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Léger, frivole et heureux XVIIIe siècle

« Le menuet » par Giandomenico Tiepolo (1727-1804) a été vendu un peu plus de 3,5 millions d’euros !

Temps de lecture: 4 min

Proposé lors de la vente de maîtres anciens organisée par Christie’s au début de l’été, soit le 6 juillet dernier, ce tableau s’est échangé à un peu plus du double de son estimation basse (1,5 million de livres), un prix qui témoigne du caractère bien séduisant de cette petite huile sur toile (33,4 par 48,8 cm). Elle avait déjà affronté les enchères en décembre 2007, au même endroit et son acquéreur, soit le vendeur actuel si l’on en croit le catalogue de la vente, l’avait alors payée l’équivalent d’un peu moins de 1,6 million d’euros. En dix ans, son prix en vente publique a donc presque doublé et elle se hisse maintenant à la troisième place des œuvres de l’artiste les plus chèrement vendues à l’encan… Une bonne affaire puisque son ex-propriétaire en aura profité pendant une décennie tout en faisant un excellent placement !

Venise

Giandomenico Tiepolo est issu d’une prestigieuse famille d’artistes vénitiens, dont le plus connu est son père Giambattista, auteur de nombreux plafonds d’églises et de palais, aussi bien à Venise que pour des princes européens. Giambattista Tiepolo est également l’auteur de tableaux de grandes dimensions, notamment pour des autels et il connut de son vivant une célébrité sans frontières. Giandomenico eut également un frère cadet artiste, Lorenzo, et il était le neveu de Francesco Guardi, très apprécié pour ses vues de Venise, des « vedute » très libres et dans lesquelles il laissa courir son imagination. Bref, l’artiste est chez lui à Venise, où il commence sa carrière dans l’atelier de son père, père à qui « Le menuet » fut longtemps attribué, tout comme son pendant « La danse des chiens », datable également de la décennie 1750.

Les masques que portent certains personnages font directement allusion à la Sérénissime et ces élégants danseurs pourraient être des comédiens ambulants de la « Commedia dell’Arte ». Ceux-ci se produisaient dans les lieux de villégiature et l’on remarque que l’audience est plutôt constituée de personnes dites de qualité. Ainsi, cette dame sous une ombrelle à la gauche du tableau et ces deux élégantes à l’extrême-droite de l’œuvre, sans doute les propriétaires du petit chien qui jappe à l’avant-plan, correspondent au public visé par ces troupes de comédiens : les riches oisifs et oisives en promenade dans quelque lieu remarquable. L’arrière-plan fait en effet deviner une vue panoramique spectaculaire. Giandomenico Tiepolo peignit un certain nombre de ces scènes aimables, que l’on retrouve, bien entendu dans des musées, mais également en vente publique au rythme d’une ou deux tous les dix ans.

Provenance

Le XVIIIe siècle, le grand siècle de la France, après avoir fasciné les aristocrates anglais qui achetèrent en quantité lors des ventes consécutives à la révolution de 1789, eut les faveurs, au tournant du XXe siècle, des fortunes américaines. Après avoir appartenu à Maurice de Rothschild (de la branche française), dont le très bel hôtel de la rue Berryer à Paris est à nouveau visitable, l’œuvre passa entre les mains de la famille Lehman, qui fut à l’origine de la banque Lehman Brothers, créée en 1850 en Alabama à Montgomery par Emmanuel et Mayer Lehman, deux immigrants juifs allemands. Ceux-ci, après la Guerre de Sécession, s’établirent à New York et le tableau fut acquis par Cecile Seligman, l’épouse du petit-fils de Mayer.

Un autre membre de la dynastie, Robert Lehman, est quant à lui célèbre pour avoir légué en 1975 plus de 3.000 œuvres d’art au Metropolitan Museum de New York, qui se dota pour l’occasion d’une nouvelle aile, un legs colossal, sans doute l’un des plus significatifs du XXe siècle. Cecile Lehman préféra, elle, léguer « Le menuet » à sa descendance qui s’en défit en 2007. L’acquéreur de la vente du 6 juillet demeure anonyme, mais l’on peut voir au Louvre une version beaucoup plus élaborée de ce sujet. Manque cependant à cette dernière la spontanéité et la légèreté que l’on retrouve dans l’œuvre vendue par Christie’s, une légèreté qui fait partie des clichés de la frivolité que l’on associe à l’époque de Louis XV, et ce bien que Venise avait déjà entamé son long déclin.

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