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Cirque royal: «La fermeture est un désastre économiqueet social»

Les commerçants de la rue de l’Enseignement ne masquent pas leur colère face à la fermeture à durée indéterminée de la salle de spectacles. En jeu : leur chiffre d’affaires mais aussi l’emploi.

Temps de lecture: 4 min

Derrière leur sourire, ils cachent mal leur profond désarroi. Et leur colère face à la fermeture de la plus connue des enseignes du quartier Notre-Dame-aux-Neiges : le Cirque royal. Ces restaurateurs se disent victimes du bras de fer entre la Ville de Bruxelles et les responsables du Botanique qui se livrent une bataille juridique autour de la gestion de la salle de spectacles (lire ci-contre).

Thierry Pauwaert, le patron du Titanic, fait le décompte des artistes qui ne feront finalement pas salle comble dans les mois à venir. Et n’allez pas y voir une âme de groupie, non, la flamme qui l’anime étant plutôt liée à son chiffre d’affaires mais aussi et surtout à l’emploi. « De Lambert Wilson chantant Yves Montand à Raphaël, les spectacles sont déplacés les uns après les autres, déplore-t-il. Ce qui nous désole, c’est l’aspect politicien du dossier. Cela fait douze ans que je suis ici et, d’année en année, j’ai vu s’améliorer la programmation du Cirque sous la gestion du Botanique et maintenant parce que la Ville souhaite la mainmise sur l’univers culturel, on vire le Bota pour s’octroyer l’exploitation du site. Et nous, on n’a rien à dire mais on subit ces changements. ».

Un scénario tout aussi difficile à avaler pour l’exploitant du resto de Bruxelles et d’ailleurs. Jean-Louis Berlemont : « C’est un désastre culturel mais aussi un désastre économique et social pour les habitants du quartier. Nous sommes ici en zone sinistrée », développe notre interlocuteur qui met en avant les chantiers lancés dans le coin depuis trois ans, entre la restauration de l’hôtel Empain et les travaux en voirie. « Ce qui a déjà provoqué une perte de clientèle. Quand vous avez une terrasse et qu’il y a un chantier juste en face, les gens ne viennent plus s’asseoir. Le quartier connaît donc des hauts et des bas et, contrairement à la Grand-Place qui est fréquentée en permanence, nous dépendons beaucoup du beau temps et du Cirque royal ».

« On a eu les attentats, le lockdown. Et le piétonnier qui nous a impactés car beaucoup de gens ne viennent plus à Bruxelles. Aujourd’hui, on ferme le Cirque royal et à côté de cela, la Ville estime que le quartier est en train de monter, tonne Thierry Pauwaert. Alors que j’arrive en fin de bail, la Régie foncière a ainsi décidé d’augmenter mon loyer mensuel de 75 %. C’est un déni de réalité ».

La mise en sommeil forcé de la salle de spectacle a donc fait déborder la marmite. « En dehors de l’heure du midi pour laquelle nous profitons des bureaux du coin et de l’administration, le poumon économique supplémentaire pour le quartier est assurément le Cirque royal, poursuit le patron du Titanic. Il faut donc nous entendre. Pour moi, les choses sont claires, si je n’ai pas le Cirque royal, je ne peux pas assurer les salaires et les lois sociales. J’avais sept personnes il y a un an et on va se retrouver à quatre. Je dois donc licencier trois personnes. L’an passé, nous avons pu compter sur 120 à 130 spectacles entre septembre et juin. En perdant cela, j’estime que la perte sur une saison oscille entre 150 et 200.000 euros, ce qui est énorme ».

Une addition « un peu moins salée » pour Jean-Louis Berlemont dont l’établissement est installé place de la Liberté. « Il n’empêche qu’il s’agit d’une perte sèche pour moi également. Des tas de commerçants sont impactés et plusieurs pensent déjà à mettre la clé sous la porte dans ce quartier qui connaît déjà un important turnover. Dans la restauration, nous sommes parmi les plus grands pourvoyeurs d’emploi et que fait-on ? On nous met des bâtons dans les roues, tout ça pour mettre la main sur un lieu culturel qui, il est vrai, doit sans doute rapporter beaucoup d’argent. Sans se soucier de l’impact que cela peut avoir sur les gens. La situation était déjà difficile et on nous la rend désormais impossible ».

Une chose paraît claire, les artistes ne sont pas près de revenir rue de l’Enseignement. « Il n’y aura probablement rien avant 2018, tout cela pour une guéguerre politico-économique », conclut Thierry Pauwaert.

Patrick Dhane qui veille avec savoir-faire sur les centaines de bières spéciales qui garnissent la cave du Bier… Circus est lui aussi sous pression. « Je suis sans doute moins touché que d’autres qui, le soir, misent beaucoup sur le Cirque. Nous sommes une petite équipe et nous avons une clientèle du soir mais il est évident que cette fermeture va entraîner un sérieux manque à gagner. Nous sommes voisins du Cirque depuis 25 ans et quand tout d’un coup tes revenus baissent, tu te demandes comment tu vas pouvoir continuer à rembourser tes crédits durant cette période. Cela peut être dangereux ».

D’autant que personne ne sait quand l’institution culturelle relèvera le rideau. « On ne voit pas très bien où les politiques veulent en venir et nous n’avons aucune information de leur part ».

 

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