Cancers près des centrales nucléaires? Nollet ne veut plus attendre les études

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Les normes actuelles de confinement des installations utilisant l’énergie nucléaire suffisent-elles à garantir la santé publique ? C’est la question globale qui sous-tend la démarche entreprise après un incident survenu sur le site nucléaire de Fleurus en août 2008, durant lequel du gaz radioactif (iode 131) avait été libéré dans l’atmosphère. Laurette Onkelinx, à l’époque ministre fédérale des Affaires sociales et de la Santé publique, avait mandaté l’Institut de santé publique (ISP) pour dresser un premier état des lieux de l’incidence des cas de cancer de la thyroïde et de leucémie infantile aiguë à proximité des centrales et sites nucléaires belges.

Publiés en 2012, les résultats de l’étude menée par l’ISP couvraient les années 2000 à 2008. Ils suggéraient une incidence légèrement plus élevée des nouveaux cas de cancer de la thyroïde autour des sites nucléaires de Mol-Dessel et Fleurus, comparé aux moyennes respectivement observées en Flandre et en Wallonie & Région de Bruxelles-Capitale. « Cette étude n’a cependant pas permis de tirer toutes les conclusions scientifiques souhaitées. Afin d’éclaircir les zones de flou subsistantes, l’étude 2012 recommandait de réitérer l’exercice avec un maillage géographique plus fin et ce, sur une période plus longue », expliquent aujourd’hui les experts. Conformément aux recommandations émises en 2012, Mme. Maggie De Block, actuelle ministre fédérale des Affaires sociales et de la Santé publique, a chargé l’ISP en 2016 de réexaminer l’incidence des nouveaux cas de cancer de la thyroïde dans une zone de 20 kilomètres autour des centrales et sites nucléaires belges, et ce sur une période plus longue couvrant les années 2000 à 2014.

« Légèrement plus élevé »

Les résultats intermédiaires de cette nouvelle étude de l’Institut scientifique de Santé publique (ISP), réalisée avec l’Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN) et la Fondation Registre du Cancer (FRC), confirment que l’incidence des nouveaux cas de cancer de la thyroïde dans un rayon de 20 kilomètres autour des centrales nucléaires de Doel et Tihange n’est pas plus élevée que les moyennes observées respectivement en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles. A contrario, l’incidence des nouveaux cas de cancer de la thyroïde autour des sites nucléaires de Fleurus et Mol-Dessel est à nouveau légèrement supérieure aux moyennes en Wallonie & Région de Bruxelles-Capitale et en Flandre respectivement.

Mais cette différence est-elle significative ? Doit-elle déboucher sur de nouvelles mesures de protection ? A ce stade, on n’en sait rien : « L’objectif principal de cette nouvelle étude est de réaliser un suivi épidémiologique, et non de mettre en évidence un lien de causalité entre les cas de cancer de la thyroïde observés et la présence des installations nucléaires », avouent les experts. Pour les centrales nucléaires de Doel et Tihange (production d’électricité), les résultats de l’étude actuelle corroborent ceux publiés en 2012. L’incidence des nouveaux cas de cancer de la thyroïde dans un rayon de 20 kilomètres autour des centrales électriques de Doel et Tihange n’est pas plus élevée que la moyenne. Pour les sites nucléaires de Fleurus et Mol-Dessel (recherche et activités industrielles), les résultats de l’étude actuelle corroborent eux aussi ceux publiés en 2012 : une incidence légèrement plus élevée des nouveaux cas de cancer de la thyroïde par rapport aux moyennes a été observée.

« Ces résultats intermédiaires ont été obtenus en utilisant l’échelle géographique des communes, afin de rendre la comparaison possible avec ceux publiés en 2012 », explique l’ISP. Cette étape étant désormais réalisée, l’ISP va poursuivre ses recherches et analyser au cours des prochains mois l’incidence des cas de cancer de la thyroïde et de leucémie infantile aiguë au niveau des ‘secteurs statistiques’ (subdivisions au sein des communes), toujours dans un rayon de 20km autour des sites et centrales nucléaires belges. « Les résultats sont attendus mi 2018 et devraient permettre d’affiner ces observations intermédiaires ».

« Des mesures urgentes sont nécessaires »

« Ces conclusions sont inaudibles pour la population de Fleurus », réagit Jean-Marc Nollet, chef de groupe Ecolo à la Chambre. « Faire une troisième étude parce que la deuxième confirme les observations faites dans la deuxième, quel sens cela a-t-il ? Les faits incriminés datent de 2008. Va-t-on attendre que tous les enfants soient devenus des adultes pour prendre des mesures conservatoires afin de protéger la population. Les gens respirent l’air, mais mangent aussi les légumes de leur jardin ». Quand on lui oppose que le chiffre absolu des maladies observées semble trop ténu pour qu’une relation de cause à effet soit établie, le député estime que cela ne suffit pas pour « se cantonner à de l’occupationnel. Il faut revoir les normes de rejet d’air contaminé dans l’atmosphère, retravailler sur les causes, on ne peut pas attendre indéfiniment. Les gens ont-ils été exposés indûment ou pas ? Les riverains ne veulent pas attendre les conclusions d’une troisième étude avant que des mesures conservatoires soient prises. Si, ensuite, les études viennent dire qu’elles étaient trop fortes, il sera toujours temps de revenir en arrière. On ne peut pas attendre pour expliquer les raisons de la surreprésentation de cancers dans la région ».

Le Centre d'Etude de l'Energie Nucléaire (SCK-CEN) a réagi en fin de journée aux résultats de l’étude de l’ISP. « La légère augmentation de cas de cancer de la thyroïde constatée localement (non significative sur le plan statistique) et qui est pointée dans cette étude n’a rien d’exceptionnel. Dans environ 20% des communes belges, le taux d’apparition du cancer de la thyroïde est bien plus élevé que la moyenne régionale et dans environ 20%, bien plus basse. Il est donc évident qu’il existe des variations locales importantes et ce indépendamment de la présence ou non d’activités nucléaires. En moyenne, le taux d’apparition du cancer de la thyroïde en Flandre (et donc également dans les alentours du site nucléaire de Mol-Dessel) est environ deux fois inférieur à celui de la région bruxelloise ou de la région wallonne. En ce qui concerne plus particulièrement les émissions nucléaires du SCK•CEN, celles-ci sont minimes et même insignifiantes. Annuellement, les doses enregistrées sont des milliers de fois plus faibles que la somme des rayonnements naturels et médicaux auxquels le Belge est exposé », explique Luc Holmstock, médecin spécialisé en radioprotection au SCK•CEN. Selon le centre, « les auteurs de l’étude de l’ISP ont émis des hypothèses pour étudier l’influence de ces émissions sur une éventuelle augmentation des cas de cancer de la thyroïde. À cet égard, ils ont utilisé des valeurs d’émissions plus élevées que les émissions réelles produites par le SCK•CEN. Les émissions réelles sont en effet plus d’un million de fois inférieures » à ces hypothèses.

 
 
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