Accueil Opinions Cartes blanches

Pacte d’excellence et EPC: la violence n’est pas que physique

Une carte blanche d’Ikram Ben Aissa. Une enseignante en religion islamique qui confirme les inquiétudes de bon nombre de professeurs de religion et de morale d’hériter d’un horaire drastiquement réduit.

Carte blanche - Temps de lecture: 3 min

La violence n’est pas que physique, elle est multiple, je l’ai compris il y a quelques jours de cela, lorsque j’ai su que je n’allais pas pouvoir donner les quelques heures de religion qui me restaient. Si plusieurs se sont inquiétés pour le nombre d’heures perdues, pour moi, il était surtout question de la douloureuse séparation qui se produira cette année avec mes élèves. C’était aussi dire adieu au travail passionnant de l’étude des phénomènes religieux. Oui, il m’a suffi de quelques années dans l’enseignement du cours de religion, pour me rendre compte qu’il y a un travail conséquent à réaliser sur ces questions religieuses. Le chercheur que je suis n’a pu que s’épanouir dans ces réalités de terrain, qui permettent en classe, de se rendre compte des représentations des jeunes par rapport aux phénomènes religieux. Plus que cela, il était surtout question de poser un cadre par rapport à ce que les jeunes reçoivent comme informations et qui proviennent de plusieurs biais, pas forcément les plus crédibles…

À lire aussi Et si le big-bang s’appelait « pacte » ?

Un processus interrompu

La violence n’est pas que physique, non, nous, les enseignants de religion, nous allons devoir interrompre un processus entamé avec les jeunes ou pour les plus chanceux, il s’agira de le réaliser en 50 minutes. Entre la vérification des titres requis, des nommés, des temporaires prioritaires à ceux qui ne pourront plus être engagés, il y a les élèves et la relation que les enseignants ont pu avoir avec ces derniers. Du relationnel que l’on ne peut quantifier, de l’humain qui ne s’explique pas par des problèmes d’heures ou des grilles horaires à gérer.

Mais que vais-je bien pouvoir expliquer à mes élèves ? Ces derniers qui pensaient me revoir ne serait-ce que pour une heure cette année ? La circulaire de la Ministre ? Les décisions des Pouvoirs Organisateurs ? La difficulté des directions à gérer tout cela ? Mon hésitation à quitter l’enseignement ou mon désir de continuer avec eux mais dans un autre cours, avec une autre approche ? Il ne s’agira plus de travailler des questions religieuses, ce travail-là est interrompu ou alors, ils ne me verront plus, je m’en irai des écoles pour sonner à la porte instable du chômage, jusqu’à ce qu’une autre chance nous sépare… Mais ce luxe n’est pas permis pour la majorité des individus, la stabilité reste une inconnue, les surprises ne cessent de se succéder et il va falloir résilier dans tout cela.

Non, c’est certain, la violence n’est pas que physique, elle est psychologique aussi. Apparemment, la passion qui anime tellement d’enseignants sera blessée encore longtemps, en attendant, les jeunes restent et les accompagner durant une période de leur vie, reste un travail noble à accomplir.

 

À lire aussi Futuromètre «enseignement»: 71% des francophones recalent le décret Inscription

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

2 Commentaires

  • Posté par Vermeulen Gregory, mardi 5 septembre 2017, 9:57

    Il ne devrait y avoir aucun cours de religion à l'école ! Aucun quelle qu'elle soit ! La religion est du domaine privé.

  • Posté par François Lemaire, mardi 5 septembre 2017, 9:45

    Oui, un plan quinquennal de suppression progressive des cours philosophiques, avec accompagnement des titulaires vers de nouvelles attributions aurait été préférable. Mais le cordonnier est toujours le plus mal chaussé, si on veut bien avoir un peu de clémence en utilisant cette expression au bénéfice de la Communauté française (dirigée par le PS). Car il n'y a rien de positif à retirer de sa gestion à la hache des ressources humaines, que ce soit ici ou dans la mise au chômage annuelle des temporaires sans garantie à la rentrée, ou encore dans le processus de nomination.

Sur le même sujet

Aussi en Cartes blanches

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une