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«La population de Taïwan mérite un traitement juste de la part de l’ONU»

Une carte blanche de David Tawei Lee. Le ministre taïwanais des Affaires étrangères appelle les Nations Unies à mettre un terme à l’isolement international de son pays décrété il y a près de 5 décennies.

Carte blanche - Temps de lecture: 6 min

New York est l’une des destinations touristiques les plus appréciées dans le monde. Comme les visiteurs des autres pays, ceux de Taïwan aiment découvrir par eux-mêmes les attractions les plus connues de la ville – la Statue de la Liberté, Times Square et, bien sûr, le centre nerveux des affaires du monde : le siège des Nations Unies. Ces endroits remarquables – en particulier le dernier d’entre eux – symbolisent l’égalité, la diversité et la liberté. Malheureusement, le lustre de ces idéaux est terni parce que de plus en plus de visiteurs venus de Taïwan se considèrent exclus des fondamentaux de l’ONU, discriminés simplement à cause de leur pays d’origine.

23 millions de citoyens sur la touche

L’ONU a été créée pour les êtres humains, mais l’universalité des droits de l’homme proclamée par les Nations Unies ne s’applique pas à Taïwan et à ses 23 millions d’habitants. Ce mauvais traitement date de 1971, date à laquelle notre gouvernement a perdu sa représentation dans cette organisation internationale. Et au cours des décennies qui ont suivi, Taïwan a dû faire face à l’isolement et à un certain nombre de défis à cause de sa situation internationale. Pourtant, cette adversité nous a stimulés, et nous n’avons jamais abandonné parce que nous sommes persuadés que ceux qui suivent la voie de la vertu ne peuvent jamais être vraiment laissés seuls.

Au cours de mes voyages à travers le monde pour remplir ma tâche de ministre des Affaires étrangères, j’ai toujours été émerveillé de constater à quel point l’expérience de Taïwan dans des domaines comme la protection de l’environnement, la santé publique et la médecine, l’agriculture, l’éducation et les technologies de l’information et de la communication avait aidé nos partenaires à se développer et croître. Nous nous engageons à poursuivre cette interaction et cette coopération avec nos partenaires et amis, et à préserver la paix, la sécurité et la prospérité dans le monde grâce à une collaboration mutuellement bénéfique.

Un partenaire fiable

Malgré les efforts de Taïwan et la reconnaissance qu’ils ont engrangée, malgré le besoin d’universalité, et malgré son engagement répété de ne laisser personne sur le côté, l’ONU semble se satisfaire de mettre sur la touche les 23 millions d’habitants de Taïwan. En mai de cette année, Taïwan s’est vu refuser l’entrée à la 70e Assemblée mondiale de la Santé, bien qu’il y ait participé en tant qu’observateur de manière consécutive au cours des huit années précédentes. Rejeter ainsi Taïwan – qui a consacré plus de 6 milliards de USD à l’aide humanitaire et médicale dans le monde depuis 1996, aide qui a bénéficié à des millions de personnes – est contraire au bon sens, et génère un manquement dans les actions de l’OMS, comme celui qui a coûté des vies lors de l’épidémie de SRAS en 2003.

Mais ce traitement injuste n’a pas découragé, et ne découragera jamais Taïwan de remplir ses obligations vis-à-vis de sa population ou de la communauté internationale. 18e puissance commerciale et 11e économie la plus libre du monde, Taïwan a modifié ses lois et règlements conformément aux conventions des Nations Unies sur les droits de l’homme, et en matière de démocratie, Taïwan en a fait autant que n’importe quel autre pays – et peut-être plus que la plupart d’entre eux – pour faire avancer l’égalité. Les Taïwanais ont élu en 2016 la première femme Présidente de leur pays, et 38 % de leurs législateurs sont des femmes. Taïwan est aussi le berceau d’une société civile pleine de vitalité dont les associations civiques sont en contact avec le monde entier. Qu’arrive un sinistre, et les sauveteurs des ONG taïwanaises sont sur place pour apporter leur aide, et leur dévotion autant que leur professionnalisme sont visibles aux yeux de tous.

Taïwan travaille actuellement à sa première Revue nationale volontaire, qui listera beaucoup de ses réalisations concrètes pour la mise en œuvre des Objectifs de développement durable. Au cours des dernières années, en matière de santé publique et de médecine, par exemple, Taïwan a travaillé avec d’autres pays pour combattre des maladies infectieuses comme le MERS ou les virus Ebola ou Zika. Taïwan fait aussi la promotion des énergies ou d’une économie vertes, avec pour but d’augmenter la proportion d’énergies renouvelables dans l’approvisionnement total d’énergie jusqu’à 20 % en 2025 – soit cinq fois le niveau actuel, tout en diminuant les émissions de CO2 d’au moins 50 % en 2050 par rapport à 2005.

Un outrage à la presse internationale

Les détenteurs de passeports de la République de Chine jouissent de facilités ou d’une exemption totale de visa pour voyager dans 165 pays ou territoires, ce qui montre bien la considération que reçoivent les touristes, les hommes d’affaires ou les universitaires de Taïwan dans le monde. Et pourtant, ils ne peuvent même pas mettre un pied dans le quartier général de l’ONU.

Depuis des années, des représentants de nombreuses ONG de Taïwan impliquées dans la question des aborigènes, du travail, de l’environnement ou des droits des femmes n’ont pu assister à des réunions ou conférences qui se tenaient au siège des Nations Unies à New York ou au Palais des Nations à Genève uniquement parce qu’ils venaient de Taïwan. De la même manière, les journalistes taïwanais ne sont pas autorisés à couvrir eux-mêmes les réunions de l’ONU, ce qui est un outrage pour la presse internationale.

Ces mesures discriminatoires mises en place par les bureaucrates de l’ONU – avec pour cible spécifique la population de Taïwan – sont improprement justifiées par l’évocation et l’usage abusif de la Résolution 2758 (XXVI) de l’Assemblée générale datant de 1971. Il importe de rappeler que, tout en installant la République populaire de Chine à l’ONU, cette résolution ne parle pas de la question de la représentation à cette organisation de Taïwan et de sa population, et donne encore moins de droit à la RPC de représenter les Taïwanais.

Il faut insister ici sur une réalité politique, celle que la République populaire de Chine n’exerce aucune juridiction sur Taïwan, et n’en a jamais exercé aucune. Comme l’exclusion des Taïwanais de l’ONU mentionnée ci-dessus le montre, la RPC a une bien plus grande influence sur l’ONU que sur Taïwan.

Le Préambule de la Charte des Nations Unies parle avec force de la mission de l’organisation qui est de « proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites ». Le gouvernement et la population de Taïwan croient fermement que leur engagement, notamment quand l’ONU appelle à une mise en place universelle des Objectifs de développement durable, bénéficie à tous. Et d’un autre côté, l’absence de Taïwan ne peut que limiter l’efficacité de cet effort global.

Taïwan peut faire beaucoup pour aider le monde à construire un futur plus durable. La population de Taïwan a besoin que la communauté internationale soutienne son aspiration et son droit à un traitement juste de la part de l’ONU. A la fin, cessez de nous fermer la porte.

 

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