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Grèce: le scénario du pire a la cote

Personne ne parle de rupture. Mais le désaccord reste entier entre Grecs et créanciers.

Chef du service Monde Temps de lecture: 4 min

Le désaccord reste béant. Dimanche, en fin de journée, une poignée de ministres grecs les plus proches d’Alexis Tsipras a quitté le Berlaymont après une réunion qui a duré à peine 45 minutes. Elle s’est achevée sur le constat que la divergence entre le gouvernement grec et les créanciers internationaux reste insurmontable sur un accord qui permettrait de libérer les 7,2 milliards d’euros qui doivent permettre à la Grèce d’éviter la faillite d’ici la fin du mois, et donc peut-être une sortie de l’euro. Samedi, c’est Nikos Papas, ministre d’Etat et numéro deux du gouvernement grec, qui était venu à Bruxelles en représentant personnel d’Alexis Tsipras. Il y a rencontré Martin Selmayr, le chef de cabinet du président de la Commission européenne, pour des négociations qui se sont poursuivies jusqu’à environ minuit. Et contrairement à ce qui avait été prévu et annoncé, le président Juncker avait demandé aux deux autres institutions traitant avec la Grèce, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, de garder des experts disponibles à Bruxelles pour des négociations.

Les propositions grecques présentes samedi ayant été jugées insuffisantes, une nouvelle réunion avait donc été programmée, pour recevoir de nouvelles propositions, dimanche soir. Mais Nikos Papas et les siens auraient, selon une source européenne, transmis aux créanciers exactement la même proposition que la veille. «  Le gouvernement grec a réitéré sans la moindre ambiguïté, indiquaient des sources gouvernementales grecques, qu’aucune coupe dans les pensions et salaires et aucune augmentation, via la TVA, de biens essentiels – comme l’électricité – ne seront acceptés. »

Du côté de la Commission, un porte-parole a informé après la réunion que «  le président Juncker a mené une dernière tentative (…) qui permettrait une évaluation positive à temps pour la réunion de l’Eurogroupe du jeudi 18 juin. » Le porte-parole européen signalait que «  le différend entre les autorités grecques et les exigences conjointes de la Commission, de la BCE et du FMI est de l’ordre de 0,5 à 1 % du Produit intérieur brut, représentant jusqu’à 2 milliards d’euros de mesures fiscales sur base annuelle. De plus, les propositions grecques demeurent incomplètes. »

Du côté grec, on prétendait plutôt que «  le FMI insiste sur des coupes dans les pensions représentant 1 % du PIB (représentant 1,8 milliard par an), et un autre pour cent (1,8 milliard aussi donc) d’augmentation de TVA. Des mesures qui affectent les classes inférieures et les travailleurs, et qui ont démontré par le passé qu’elles mènent à un nouveau cycle de récession. »

Alors que les positions du gouvernement grec et des créanciers s’étaient presque alignées en fin de semaine passée sur la question de l’excédent primaire (le résultat du budget compte non tenu de la charge de la dette), les Grecs ayant (presque) accepté les objectifs de 1 % pour cette année, 2 % en 2016 et 3 % en 2017, les créanciers persistent à considérer que, pour que cette trajectoire soit soutenable, la Grèce doit encore sabrer dans ses dépenses de pensions et augmenter ses revenus. Les partenaires de la Grèce étaient prêts à enregistrer des propositions alternatives aux leurs, mais visiblement, Athènes maintient son refus, sans proposer de schéma alternatif qui convainque les créanciers.

La délégation grecque a fait savoir dimanche soir «  qu’elle reste disponible pour conclure les négociations », mais à la Commission, on indiquait que «  la discussion devra maintenant se tenir à l’Eurogroupe » , c’est-à-dire à la réunion des ministres des Finances de la zone euro. Les responsables européens ont toujours dit que la réunion de ce jeudi, qui se tiendra à Luxembourg, serait le dernier moment où un accord avec la Grèce devrait être formalisé. Pareil accord doit ensuite être avalisé par les 19 gouvernements (ou parlements, dans certains cas) de la zone euro, pour que les 7,2 milliards d’euros restants de l’enveloppe d’aide à la Grèce puissent lui être versés à temps pour le 30 juin. A cette date, la Grèce devra rembourser 1,5 milliard d’euros au FMI, et d’autres importantes échéances suivront rapidement en juillet.

Mais depuis la fin de la semaine dernière, le pessimisme semblait gagner les capitales, le doute étant exprimé quant à la volonté du gouvernement de gauche radicale dirigé par Alexis Tsipras, de trouver un accord. Que faudrait-il pour que, jeudi, un accord soit possible ? «  Il nous faut quelque chose qui pourrait être approuvé par les trois institutions », nous répondait une source européenne.

A la veille de l’Eurogroupe, mercredi, c’est la Banque centrale européenne qui pourrait donner une chiquenaude à la Grèce vers le défaut de paiement. Son conseil des gouverneurs pourrait décider, vu les perspectives d’un échec de la négociation, de déprécier la valeur des bons du Trésor déposées par les banques helléniques en garantie des lignes de financement d’urgence qui les maintiennent à flot.

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