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Le tourisme de l’hyperluxe : tout est possible ou presque

Posséder fait trop « nouveau riche » et bling-bling. Vivre intensément est la clé d’un nouveau secteur du voyage de luxe. Un secteur florissant.

Analyse - Journaliste au service Société Temps de lecture: 3 min

Posséder des voitures de luxe, dormir dans des draps de soie, déguster les meilleurs mets, voyager au bout de la planète, c’est le luxe du passé à l’heure du tourisme de masse, où l’on fait la file des heures devant les musées, où Venise croule sous les méga-navires de croisière, où la vallée de la mort est traversée par une autoroute, où les Masaï organisent des visites guidées de leur hutte, où les Bédouins font chauffer le méchoui pour des hordes de touristes en tong.

Il n’y a là plus rien ni d’émouvant ni d’exceptionnel pour ceux dont le patrimoine ne se chiffre qu’en fourchette approximative et qui ne règlent pas leurs loisirs par carte bancaire mais sur un simple clignement d’œil. Pour le philosophe Henri Michaud, « de plus en plus de formes de consommation du luxe consistent moins à acquérir et à s’approprier des objets qu’à se procurer et vivre des expériences… Les deux satisfactions qu’apporte le luxe aujourd’hui sont très claires : l’ostentation et celle de vivre des expériences rares et uniques : authentiques » (Le nouveau luxe. Expériences, arrogance, authenticité, Stock, 2013).

Territoires (quasi) inexplorés et expériences uniques sont encore possibles sur la planète. Mais si on ne veut pas y mettre le temps et qu’on peut y mettre le prix, la seule solution est de s’adresser à des professionnels qui offrent ce type d’expérience.

Des adresses exclusives

Regroupés autour d’une fédération, Traveller Made, ces opérateurs travaillent en réseau afin d’offrir des services sur presque toute la planète. Avec un engagement prioritaire : il n’y a de prêt-à-porter que sur mesure, né d’un échange préalable avec le client : « Un voyage sur mesure organisé par une agence membre de Traveller Made passe par le service. L’agence s’engage à accompagner le client du début jusqu’à la fin de son projet », explique Quentin Desurmont, fondateur de Traveller Made au départ de sa propre agence « exclusive », Peplum.

« Il est essentiel que chacun d’eux se sente privilégié, recevant un accueil personnalisé. Que nous, organisateurs, nous ouvrions les portes, mais en restant discrets, effacés, pour que tout se passe au mieux, mais sans être omniprésents. Le client fait l’objet d’une attention et d’une écoute minutieuses afin de pouvoir définir le plus justement possible ses attentes. La notion de “développement personnel” est également prise en compte, beaucoup de clients cherchent à acquérir de nouvelles connaissances lors de ces voyages dans le but d’en garder une empreinte indélébile. »

 

Nager sous la glace ou rencontrer les chimpanzés

Partager une expérience de vie est la clé du nouveau tourisme de l’hyperluxe. La tendance du moment ? L’Afrique.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 6 min

Nager avec les baleines, passer la nuit en Antarctique, souper avec les chimpanzés ? Les 260 agences de Traveller Made et les 1.500 « travel designers », qui couvrent 56 pays dans le monde, se voulant ainsi « le réseau d’agences de voyages dédiées au luxe le plus influent du monde » et « un sceau de qualité pour voyageurs ultra riches », vous diront (presque) que tout est possible. Evidemment, les zones de guerre ou les milieux hyper hostiles resteront souvent hors de leur champ d’action, mais ces limites sont rares. La tendance du moment ? « L’Afrique, terriblement délaissée à cause de l’épisode de l’épidémie de Zika, mais qui reste un réservoir quasi inépuisable de lieux d’exception et d’expériences uniques », répond sans hésiter Quentin Desurmont, fondateur de Traveller Made, qui s’appuie sur une enquête approfondie faite auprès des 260 agences de son réseau. Qui observe que les clients hyper fortunés peuvent parfaitement réserver (et négocier) un palace en direct, ne se tournant vers une agence de voyages que pour assurer une continuité de services qui leur prendrait trop de temps et d’incertitudes… ou pour élaborer une partition à laquelle ils n’auraient pas songé seuls. « Il n’est pas rare qu’on m’appelle en me disant : vous pensez vraiment qu’on peut voir des baleines à tel endroit au mois de novembre ? Et on peut y aller en sécurité ? Notre job, c’est de répondre rapidement si c’est possible et, éventuellement, combien cela coûtera. Mais aussi de construire un vrai voyage autour de ce désir », explique Quentin Desurmont. Car la concurrence est rude. Ainsi, les hôtels de grand luxe assurent-ils souvent également une offre de services de luxe en connexion avec l’hébergement. « Mais les clients ultra riches se sont paradoxalement lassés de la continuité, ils veulent de la surprise, ils veulent accéder à des joyaux uniques. Certaines chaînes ont fait leur réputation du fait que les chambres sont les mêmes, quel que soit le continent où vous vous réveillez. C’est bien pour le business, mais pour le tourisme, le même client veut goûter à de l’authentique, à quelque chose qu’il ne pourra voir nulle part ailleurs. Tout en restant dans une zone d’ultra-confort et de luxe, bien entendu. »

Elisabeth Gordon, qui a fondé l’agence Extraordinary Journeys avec sa mère, fait sienne cette vision. « Nous faisons du luxe différemment. Quand je monte à Paris, je ne vais pas tous les jours dans un cinq-étoiles et je n’aligne pas les restos étoilés chaque soir. Paris, c’est tous les quartiers et pas seulement les Champs-Elysées. Du coup, dénicher le bistrot du coin qui va titiller les papilles du client mais aussi lui faire passer deux heures différentes, c’est aussi important. Etre à l’écoute du client est fondamental, certains deviennent parfois des copains, on échange, on s’appelle. D’autres ne seront jamais des clients car ils ne voient leur voyage que comme une source de récriminations. Nous, on préfère partager des endroits exceptionnels avec des gens qui ont l’ouverture d’esprit pour cela. Et quand cela fonctionne bien, cela nous permet aussi de proposer une surprise, d’ajouter un plus qui n’est pas dans la description officielle du voyage. Voyager en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud, accéder à des endroits qui ne sont atteignables que par hélico, c’est aussi accepter qu’on sorte des références habituelles, de l’heure exacte, du confort international identique et garanti en tout moment. Si quelqu’un veut manger la nourriture locale, pour autant qu’il n’y ait pas de danger réel, on assume qu’il y a des solutions pour beaucoup de soucis et on avance hors des sentiers battus. Et on se sert d’un sourire comme meilleure monnaie d’échange pour rencontrer des gens différents. »

Pour l’organisatrice de voyages exceptionnels, les « gens sont surtout curieux. Davantage qu’au luxe traditionnel, ils sont émerveillés par un guide d’exception, par quelqu’un qui leur donne la clef du lieu où ils sont, qui peut leur faire partager une passion ou un environnement exceptionnel ». La responsable de Extraordinary Journeys, qui dit « devoir régulièrement recruter pour faire face à la demande », affirme vouloir obtenir « des clients qui ne disent pas seulement que le voyage était bien, mais qu’il a changé leur vie ». Pour l’agence, c’est d’ailleurs la clé du succès : ce genre de client, quand il est revenu heureux de son périple, en parle autour de lui. « C’est le meilleur carnet d’adresses. Les clients sont d’ailleurs souvent surpris, ils viennent vers nous en cherchant à refaire le même voyage que leurs amis et nous leur proposons un tout autre parcours, qui leur conviendra mieux. Nous avons des voyages à 4.000 euros par personne, mais il n’y a pas de limite supérieure. Récemment, nous avons fait dix jours de voyage de noces pour 100.000 euros, c’était évidemment un voyage avec des prestations exceptionnelles. »

Afrique Aux confins de l’origine de la vie

Choisir « le voyage » alors que son talent est d’adapter chaque itinéraire à la personnalité du client, est évidemment paradoxal. Mais que proposerait pour deux semaines Elisabeth Gordon, cofondatrice de l’agence Extraordinary Journeys ? Quand nous l’avons croisée, elle se préparait à repartir pour l’Ouganda, le Rwanda et le Congo. Des zones où les tisons de la guerre ou de la révolte ne sont jamais totalement éteints. « J’y vais moi-même, mais ne les propose pas à tous mes clients, sourit-elle, elle qui a grandi entre l’Afrique et Paris. Avec un budget illimité, je vous proposerais le nord du Kenya, pour découvrir les Samburu, une population d’Afrique de l’Est vivant au centre du Kenya, principalement dans le district de Samburu, au sud et sud-est du lac Turkana. Près des Matthews Range ou Lenkiyio Hills, des montagnes du nord du Kenya. On ne peut accéder à cet endroit que par hélicoptère. C’est aussi proche de la vallée du Rift, c’est là qu’est l’origine de l’humanité, qu’on a retrouvé des traces des premiers hommes. Tous les gens qui sont allés au Kenya sortent un peu de la norme. Y aller avec des enfants peut être exceptionnel. Quand les Samburu vont chercher de l’eau, ils chantent. Aucune caméra, aucun enregistreur n’a été autorisé à le capter. Mais vous pouvez être là. ».

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Tous les gens qui sont allés au Kenya sortent un peu de la norme.
». © DR.
« Tous les gens qui sont allés au Kenya sortent un peu de la norme. ». © DR.

La puissance du désert de Turkana engloutie, on peut alors suivre des spécialistes des éléphants. « Nous sommes évidemment totalement anti-chasse, il n’est pour nous question que d’observer. Mais nous essayons de faire autre chose qu’un parcours en minibus à proximité d’éléphants. Suivre quelqu’un dont le métier est de soigner les éléphants, donc parfois de les endormir, peut donner des souvenirs inoubliables. Il faut donc aller en Tanzanie voir le travail du docteur Iain Douglas-Hamilton, sourit Elisabeth Gordon. Puis voir la migration des gnous dans le parc du Serengeti, mais donc y aller en juillet. Et puis le lac Tanganika. C’est un lac extraordinaire, très profond, l’eau qu’il contient a un million d’années. Et rencontrer les chimpanzés qui vivent sur ses berges. Ils sont sauvages, mais se rapprochent très près des hommes. Vous ne pourriez pas repartir sans aller voir les gorilles en Ouganda. Théoriquement, on ne peut rester qu’une seule heure. Mais si vous accompagnez un scientifique, c’est quatre heures… Et vous ne pourrez pas quitter le continent sans voir le Grand Zimbabwe, une mystérieuse cité bantoue dont les ruines sont révélatrices d’une civilisation élaborée, ses murailles et tourelles en ruines entre les fleuves Zambèze et Limpopo. Deux semaines avec un très bon guide, cela peut être un voyage extraordinaire. »

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