Nollet (Ecolo) sur les oeufs contaminés: «Pas seulement un problème de communication»

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Jean-Marc Nollet. ©René Breny. Le Soir
Jean-Marc Nollet. ©René Breny. Le Soir

Lanceur d’alerte, Jean-Marc Nollet (Ecolo) donne le ton au moment où les parlementaires se réunissent exceptionnellement à la Chambre ce mercredi matin…

Vous aviez réclamé dès samedi la convocation de la commission Economie et Santé…

En effet, pour faire toute la clarté sur ce qui apparaît comme un problème grave. Qui a une dimension de communication, mais pas seulement.

Commençons par la « communication ».

Il y a d’abord une communication défaillante vis-à-vis des citoyens, des consommateurs, qui n’ont été informés qu’au début du mois d’août, et cela parce qu’il y a eu des fuites, la pression des médias ! Je vois aussi une communication défaillante vis-à-vis des éleveurs. Enfin vis-à-vis de l’Union européenne et des pays voisins, l’Allemagne en tout cas. Mais, je l’ai dit, il y a autre chose, dont la hiérarchie des normes…

A savoir ?

Quand l’Afsca se justifie en disant qu’ils n’ont pas communiqué durant tout un temps parce qu’il fallait respecter le secret de l’instruction, ils font passer en second la mission de protection du consommateur, de santé publique, et ça, c’est inadmissible. Le rôle de l’Afsca, c’est de protéger le consommateur, c’est la santé publique. Point.

Eux soutiennent que le parquet devait opérer, donc qu’il fallait temporiser, attendre…

Sauf que la première information dans ce dossier remonte au 15 mai, avec des taux possibles de fipronil de 1,2 mg/kg – l’Afsca précise avoir reçu réellement cette info le 2 juin –, et que là, déjà, on peut estimer que potentiellement il y avait un gros problème, donc qu’il fallait intervenir, or… Or, non, on se retranche derrière le secret de l’instruction ! Cette hiérarchie des normes est insensée, et révèle une faute dans les priorités d’action. Du reste, quand on voit l’énergie déployée dans d’autres circonstances, par rapport à la tarte au riz, au fromage de Herve, à la tarte au maton… Ceci encore : j’entends que l’Afsca ne contrôle pas en direct les produits illégaux – comme le fipronil –, mais seulement les produits qui sont admis, cela pour vérifier si les doses utilisées sont correctes… Si cela est vrai, on est vraiment face à un problème systémique. Car cela signifie qu’il peut très bien y avoir des problèmes avec d’autres produits… Non, il faut changer radicalement ce système. Le plus simple serait sans doute de prévoir une agréation pour tous les produits avant toute forme d’utilisation.

« Il faut changer le modèle de production et de consommation. Passer d’un système agro-chimique à un système agro-écologique »

En l’occurrence, l’Afsca, vous l’avez dit, est informée pour la première fois d’un problème fipronil le 2 juin.

Admettons, mais je pose la question : depuis quand utilise-t-on le fipronil ? On me dit que ce serait depuis mars au moins, voire depuis janvier… Et puis il y a les produits dérivés : ont-ils été composés sur la base d’œufs contaminés ? Des produits dérivés qui, eux, sont bel et bien sur le marché aujourd’hui.

Certains diront que là, on répand la peur…

Au contraire ! C’est l’absence de transparence qui crée un climat de peur. Seule l’information complète, y compris sur les produits dérivés, je l’ai dit, c’est important, peut rétablir l’équilibre. Autrement dit, j’aimerais savoir exactement depuis quand le fipronil est utilisé dans nos élevages. Je pose la question. Je n’ai pas de réponse pour l’instant. C’est un fait : des informations nous parviennent tous les jours indiquant désormais l’ampleur de la crise. Je pense à la contre-expertise « révélée » mardi. Ce qui pose non seulement le problème de la dangerosité des œufs, mais de la fiabilité des tests. A noter que c’est l’exploitant qui a demandé cette contre-expertise, pas l’Afsca.

Les ministres responsables, Willy Borsus, alors à l’Agriculture, et Maggie De Block, à la Santé publique, affirment quant à eux avoir été informés de tout cela par l’Agence le 24 juillet…

Si, dans la situation décrite, avec le risque potentiel que l’on connaît, l’Afsca n’a informé son ministre de tutelle que le 24 juillet, je dis qu’il y a eu un tout gros souci. Et même si cela est vrai, qu’a-t-on fait depuis le 24 juillet ? Plus précisément depuis le 25 juillet, date à laquelle Willy Borsus explique avoir reçu un « rapport en urgence »… Qu’a-t-on fait depuis lors ? Je rappelle que jeudi dernier, son successeur, Denis Ducarme, expédiera un tweet indiquant que tout va bien. On pouvait lire : « L’Afsca gère efficacement la situation »… Sauf que deux jours plus tard, le même corrige le tir et réclame un « rapport circonstancié »… Tout ça ne tient pas.

Au fond, la conclusion plus politique de l’écologiste ?

Il faut changer le logiciel à l’Afsca, et changer le modèle de production et de consommation. Passer d’un système agro-chimique à un système agro-écologique. L’Afsca, toujours elle, devrait s’occuper beaucoup plus de la problématique des pesticides, des perturbateurs endocriniens, ce qu’elle ne fait pas. Ajoutez que l’Agence, passée sur la tutelle de l’Agriculture, doit selon nous revenir sous l’autorité de la Santé publique. Ce serait juste logique et sain.

Comprendre la crise et le rôle de l’Afsca en 5 points

 
 
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