Rafle de 1942: les Marolles se souviennent

Dans cet article
Herschel Grynszpan passera deux
ans dans les prisons françaises avant d’être envoyé en Allemagne. © D.R.
Herschel Grynszpan passera deux ans dans les prisons françaises avant d’être envoyé en Allemagne. © D.R. - D.R.

Il est 20 h 30, le 3 septembre 1942, lorsque les Allemands commencent à quadriller le quartier des Marolles, pour procéder à une rafle. En encerclant le quartier, les autorités nazies coupent toute possibilité de fuite, pendant que les autres effectifs sillonnent les rues, s’introduisant dans les immeubles et maisons afin d’y déloger les étrangers juifs, qui y résident. Une fois la fouille des habitations réalisée et les familles amenées au point de rassemblement, les soldats nazis inscrivent sur les portes des bâtiments le mot « Judenrein » : « sans juif ».

Gertrude Grunblatt, âgée de 15 mois à l’époque, ou encore Hélène et Isidoor Domb, de 2 et 5 ans, font partie des 718 personnes qui, cette nuit-là, sont capturées sans distinction d’âge ou de sexe, pour être amenées au camp de rassemblement de Malines, à partir duquel ils seront à nouveau déportés, cette fois, vers Auschwitz, où la plupart trouveront la mort.

C’est à ces personnes que l’Association pour la Mémoire de la Shoah rendra hommage, dimanche, lors du 75e anniversaire de la « Rafle des Marolles ». À cette occasion, de nombreux invités sont attendus, et notamment Joseph Nowak, témoin de la rafle alors qu’il n’avait que 7 ans. « Sa mère l’avait caché dans une armoire après avoir vu les nazis arriver dans la rue. Elle l’a ensuite renversée pour que ceux-ci ne trouvent pas Joseph lorsqu’ils fouilleront la maison. Ce sont finalement des pilleurs, venus le lendemain pour chercher les affaires abandonnées qui trouveront l’enfant encore pétrifié dans l’armoire. Il sera remis à un policier bruxellois qui l’amènera dans une institution religieuse catholique, le sauvant du sort qui lui était réservé par les nazis. » raconte Éric Picard, administrateur délégué de l’association.

À cette occasion, le square qui se situe devant l’Église de la Chapelle sera baptisé « square Grynszpan », en hommage à Herschel Grynszpan, juif allemand d’origine polonaise à l’origine du premier acte de résistance en territoire allemand contre un officiel nazi.

Plus aucune trace de Herschel n’a été retrouvée depuis 1945, mais son histoire débute en 1936, lorsqu’il vit, dans sa ville natale de Hanovre, les persécutions contre les Juifs et les premières lois antisémites. À cette époque, Herschel décide de se réfugier en Palestine. Il ne dépassera même pas Paris. Herschel arrivera d’abord à Bruxelles, dans le quartier des Marolles, et plus précisément rue des Tanneurs, où il vivra et travaillera dans une quincaillerie pendant plusieurs mois, cette même rue qui, quelques années plus tard, verra 43 de ses habitants capturés par les Allemands.

En 1937, Herschel part à Paris, et s’installe dans le 11e arrondissement. Un an plus tard, il reçoit une lettre de sa sœur, Berth, lui racontant les horreurs vécues par la communauté juive de Hanovre. La famille Grynszpan est, elle, déportée au camp de Sbaszyn, à la frontière germano-polonaise. Herschel prend alors la décision de les venger, et souhaite retourner en Allemagne. Pourtant, Ernst vom Rath lui refusera le visa, prétextant qu’il n’est pas allemand, et s’il n’est pas polonais, c’est qu’il est apatride. Une dispute s’ensuit et Herschel tire 5 coups de feu sur le conseiller à l’ambassade d’Allemagne. Cet événement se produit le 7 novembre 1938, le lendemain, vom Rath succombe de ses blessures et est immédiatement promu conseiller de première classe par Hitler, invoquant ce crime pour justifier les Nuits de Cristal des 10 et 11 novembre.

Programme

21 pavés de mémoire

Les commémorations débuteront en début de soirée dimanche, à 18 h, au square Grynszpan, à l’angle des rues des Tanneurs, du Miroir et des Brigittines.

À partir de 19 h, 21 « pavés de mémoire » seront déposés dans le quartier des Marolles. Ces pavés de bétons sont l’œuvre de l’artiste berlinois Gunter Demnig. Ils sont recouverts sur une seule face d’une plaque en laiton sur laquelle est inscrit le destin d’une victime du nazisme. Ces pavés sont donc des hommages individuels à des personnes assassinées par le IIIe Reich, il en existe plus de 65.000 à travers le monde. À 20 h 30, le cardinal de Belgique, Monseigneur Joseph De Kesel tiendra une conférence sur « la mémoire de la Shoah en Belgique et l’Église catholique » en l’église de la Chapelle où un concert gratuit sera ensuite donné par le quartet Zekalo.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. Les offres de service des libéraux francophones
: «
plus qu’une demande, moins qu’un chantage
»
?

    Négociations: tout le monde freine, même à Bruxelles

  2. ©News

  3. d-20171004-3H7GND 2019-07-11 06:57:30

    Les aides publiques aux aéroports régionaux dopent Ryanair… et les émissions de C02

Chroniques
  • Vous avez de ces mots: un ostracisme façon {beulemans}

    Un bruxellois mythique

    Zinnekes de tous poils, kiekefretters de toutes plumes, ne m’en veuillez pas de dire tout droit dehors ce que je pense : le parler bruxellois n’est pas une langue. Je veux dire : il n’est pas une langue reposant sur un système linguistique partagé par une communauté de locuteurs, comme le français ou le wallon. Il fait partie de ces codes mixtes, tels le camfranglais ou le francolof en Afrique, qui varient sensiblement d’un locuteur à l’autre.

    Mais qu’est-ce qu’il raconte, ce zievereir ? Pas une langue, mon bruxellois ? Qu’est-ce que moi je te cause alors ? Qu’est-ce que tu fais avec les Fables de Pitje Schramouille ? Les Flauwskes de Jef Kazak ? La Famille Kaekebroek ? Les marionnettes de Toone ? Et Le mariage de Mlle Beulemans, ça n’est pas du spek pour ton bec, peut...

    Lire la suite

  • Gouvernements escargots

    Cette semaine, si tout va bien, le nouveau gouvernement bruxellois devrait voir le jour. C’est une prouesse en soi : la formation de l’exécutif de la capitale aura nécessité l’accord de six formations politiques, trois francophones et trois néerlandophones, et, dans le débat politique belge, Bruxelles est une Région qui cristallise souvent les tensions entre les premiers et les seconds. Un vrai gouvernement belge, en quelque sorte. Oui, c’est possible. Les Bruxellois entendent depuis quelques jours déjà parler de mobilité, de logement...

    Lire la suite