Accueil Opinions Cartes blanches

Le chômage et la présomption d’innocence

Une carte blanche de Pierre-Etienne Vandamme. La volonté de sanctionner les chômeurs qui ne seraient pas assez actifs dans leur recherche d’emploi par internet illustre une fois encore le soupçon généralisé qui porte sur cette catégorie de citoyens.

Carte blanche - Temps de lecture: 3 min

Lundi, nous apprenions que l’Office flamand de l’emploi (VDAB) envisageait d’observer quelles offres d’emploi en ligne sont consultées par les personnes sans emploi afin de vérifier que celles-ci cherchent bien activement du travail. Ce projet, qui s’inscrit dans le prolongement des politiques d’activation ayant le vent en poupe depuis quelques années, recevait le soutien assez enthousiaste du ministre flamand de l’Emploi Philippe Muyters (N-VA). Ce mercredi, c’est au tour du nouveau ministre wallon de l’Emploi, Pierre-Yves Jeholet (MR) de se rallier à l’idée.

Celle-ci pose pourtant de nombreuses questions éthiques. Outre les questions du respect de la vie privée et de l’inégalité d’accès à internet, soulignées à juste titre par le ministre bruxellois de l’Emploi Didier Gosuin (Défi), fermement opposé au projet, se pose également celle de la présomption d’innocence.

Bien entendu, le fait de ne pas chercher du travail n’a rien à voir avec un délit pour lequel on pourrait être poursuivi en justice. Dans ce sens, la question de la présomption d’innocence ne se pose pas pour les personnes sans emploi, puisqu’elles ne sont pas accusées d’un acte délictueux. Il est cependant intéressant de réfléchir à l’esprit de ce principe pour se demander pourquoi il ne régit pas également notre rapport au chômage.

L’esprit de la présomption d’innocence, sa justification, c’est qu’il est bien pire de condamner un innocent que de laisser filer un coupable. C’est un principe largement admis dans notre système juridique depuis des décennies, et protégé par l’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Or, dans le domaine du chômage, c’est l’esprit inverse qui semble régner depuis qu’on est entrés dans la logique de l’État social actif. Un soupçon généralisé porte sur les chômeurs. On redoute par-dessus tout la situation où une personne bénéficierait d’allocations de chômage sans chercher du travail alors qu’elle a les capacités de travailler. Dès lors, on met tout en œuvre pour traquer les « profiteurs », quitte à rendre la vie impossible à la majorité des personnes, qui peinent à (re)trouver un emploi convenable dans un contexte de raréfaction et de précarisation de l’emploi.

Il s’agit donc d’une inversion de l’esprit de la présomption d’innocence. On préfère priver d’allocations un chômeur de bonne volonté que de laisser certains « profiter » (de conditions de vie que personne n’envie). Cette logique est délétère. Elle crée dans la société une véritable culture du soupçon mutuel, alors que nous aurions plutôt besoin d’une culture de la préoccupation mutuelle. On a peine à croire que certains de nos représentants politiques aillent si loin dans la mesquinerie, même si ces politiques jouissent sans doute d’une certaine popularité.

Peut-être faudrait-il que nous nous interrogions tous sur notre crainte pathologique de la fraude et notre besoin de boucs émissaires. Il ne nous viendrait pas à l’esprit d’être si soupçonneux avec nos proches. Pourquoi sommes-nous incapables de faire confiance à des personnes que nous ne connaissons pas ?

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

2 Commentaires

  • Posté par Nathalie Lefebvre, vendredi 8 septembre 2017, 14:37

    Dommage aussi que les politiques soit aussi hypocrites à chercher la fraude de petites gens alors qu'ils fraudent impunément avec des pots de vin, détournements, cumule de mandats, paradis fiscaux, etc.... qui pénalisent bien plus les caisses de l'Etats que quelques petits chômeurs qui reçoivent quelques centaines d'euros, alors qu'eux c'est des millions!!!!

  • Posté par Jean-Paul BULTEAU, jeudi 7 septembre 2017, 22:50

    Dommage que ces hommes politiques de droite ne montrent pas la même motivation pour détecter la fraude à l'impôt d'entreprises qui pénalisent bien plus l'Etat que les chômeurs rétifs au travail!

Aussi en Cartes blanches

Carte blanche La faim n’est pas une fatalité

Chaque année, la Journée mondiale de l’alimentation est une triste occasion de constater que nous sommes loin d’être « sur la bonne voie » pour éliminer la faim d’ici 2030. Les solutions ? Plus de cohérence entre nos politiques agricoles, climatiques et économiques, d’une part, et se réapproprier les systèmes alimentaires pour permettre une transition vers l’agroécologie, d’autre part.

Voir plus d'articles
La Une Le fil info Commentaires Partager

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

références Voir les articles de références références Tous les jobs