronique de bonimenteurs ou de poissards

Pour se justifier, une joueuse de tennis italienne vient d’évoquer un accident domestique. L’histoire du dopage est aussi celle de ces scénarios farfelus. Vraisemblables ou complètement inventés.

Analyse - Temps de lecture: 5 min

La chute accidentelle d’un médicament de sa mère dans une casserole de tortellini : comme la presse transalpine le relatait lundi, la joueuse de tennis italienne Sara Errani a avancé une justification domestique voici quelques semaines pour tenter d’expliquer, devant le tribunal qui l’entendait à ce sujet, le contrôle positif au letrozol, une substance interdite, qu’elle a subi en février dernier. Pour cocasse qu’il soit, le système de défense de cette ancienne finaliste de Roland Garros, aujourd’hui 98e joueuse mondiale, n’est pas si singulier. La chronique des contrôles antidopage regorge, en effet, de scénarios abracadabrantesques, de situations farfelues servis par des sportifs soupçonnés de dopage. De la contamination alimentaire à l’acte malveillant en passant par la malheureuse coïncidence, ils alimentent un inventaire étonnant et font parfois passer les sportifs pour de fieffés bonimenteurs ou de sévères poissards. Au choix…

Dans le lot des justifications, toutes pourtant ne sont pas à rejeter d’emblée. D’ailleurs, une série de sportifs sont parvenus au terme de procédures plus ou moins longues à faire reconnaître, sinon l’absence de dopage, du moins l’existence de circonstances qui expliquent celui-ci et les en exonèrent. « Parfois, en effet, des scénarios d’apparence bidon se sont révélés plausibles », se souvient Gilles Goetghebuer, rédacteur en chef du magazine Sport et Vie. « C’est notamment le cas du pongiste allemand Dimitrij Ovtcharov, contaminé au clentbuterol après avoir mangé de la viande d’animaux élevés en Chine. Dans un autre genre, c’est aussi le cas du coureur allemand de demi-fond Dieter Baumann. Contrôlé positif à la nandrolone, il est parvenu à démontrer que la substance avait été ajoutée à son insu à son tube de dentifrice. L’exemple de Daniel Plaza, champion olympique du 20 kilomètres marche à Barcelone en 1992, est intéressant également. Positif à la même substance, il a fini par convaincre que ses déboires avaient pour origine un cunninlugus à sa femme enceinte… »

En Belgique, la judokate Charline Van Snick fait partie également de ces sportifs dont la probité fut mise en cause. Au terme d’une longue bataille judiciaire, le Tribunal arbitral du sport (TAS) a toutefois conclu qu’elle n’était une consommatrice ni régulière ni occasionnelle de cocaïne, la substance s’étant plus que probablement retrouvée dans son corps à la suite d’un acte malveillant et dans un contexte de harcèlement. « Pour parvenir à convaincre le tribunal, indique Jean-Luc Flagothier, l’avocat de l’athlète, il a fallu démontrer qu’elle n’était en rien responsable, qu’il y avait absence de faute et de négligence significative. »

Un « choix » étonnant

A côté de ces quelques cas, il y a tous les autres : des sportifs dopés qui, pris la main dans le sac, ont avancé des explications alambiquées pour tenter de se sortir d’affaire. Ceux-ci n’ont pas hésité à nager dans l’invraisemblance, à multiplier les contradictions, à soutenir jusqu’à l’insoutenable au terme d’un calcul qui reste étonnant. En premier lieu, par rapport aux bénéfices à en tirer. « En tout cas, le Code mondial antidopage est tout sauf laxiste, indique Jean-Luc Flagothier. La charge de la preuve y est inversée. Autrement dit, l’athlète n’y bénéficie pas d’un genre de présomption d’innocence. Il doit au contraire faire la démonstration de son absence de responsabilité. Ce n’est pas simple du tout. »

La jurisprudence met ensuite en évidence un début de réalité : entre les athlètes repentis et ceux qui s’échinent à repousser l’évidence, le Code mondial antidopage semble se montrer plus clément avec les premiers. « En tout cas, des diminutions de peines sont prévues pour la dénonciation de comportements collectifs », précise Jean-Luc Flagothier.

« Je pense plus simplement, affirme Gilles Goetghebuer, que s’enfermer dans le mensonge est la réaction d’athlètes qui ont tellement promis, juré qu’ils ne se dopaient pa, s ne peuvent plus faire marche arrière. La plus belle histoire pour illustrer cela, c’est celle du cycliste américain Tyler Hamilton. Accusé de dopage, il a sorti une histoire farfelue qui a convaincu jusqu’à son propre père et dont il n’a pu sortir que le jour où il a décidé de passer aux aveux. »

Certains n’y viennent jamais, campant pour toujours sur leur histoire farfelue.

Quelques autres excuses célèbres

Contaminé par un baiser : Gasquet (tennis)

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ALI HAIDER/BELGAIMAGE.

Contrôlé positif à la cocaïne en 2009 en marge du tournoi de Miami, Richard Gasquet a finalement été blanchi par le Tribunal arbitral du sport (TAS) quelques mois du tard. Un baiser serait à l’origine de la contamination.

Une viande contaminée : Ovtcharov (tennis de table)

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SERGEI CHIRIKOV/Belgaimage.

Contre les accusations de dopage au clentbutérol, le pongiste allemand Dimitrij Ovtcharov a avancé la thèse d’une contamination alimentaire. La viande qu’il aurait consommée lors d’un voyage en Chine en serait à l’origine. Le sportif a finalement été blanchi.

Pour le chien : Vandenbroucke (cyclisme)

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GUY MOSSAY/Belga.

La police a découvert en 2002 des produits dopants dans le frigo du cycliste Frank Vandenbroucke. Parmi ceux-ci, de l’EPO, de la morphine, du clenbutérol. Malgré l’évidence, le champion belge nie. « C’est pour mon chien », adresse-t-il aux enquêteurs, précisant que l’animal est asthmatique. Le sportif sera finalement suspendu six mois.

Pour un pénis plus long : Merritt (athlétisme)

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David Gray/Reuters.

LaShawn Merritt a subi plusieurs contrôles positifs à la DHEA (stéroïde anabolisant). « Celle-ci n’a rien à voir avec les performances en piste, a-t-il expliqué. Elle vise seulement une augmentation de la longueur de mon pénis. »

Contre la calvitie : Romario (football)

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MARCELO SAYAO/Belgaimage.

L’un des meilleurs attaquants brésiliens de tous les temps craignait-il de perdre ses cheveux ? En tout cas, la perspective l’aurait incité à prendre du finastéride, substance connue pour annihiler les effets physiologiques de la testostérone sur le follicule pileux. Soupçonné de dopage, Romario a servi cette explication quand ses accusateurs prétendaient qu’il l’avait utilisée pour masquer la prise de substances interdites. Il a finalement été blanchi.

 

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1 Commentaire

  • Posté par Hubin Olivier, mercredi 9 août 2017, 23:28

    Tout se tient : VDB dit que le Clentuberol, c'est pour le chien et l'autre Allemand bouffe du chien au Clentuberol en Chine et Contador pareil en France. Rien de tel que le pot belge, hein Eddy...

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