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Des nanoparticules clandestines dans nos sucreries, un risque réel pour la santé ?

L’association française de 60 millions de consommateurs a pris en flagrant délit de mensonge les producteurs alimentaires. Le consommateur est laissé dans l’ignorance. Le risque réel est mal évalué.

Décodage - Journaliste au service Société Temps de lecture: 5 min

S’agit-il d’une énième déclinaison du « marketing de la peur » ou d’une mise en garde légitime face à un nouveau péril environnemental ? Ce qui est certain, c’est que l’association française 60 millions de consommateurs vient de prendre en flagrant délit de mensonge une série de producteurs alimentaires qui ont négligé de mentionner sur leurs emballages qu’ils employaient des nanoparticules dans leurs sucreries. Les analyses menées par les défenseurs de la santé sur 18 produits, et qu’ils publient dans leur dernier numéro, ont révélé que… tous contenaient du E171 en nanoparticules alors que les producteurs avaient préalablement nié explicitement cet emploi. Or, c’est une recommandation de l’autorité européenne de sécurité alimentaire quand la proportion de nano particules dépasse 10 %.

Ce sont dans les desserts glacés et les bonbons que les nanoparticules ont été retrouvées en plus grande quantité. En particulier dans la « Douceur vanille et fruits rouges » de Monoprix gourmet avec 100 % de nanoparticules dans la quantité totale de E171, un colorant alimentaire qui ne pose pas problème quand il est utilisé à l’état habituel, mais qui pose question quand il est fourni sous forme nano. Les choco-mix Oreo de la marque Milka s’en sortent mieux, ils réussissent à ne pas dépasser les 10 % de nanoparticules quand les M&M’s en comptent eux 20 %.

Des lésions pré-cancéreuses chez le rat

A vrai dire, les nanoparticules suscitent autant d’espoir que de crainte. Les promesses et réussites sont nombreuses, du médicament anti-cancer qui migre « automatiquement » au cœur de la tumeur à la vitre auto-nettoyante ou à l’acier hyper-résistant, travailler à l’échelle nano semble n’avoir que des avantages. En cause, le fait qu’à cette échelle, les caractéristiques et les comportements des molécules changent : le carbone devient cent fois plus dur que l’acier, l’or fond à température ambiante et l’aluminium menace d’exploser. « Nos ancêtres utilisaient déjà leurs propriétés, sans le savoir, pendant l’Antiquité ou encore au Moyen-Âge, lorsqu’ils disposaient des particules d’or sur les vitraux de certaines cathédrales pour obtenir des couleurs plus vives », explique Julie Frère, porte-parole de l’association de défense des consommateurs Test-Achats. Les experts soulignent également que certains animaux et certaines plantes bénéficient également, naturellement, des bienfaits de ces nanoparticules. C’est grâce à celles-ci et à la loi d’adhésion, plus forte que celle de la gravité, que les mouches, par exemple, peuvent s’accrocher au plafond ou aux fenêtres. La feuille de lotus est, elle, toujours propre grâce au réseau de nanocristaux de cire qui la recouvre. Ce réseau forme une structure empêchant la poussière d’adhérer sur la feuille. De même, les gouttes d’eau y roulent et emportent avec elles les dépôts salissants. C’est ce qu’on appelle « l’effet lotus ». C’est en s’inspirant de cette propriété que les chercheurs ont développé des produits antibuée pour verre, des imperméabilisants pour vêtements, des vitres autonettoyantes, etc.

Mais l’autre face des nanoparticules est le quasi inconnu de leur effet sur l’organisme humain et sur notre environnement. Des signaux d’alerte percolent régulièrement, mais surtout, en mars 2017, des chercheurs de l’INRA ont inoculé à des rats pendant 100 jours de l’E171 contenant 40 à 45 % de nanoparticules, une quantité similaire à celle que nous pouvons parfois ingérer en mangeant ce type de produits. Les résultats de cette expérience ont montré que 40 % des rats présentaient des lésions pré-cancéreuses dans le côlon à la fin de l’expérience. Difficile pour l’instant de conclure que les risques pour l’homme sont les mêmes mais d’autres études sont en cours et les suspicions augmentent autour des nanoparticules de ce colorant.« Lorsqu’une substance étrangère s’immisce au sein même d’une cellule, on peut évidemment supposer qu’il peut y avoir des dégâts, en tout cas un dérèglement de certaines de ces cellules », explique Patricia Chairopoulos, co-autrice de l’étude.

« Pas d’effet cancérigène prouvé »

Ce n’est pas un avis généralisé : le docteur Alfred Bernard, toxicologue à l’UCL et directeur de recherches au FNRS, souligne que « Jusqu’ici, aucun lien entre nanoparticules et cancer n’a été démontré. L’exposition aux nanoparticules est bien plus forte en respirant l’air de Bruxelles qu’en mangeant quatre M&M’s. Et, selon moi, le risque concret pour la santé est plus élevé quand on inhale ces nanoparticules que lors d’une ingestion. Même si les nanoparticules n’ont pas prouvé leur dangerosité lorsqu’ingérées, il conviendrait d’être prudent et de ne pas en mettre dans tout ce que l’on mange juste pour en modifier l’aspect ».

Si les risques restent flous, cela ne justifie pas l’attentisme. « Le manque d’information qui entoure les nanotechnologies est encore trop important. Le fait de retrouver des nanoparticules dans des produits de consommation courante, parfois à l’insu du consommateur, sans que l’on connaisse les effets négatifs que celles-ci peuvent avoir sur l’environnement et la santé n’est donc pas admissible », souligne Julie Frère. « Il faut plus de clarté et d’informations pour les consommateurs. Ce qui passe également par une législation plus claire, notamment en ce qui concerne l’étiquetage des produits. Pour étudier au mieux ces nanoparticules et en évaluer les risques, il faudrait développer des méthodes d’analyse claires et cohérentes. Vu la vitesse à laquelle ces produits se répandent sur notre marché, il est impératif de répondre à toutes ces questions avant que les effets négatifs éventuels ne se manifestent. Or, rien ne semble bouger malgré des demandes répétées des citoyens ».

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1 Commentaire

  • Posté par CARION JEAN, vendredi 25 août 2017, 17:13

    E171 ou dioxyde de titane (TO2), se retrouve également comme excipient de nombreux médicaments! ( lissage du comprimé et colorant blanc)! Cela fait des années que plusieurs laboratoires pharmaceutiques l'utilise, tout en niant les effets secondaires toxiques sur le patient! et pourtant nombre de ceux ci en sont allergique sans le savoir ( eczéma,urticaire, syndrome de ménière pouvant provoquer des syncopes etc...On nous dit que les concentration sont trop faibles, mais en réalité lorsque vous suivez un traitement de longue durée vous en êtes intoxiqués! La "demi-vie" d'élimination serait de l'ordre de 7 à 12 jours et l'allergie tend à disparaitre! Monsieur Soumois, vous semblez compétent au vu de votre article, pourriez vous étendre votre enquête aux produits pharmaceutiques, car la toxicité du E171 ne semble pas encore interpeller les autorités sanitaires faute d'analyses plus pointues. Merci à vous d'y "penser"

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