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Le mythe de Diana a fané avec le temps

Vingt ans après sa mort, il ne reste pas grand-chose du mythe de la « princesse des cœurs ». Et la famille royale britannique n’a jamais été aussi populaire.

De notre correspondant - Temps de lecture: 5 min

LONDRES

Où étiez-vous le jour de la mort de la princesse Diana le 31 août 1997 ? Comme pour l’assassinat de Kennedy ou la tragédie du 11-Septembre, presque tout le monde est capable de répondre à cette question. L’immense parterre de fleurs devant Kensington Palace, la révolte du peuple à Londres contre les Windsor et les funérailles, le samedi 6 septembre, suivies par trois millions de personnes et par plus de deux milliards de téléspectateurs de par le monde, sont entrés dans la légende.

En 2002, la princesse martyre avait été classée troisième d’un sondage de la BBC sur les grands Britanniques de l’Histoire. Sa mort, révélait alors une autre enquête, était considérée par le public comme le principal événement anglais du XXe siècle, devant la fin de la Seconde Guerre mondiale et le droit de vote pour les femmes.

Pas si victime

Le même sondage aujourd’hui ne donnerait pas un résultat identique. En effet, vingt ans après, il ne reste plus grand-chose du mythe de Diana. Un « Dianaland » kitsch à Althorp, dans les Midlands, une fontaine à Hyde Park constamment en panne, une petite aire de jeux pour enfants à Kensington Gardens et un sinistre mémorial au pied d’un escalier du grand magasin Harrods. C’est peu. La défunte a tout simplement disparu du paysage public. Elle ne fait plus recette comme l’atteste le faible audimat du documentaire sulfureux « Diana : In Her Own Words » (Diana de vive voix) diffusé le 6 août 2017.

Que s’est-il passé en vingt ans pour expliquer pareil désamour ?

Tout d’abord, le mythe de l’icône a été écorné par les révélations sur sa succession d’amants lors du mariage tourmenté avec le prince Charles, à commencer par son garde du corps, Barry Mannake, dont elle était tombée amoureuse et qui mourra, en 1987, dans un mystérieux accident de moto. De nos jours, le royaume de la retenue est embarrassé par son identification avec une personnalité certes pleine de compassion, mais manipulatrice, certes victime de la machine royale mais aussi d’une phobie de la persécution.

Un deuxième élément expliquant ce désintérêt est la chute de popularité des deux héros du jour, Lord Spencer, le frère de Diana, et Mohammed Al-Fayed, le père de Dodi.

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Après les obsèques, Charles Spencer, grâce à son discours anti Windsor à l’abbaye de Westminster, était au sommet de la popularité. Le royaume partageait le deuil d’Al Fayed, frappé par la disparition de son fils. Pourtant, leurs erreurs provoqueront un formidable revirement de l’opinion publique en faveur des « Royals ».

Le navrant spectacle du divorce hyper-médiatisé du comte Spencer en Afrique du Sud, survenu deux mois après les funérailles lui a donné un profil de coureur de jupons impénitent. Fortement amplifiée par la machine de communication de Buckingham Palace, l’accusation la plus grave est son exploitation commerciale abusive de la mémoire de sa sœur. Car seulement 10 % des recettes de son musée-mausolée inauguré en 1998 sont versées à la fondation Diana.

L’autre méchant de cette saga est Mohammed Al Fayed. Ses accusations fantasques contre la famille royale ont détruit sa crédibilité. Sa thèse d’un complot ourdi par les services secrets de Sa Majesté sur ordre du prince Philip pour empêcher la mère du futur roi d’épouser un musulman a été catégoriquement rejetée par le rapport très détaillé publié le 14 décembre 2006 à la suite de l’enquête menée par l’ex-chef de Scotland Yard, Lord Stevens.

Autre facteur, le succès du film de Stephen Frears, The Queen, dont la Reine est l’héroïne, souligne la reconquête de l’opinion orchestrée par les Windsor. La monarchie a modernisé son image grâce au recrutement d’une nouvelle génération de courtisans et à l’aide de conseillers en communication hors pair. Après le décès de Diana, l’objectif des communicants du Palais de Buckingham est double : réhabiliter le prince Charles, au plus bas des sondages, et faire accepter Camilla détestée par l’opinion. La stratégie de relations publiques a consisté à éroder l’image d’icône de la défunte au zénith de sa popularité en propulsant Charles et Camilla à la Une de l’actualité heureuse. Du grand art.

Charles sera roi

Aussi, Camilla, qui a épousé le prince Charles le 9 avril 2005, à la mairie de Windsor, a éclipsé son ancienne rivale. Irrévérencieuse, voire carrément méchante avant les noces, la presse populaire, depuis lors, donne une image si positive de la duchesse de Cornouailles qu’on a l’impression qu’elle a toujours fait partie des meubles. Quant au prince Charles, il a perdu ses airs d’Hamlet mélancolique et lointain, comme ce fut le cas après la mort de son ancienne épouse. Par ailleurs, Camilla, elle-même mère de deux grands enfants, s’est facilement coulée dans le moule d’une belle-mère affectueuse, qui redouble d’attentions envers William et Harry.

Camilla et Charles lors de la visite d’une entreprise viticole en Australie © Reuters
Camilla et Charles lors de la visite d’une entreprise viticole en Australie © Reuters

Dans sa fameuse interview en 1995 accordée à l’émission « Panorama » dans laquelle la princesse de Galles avait raconté les coulisses de son couple, elle avait émis des doutes sur la capacité de son époux à monter sur le trône. Diana estimait que son fils William était plus à même d’être roi. Contrairement à sa volonté, l’ordre de la succession sera respecté. S’il est en vie lors du décès de sa mère, Charles sera roi parce qu’il est l’héritier, qu’il le veut et qu’il s’y est préparé. Certes, la reine âgée de 91 ans, entend régner jusqu’à sa mort. Il risque effectivement de faire antichambre longtemps encore, mais c’est un souverain enfin débarrassé des séquelles d’un mariage raté et d’un remariage avec celle qu’il a toujours aimée, qui monterait sur le trône.

Enfin, les noces de William et de Kate, le 29 avril 2011, ont fait rentrer les choses dans l’ordre. L’affection des supporters de Diana s’est reportée sur les deux princes. Epargnée par les scandales en série qui ont ébranlé les institutions du royaume, la monarchie, point fixe dans la tourmente planétaire, n’a jamais été aussi populaire.

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Que sont-ils devenus ?

Il y a vingt ans, ils étaient au centre de la tourmente déclenchée par la mort accidentelle de la pricesse Diana.

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- La reine Elizabeth II (91 ans)

Le succès de la célébration de son jubilé de diamant tout comme de la célébration de l’anniversaire de ses soixante ans de règne ont souligné la popularité inoxydable de la souveraine. L’intervention de Sa Majesté dans un court métrage au côté de Daniel Craig, l’interprète de James Bond a été l’un des temps forts de Jeux Olympiques de Londres. Sa charge a toutefois été progressivement allégée.

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- Le duc d’Edimbourg (95 ans)

A l’automne 2017, le prince Philip doit abandonner toutes ses fonctions régaliennes de représentation en raison de son grand âge.

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- Le prince Charles (68 ans)

Au fur et à mesure qu’Elizabeth II avance dans l’âge, le prince Charles assure progressivement la régence du royaume aux côtés de la reine. Il devrait tout naturellement monter sur le trône et régner, même tardivement.

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- La duchesse de Cornouailles (70 ans)

Après son mariage avec le prince Charles, le 9 avril 2005, à Windsor, la nouvelle duchesse de Cornouailles a fait un sans faute. A l’inverse de Diana, elle aide son époux dans sa tâche au lieu de tenter de lui voler la vedette. Her Royal Highness a progressivement développé sa propre activité philanthropique.

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- William (35 ans)

Après avoir terminé ses études secondaires au pensionnat d’Eton, le deuxième dans la ligne de succession a étudié l’histoire de l’art et la géographie à Saint-Andrews. Le fils aîné de Charles et Diana a intégré l’école royale militaire de Sandhurst, le Saint-Cyr anglais, d’où il est sorti officier de l’armée de terre. Dans le cadre de la Royal Air Force, il a suivi une formation de pilote d'hélicoptère. Jusqu’en 2017, William a fait partie de la branche de recherche et de sauvetage de la RAF. En 2011, SAR a épousé une roturière, Kate Middleton. Le duc et la duchesse de Cambridge ont deux enfants, George et Charlotte.

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- Harry (32 ans)

Après la disparition de sa mère, Harry n’a cessé de défrayer la chronique. Il se soûle, fume des joints, se bat avec des paparazzis, porte l’uniforme nazi lors d’une fête costumée ou multiplie les blagues racistes. Après une scolarité médiocre à Eton, il entre comme élève-officier à l’Ecole royale militaire de Sandhurst avant d’être versé dans la cavalerie royale, les Blues and Royals. L’envoi à deux reprises en Afghanistan de « Cornet Wales » (sous-lieutenant Wales) où il participe aux combats contre les talibans, l’a indéniablement mûri. Toujours célibataire, le cinquième dans la ligne de succession a repris le flambeau humanitaire de sa mère.

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- Le comte Spencer (53 ans)

En 1998, le comte a ouvert an public, dans sa propriété d’Althorp, un mausolée-musée retraçant la vie de la jeune femme, d’une enfance aristocratique à une mort tragique. Marié à trois reprises, ce père de sept enfants intervient rarement en public, si ce n’est pour défendre la mémoire de sa sœur comme ce fut las en juillet 2017 lors de la diffusion d’un documentaire sulfureux sur Diana.

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- Mohammed Al Fayed (88 ans)

N’ayant jamais accepté le verdict de l’accident, le milliardaire égyptien a vendu le grand magasin Harrods au Qatar en 2010. Persuadé jusqu’au bout de la thèse du complot, le père de Dodi s’est retiré dans son château écossais de Balnagowan.

- Lord Janvrin (70 ans)

De garde à Balmoral, le secrétaire particulier adjoint avait annoncé la nouvelle du décès à la reine. Secrétaire particulier de la reine entre 1999 et 2007, Robin Janvrin est aujourd’hui banquier.

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- Tony Blair (64 ans)

Premier ministre à l’époque, le champion du New Labour, qui avait inventé la formule « princesse des cœurs » a quitté le pouvoir en 2008. Emissaire du Qartet pour le Proche Orient entre 2007 et 2015, l’un des Premiers ministres les plus populaires a vu sa réputation ternie par la guerre en Irak et les accusations d’affairisme.

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1 Commentaire

  • Posté par Gabriel Jacqueline, jeudi 31 août 2017, 11:35

    Ouf! c'est bientôt la fin de cette série ennuyeuse!

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