Sondage: de Paris à Bruxelles, à quoi bon garder les militaires en rue?

Sondage: de Paris à Bruxelles, à quoi bon garder les militaires en rue?

Hamou B., 36 ans, a foncé mardi avec son véhicule sur un groupe de militaires à Levallois-Perret, dans l’agglomération parisienne. L’opération Sentinelle, mise en place depuis janvier 2015 pour sécuriser les sites sensibles, est directement visée.

En Belgique, aussi, les militaires occupent les rues depuis 2015 et l’attentat déjoué de la cellule djihadiste de Verviers. Le nombre de militaires engagés dans l’opération « Vigilant Guardian » est monté jusqu’à 1.800 après les attentats du 22 mars 2016 pour se stabiliser à 1.250 actuellement.

Aujourd’hui, de Paris à Bruxelles, la présence des tenues kaki dans les gares, les métros ou devant certains lieux de culte est remise en cause. Plusieurs éléments entrent en ligne de compte dans le débat :

• Le coût

La présence militaire coûte cher. 78 millions d’euros en 2016 en Belgique. «  L’idée selon laquelle l’implication de militaires dans des missions de surveillance allait libérer des hommes pour d’autres missions semble être un leurre », a écrit le Comité P en mai dernier.

• Le moral des troupes

Les militaires, et notamment les jeunes recrues, seraient démoralisées par les missions de patrouille dans l’espace public. « Tous les jours, je suis surpris de la motivation des gars, nuançait en juillet dernier dans Le Soir le lieutenant-général Marc Compernol. Ils travaillent dans des conditions qui ne sont pas évidentes. Je suis très fier de ça. » Le chef de la Défense milite pour la création d’un corps de sécurité qui regrouperait, sur base volontaire, des policiers et des militaires.

• Les règles d’engagement « floues »

Plusieurs spécialistes et haut gradés dénoncent, tant en France qu’en Belgique, des règles d’engagement « floues » pour les militaires sur le terrain. Des incidents ont eu lieu, notamment à Bruxelles : à Ribaucourt, en août 2016, des militaires passant en camion sont interpellés par un toxicomane qui leur adresse un doigt d’honneur ; le véhicule s’arrête, les soldats descendent et viennent le plaquer au mur. L’intervention, sans la présence de policier, est tout à fait hors des prérogatives des militaires.

Cette opinion n’est pas partagée par tous les spécialistes. Et l’intervention des militaires à la gare Centrale en juin dernier serait là pour montrer que les militaires peuvent se montrer utiles. « Les militaires qui sont intervenus étaient au bon moment au bon endroit », nous expliquait Patrick Cansse, secrétaire permanent de la CGSP-Défense.

• Les militaires devenus des cibles

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Une fois de plus mercredi à Levallois-Perret, les militaires ont été visés par un potentiel attentat terroriste. Les militaires sont des cibles de choix. Leur présence sur tout le territoire attire « comme un pot de miel », selon l’expression d’un analyste, les radicalisés passant à l’acte. L’Elysée réfléchit à des aménagements mais ne veut pas y renoncer.

• Les enjeux politiques sur l’opinion

Si l’efficacité contre le terrorisme reste à prouver, la présence militaire sur le terrain convient à deux composantes de la société : l’opinion publique et les dirigeants politique. Les sondages, tant en France que chez nous, indique que les citoyens trouvent la présence militaire plutôt rassurante. L’année dernière, notre Grand baromètre politique montrait que 65 % des Belges interrogés voulaient prolonger cette présence en rue.

Et côté politique, c’est « l’engrenage », comme l’écrivait Béatrice Delvaux dans son éditorial du 30 août 2016  : « La réalité est qu’en faisant appel aux militaires pour sécuriser les lieux publics, le gouvernement a mis le doigt dans un engrenage dont il devient très difficile de sortir ». Pourtant, le débat évolue : CD&V ou CDH disent depuis un certain temps vouloir réduire la voilure. Le gouvernement fédéral planche depuis de long mois sur la création d’un corps de police spécialisé qui pourrait remplacer les militaires. Mais les choses traînent…

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