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Usain Bolt, une si triste fin…

Ce que personne ne voulait s’est malheureusement produit pour l’athlète le plus emblématique de la planète. Usain Bolt s’est blessé lors de la finale du 4 x 100 m, la dernière course de sa prodigieuse carrière. Pour lui, c’était sans doute l’année de trop …

De notre envoyé spécial - Journaliste au service Sports Temps de lecture: 6 min

On aurait pu écrire beaucoup de scripts, mais pas celui-là. Une défaite ? Sans doute. Un mauvais passage de témoin ? Peut-être. Une sortie de couloir ? Eventuellement. Un faux départ ? Pourquoi pas. On avait tout envisagé, y compris, soyons fou, une victoire de la Jamaïque avec une dernière ligne droite de légende de sa part. Mais pas cette sortie-là…

Samedi soir, à Londres, Usain Bolt a quitté la piste par la seule porte qu’on ne lui souhaitait pas, la petite, la dérobée. Dans l’ultime course de sa carrière, cette finale du 4 x 100 m dont il avait été, en fin de matinée, jusqu’à courir les séries pour s’assurer de la qualification, il a fini au sol, terrassé par une blessure à la cuisse gauche qui l’a frappé en plein vol. Et ce qu’on espérait être un dernier coup de foudre s’est transformé en un coup de bambou.

C’est sans doute en voulant forcer dans son ultime relais qu’il a trop sollicité la machine. Quand il a reçu le témoin de Yohan Blake, la course était vraisemblablement déjà perdue pour les Jamaïquains tant les Américains et les Britanniques semblaient loin devant. La rage au ventre, Bolt allait se lancer à leur poursuite, histoire de tenter le tout pour le tout pour ses grands adieux, avant de subitement se désarticuler, de se tenir l’arrière de la jambe en grimaçant, puis de tomber non sans avoir fait une culbute et de rester cloué au sol dans la stupeur générale. Une secousse sismique.

Comme Molière…

Tout au long de la journée, le public du London Stadium avait été conditionné pour cette dernière sortie de la superstar de l’athlétisme. A chacune de ses apparitions sur le grand écran du stade, que ce soit lors de son arrivée sur la piste d’échauffement, dans les couloirs en train de blaguer avec Mo Farah ou de jouer avec Hero, le hérisson mascotte de ces championnats, les cris et les applaudissements, souvent sollicités par le speaker, avaient été extrêmement nourris. Tout le monde se faisait une joie de pouvoir assister à ce qui apparaissait comme un évènement historique, celui qu’il ne fallait pas louper.

Mais, un peu comme Molière, mort sur scène, le roi Usain a connu une fin tragique sur son terrain de jeu préféré. C’était peut-être son destin. Encore heureux qu’il ait quitté la piste debout, en boîtant, accompagné de ses trois équipiers venus à sa rescousse et non pas sur cette chaise roulante que les services de secours s’étaient empressés de lui apporter…

« Il a ressenti une crampe dans son ischio gauche », a communiqué, en fin de soirée, le Dr Kevin Jones, le médecin de l’équipe jamaïquaine. « Mais une grosse partie de la douleur provient de la déception d’avoir perdu la course. Ces trois dernières semaines ont été très difficiles pour lui. Nous lui souhaitons le meilleur. »

S’il se plaignait de manière récurrente depuis des années de maux liés à une scoliose, qui nécessitaient chez lui un traitement permanent de la part de son kiné, Usain Bolt n’avait jamais, jusqu’ici, été blessé de la sorte en disputant un grand championnat. Le choc n’en a été que plus profond. Le scénario imaginé par les organisateurs londoniens avant chaque finale, avec une présentation théâtralisée pour la rendre plus spectaculaire puis une énumération des participants quelques (longues) minutes plus tard, a-t-elle favorisé la blessure du Jamaïquain, qui avait largement eu le temps de laisser refroidir sa musculature, cette mécanique de haute précision hyper sensible ? Ce n’est pas impossible.

Quarante minutes d’attente dans le froid

Après la course, Yohan Blake, furieux d’avoir vu son capitaine terrassé de la sorte, n’a d’ailleurs pas manqué de fustiger les organisateurs. Selon lui, l’attente « folle » de 40 minutes imposée dans « une chambre d’appel glaciale » et celle pour permettre deux cérémonies protocolaires, ont été fatales. « Usain avait vraiment froid », a-t-il expliqué. Il m’a dit : « Yohan, ceci est fou. Quarante médailles et deux remises de médailles avant notre course ».

Même ton de reproche dans le clan américain et plus précisément de la part de Justin Gatlin, le champion du monde du 100 m. « Je comprends que l’on exige que nous soyons prêts assez tôt », a-t-il dit. « Mais je pense que l’on nous a demandé, cette fois-ci, de retirer nos survêtements un peu trop tôt. L’attente a été longue. Il faisait légèrement froid dans le stade (NDLR : il était déjà 21h50 locales) et c’est sans doute à cause de ça qu’est apparue la contracture. Usain est parti en étant « refroidi » »

Au-delà de cette explication, il faut aussi reconnaître que Bolt n’a sans doute pas fait le choix le plus judicieux de son immense carrière en décidant de prendre part à ces Mondiaux, incontestablement le championnat de trop pour lui. En tentant le diable une dernière fois, pour des raisons obscures mais que l’on devine commerciales, un an après avoir conquis trois titres olympiques sur 100 m, 200 m et 4 x 100 m pour la troisième fois consécutive à Rio (le titre sur 4 x 100 m conquis aux Jeux de Pékin, en 2008, a toutefois été retiré à la Jamaïque pour contrôle antidopage positif de Nesta Carter, le premier relayeur) d’où il aurait pu s’en aller en pleine gloire, il s’est mis inutilement en danger.

ATHLETICS-WORLD_M100RELAY

Une préparation rabotée

Il était, de plus, arrivé à Londres avec une préparation rabotée et psychologiquement perturbée par le décès accidentel de l’un de ses meilleurs amis, le sauteur en hauteur britannique d’origine jamaïquaine Germaine Mason, dont il avait été jusqu’à aider à creuser la tombe et porter le cercueil le jour de ses funérailles. Ses trois uniques sorties de la saison, à Kingston (10.03), Ostrava (10.06) et Monaco (9.95) n’avaient guère rassuré avant ces Mondiaux. Jamais, depuis le début de sa carrière, il ne s’était présenté à un grand championnat avec un temps de référence aussi faible.

Dès le 100 m, on s’est aperçu qu’il n’était pas dans son état de forme habituel. Déjà devancé (d’1 centième, certes…) par l’Américain Christian Coleman en demi-finale, il a pris un départ catastrophique en finale dont il n’allait, pour une fois, pas se remettre, laissant le titre à Gatlin et la deuxième place à Coleman et devant se contenter d’une médaille de bronze. La blessure survenue sur 4 x 100 m a encore accentué les regrets.

Tout cela ne changera évidemment rien à l’estime que le monde de l’athlétisme et du sport en général lui porte. Personne, non plus, ne remettra en cause son statut de plus grand sprinter de l’histoire. Avec ses 8 médailles d’or olympiques, ses 11 titres mondiaux et ses deux records du monde individuels stratosphériques (9.58 sur 100 m et 19.19 sur 200 m), il n’est pas prêt d’être égalé. Mais on aurait sans doute aimé le voir partir autrement.

Ah, encore une chose. Le titre mondial du 4 x 100 m est revenu à la Grande-Bretagne qui, en 37.47 (MPM) a réussi l’exploit de devancer les Etats-Unis (37.52), le Japon terminant 3e (38.04). On l’avait presque oublié. Mais même les Britanniques avaient moins d’yeux pour leurs sprinters que pour Usain Bolt ce samedi.

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Et ici, à Londres, ce n’est pas banal.

 

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