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Quatre défis à remplir pour faire marcher le piétonnier à Bruxelles

Les experts de « Brussels studies » se sont penchés sur la piétonnisation des boulevards du centre. Ils mettent en avant les pistes pour repartir… du bon pied.

Décodage - Journaliste service Bruxelles Temps de lecture: 4 min

Six experts de la revue électronique Brussels studies institute ont passé au crible la piétonnisation des boulevards du centre. « La piétonnisation des boulevards centraux, de la place De Brouckère à la place Fontainas, constitue incontestablement le projet urbain le plus important de la dernière décennie pour le centre de Bruxelles ». Plus qu’un simple aménagement, précisent les auteurs, ce dossier serait également porteur de nombreuses opportunités pour le centre-ville mais aussi pour la Région dans son ensemble. « Les retours d’expérience d’autres villes, belges ou étrangères, montrent en effet que les piétonnisations peuvent transformer fondamentalement et positivement l’espace urbain en agissant sur ses dimensions sociales, environnementales, économiques et culturelles mais qu’en même temps, leur réussite ne va pas de soi ». Et les chercheurs de mettre en avant quatre défis représentant selon eux les clés de la réussite. Autant de pistes que Michel Hubert (Université Saint-Louis-Bruxelles) a accepté de nous détailler au nom du BSI.

1 L’immatériel. Pour les experts, il est crucial de mettre l’accent sur les aspects immatériels du piétonnier en termes d’usage ou encore de symbolique. Et ce, dès maintenant. « Un grand projet urbain ne se réalise pas uniquement à travers des aménagements physiques. D’ailleurs, ceux-ci n’existent pas encore aujourd’hui et pourtant il se passe quelque chose, il y a une alchimie qui prend et des usages qui se créent ». La mouture pensée par « SumProject » prévoit une division du boulevard en plusieurs zones (promenade verte, scène urbaine, foyer et agora). « Cela se démarque d’autres conceptions urbanistiques comme à Flagey où le parti est plutôt de laisser la place à des usages multiples. Ici, c’est plus codifié mais cela se justifie dans la mesure où on est dans l’hypercentre, un lieu où il peut exister des conflits entre différents usages. Imposer une dominante comme ce fut le cas pour les commémorations face à la Bourse, cela a du sens. Ce que nous suggérons c’est plutôt de mieux planifier les activités organisées ; actuellement on a un peu l’impression que l’arbitrage se fait un peu au cas par cas alors qu’on pourrait avoir une vision globale et ce dès maintenant pour donner un aperçu de ce que sera l’espace futur ».

2 Une vision intégrée. Pour le BSI, il est plus qu’indispensable de travailler sur les portées locale, régionale mais aussi métropolitaine du piétonnier. Au niveau régional, les chercheurs regrettent notamment que le projet ne soit que très brièvement abordé dans le Plan régional de développement durable sans l’inclure dans une pourtant nécessaire vision globale autour d’autres dossiers en cours comme le plan canal ou le futur de la Gare de l’Ouest. Le BSI insiste aussi sur l’aspect métropolitain. « On parle de l’hypercentre de la capitale belge et européenne qui dépasse le cadre de la Région notamment sur le plan commercial. Comment se positionne donc le centre-ville qui devra avoir des spécificités par rapport aux autres centres commerciaux (Uplace, Neo, Docks) ? On parle toujours du croissant pauvre de Bruxelles mais il y a aussi un croissant riche qui va de Leuven à Nivelles en passant par Wavre et Louvain-la-Neuve où la dynamique des centres commerciaux s’est fortement développée ».

3 Un intendant. Pour Michel Hubert et ses collègues, le succès passera aussi par le rassemblement de la société civile autour du projet, acteurs publics et privés devant œuvrer de concert. « Et qu’on arrête de faire du bashing, essayons de voir comment aller de l’avant pour réussir le redéploiement du centre-ville qui en a bien besoin ». Si le bouwmeester doit être un partenaire incontournable notamment pour ce qui concerne le bâti situé aux alentours, les chercheurs estiment qu’un nouvel acteur devrait entrer dans la danse, un intendant nommé par la Ville. « Monsieur ou Madame centre-ville serait au-dessus de la mêlée. Il aurait l’autorité et la légitimité pour assurer la coordination entre les échevinats et imposer un certain nombre de décisions ». Il serait aussi le contact privilégié des acteurs extérieurs.

4 Clarté. Outre la communication et la participation, il faut préciser le projet. « Après les hésitations et les retours en arrière, on ne sait peut-être plus quelle est la vision à long terme. Il faut affiner pour pouvoir communiquer de manière cohérente. Une fois que les choses sont claires, il faudra alors prévoir des réunions d’information pour présenter les différentes étapes. Aujourd’hui les gens sont un peu sur le qui-vive et se demandent ce qu’il va se passer ».

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9 Commentaires

  • Posté par Christian Radoux, lundi 11 septembre 2017, 22:24

    D'après ces "chercheurs", il faudrait donc un "Monsieur ou Madame centre-ville indépendant" ? Je vois d'ici un bon gros et crémeux fromage politique supplémentaire où serait placé comme d'habitude un(e) P$/franc-maq...

  • Posté par Weissenberg André, lundi 11 septembre 2017, 15:53

    Il conviendrait d'ailleurs de renommer l'article! "Quatre défis à relever pour faire (re)marcher le centre-ville" (sans jeu de mots ...). Et, dans la foulée, de le réécrire! Maître-mot: restaurer l'attractivité commerciale du centre-ville autour des boulevards! 1) Circulation! Pour commencer, créer du passage! Pas seulement à pied! Donc, rétablir la circulation automobile sur les boulevards et autour, rétablir leur fonction première d'espace de communication multi-modal. À la poubelle, le piétonnier exclusif et les fonctions "sociales" d'espace vert, de salle de concert ou de ... tribune électorale! Il y a d'autres lieux pour ces fonctions-là! Elargir les trottoirs, ne laisser qu'une bande de circulation dans chaque sens, pas de places de stationnement, seulement des zones de livraisons. Favoriser le passage des bus de nuit de ls STIB par les boulevards du centre-ville, la nuit. Rehausser et mettre à niveau les trottoirs entre les carrefours, et les débarrasser de tous les obstacles physiques empêchant la circulation des piétons et rendant la vie difficile aux PMR (bacs en bétons, etc ...) et obstruant la vision des automobilistes (le contraire de ce qui est projeté sur le piétonnier, en somme ...) 2) Transparence! Améliorer la visibilité, supprimer tous les obstacles inutiles bouchant la vue des piétons ou des automobilistes ou rendre ces obstacles "transparents" à la vue et à la lumière, supprimer le plus possible tous les recoins (par exemple en les éclairant ...), véritables nids de saleté repaires de voyous en quête d'un mauvais coup ou refuges potentiels pour clodos. Remettre des bancs publics en nombre, le dos parallèle au bord du trottoir, pour pouvoir s'arrêter et se reposer, ou contempler les vitrines et le chaland de passage. Imposer aux propriétaires (essentiellement la ville de Bruxelles, d'ailleurs ...) une "couverture" transparente continue des trottoirs protégeant la chaland de la pluie (cfr le long de l'innovation, à la rue Neuve). Prévoir également un système prévenant les projections d'eau de pluie sur le trottoir et sous les bancs résultant du passage des voitures. 3) Lumière! Eclairer les boulevards - surtout les trottoirs - de Rogier à Midi, pour en faire à nouveau un lieu où l'on se sente en sécurité la nuit tombée, et où l'on ait envie de se promener aussi en soirée, en sortant de l'opéra, du théâtre ou du cinéma; de l'hôtel, du casino, du café ou du resto; d'une expo, d'un happening, du concert, du cabaret ou de la boîte de nuit, et de faire encore un peu de lèche-vitrines lorsque les magasins sont fermés, plutôt que de foncer directement vers le parking et la voiture ... ou dans le métro (s'il roule encore). Favoriser sur les boulevards les commerces aux vitrines éclairées jusque tard dans la nuit. Rénover les façades à front de boulevard et les faire ressortir par un éclairage nocturne approprié. Même traitement pour les rues perpendiculaires, pour éviter les "trous noirs". 4) Parcours! Créer et renforcer le lien et la continuité d'une part avec le piétonnier existant rue Neuve, place de la Monnaie et rue des Fripiers, d'autre part avec l'îlôt Saint-Géry et la rue du Midi , enfin, avec le vieux marché aux grains, la portion de l'avenue Orts comprise entre la Bourse et le vieux Marché aux Grains ainsi que la place Sainte-Catherine et la rue de Laeken de la rue Orts jusqu'au-delà du théâtre flamand, et en leur faisant subir le même traitement sur le plan de l'élargissement des trottoirs, de la suppression des emplacements de parking au profit de zones de livraison, de l'éclairage et de la visibilité. la "couverture" des trottoirs resterait l'apanage des trottoirs des boulevards. Enfin, concernant les commerces à installer ou à renouveler, la Ville devra mettre le plus grand soin à sélectionner les candidatures des commerces amenés à s'établir sur les boulevards. Préférence pour le commerce, y compris de proximité, par rapport aux services et aux administrations. On proposera ainsi de réduire pendant deux ans les loyers pour les commerçants souhaitant s'installer sur les boulevards à charge pour eux de satisfaire à un certain nombre de conditions, dont des heures d'ouverture tardives (jusque 20h), une grande surface de vitrine et l'agencement d'une vitrine agréable à regarder (exposant des catégories de produits les plus larges possibles) ainsi que l'éclairage de celle-ci jusqu'à 2h du matin. Les emplacements sur les boulevards seront proposés de préférence à des commerces susceptibles de présenter des produits en vitrine qui sont susceptibles d'intéresser le public le plus large et de répondre ainsi aux autres conditions à même d'impulser une attractivité renouvelée des boulevards.

  • Posté par Weissenberg André, lundi 11 septembre 2017, 13:11

    Quelles belles foutaises savamment habillées! La seule certitude correcte: "(...) leur réussite ne va pas de soi.", est la moindre des choses à relever, mais, curieusement, cela ne vient que tout à la fin, après les élucubrations d'usage les plus fantaisistes (division de l'espace en promenade verte, scène urbaine, foyer, agora, etc ...). À noter aussi que le renvoi aux premiers concepts de piétonniers urbains en Allemagne ("zones à forte densité commerciale, etc ..."), pour tenter de s'inscrire dans une pseudo dynamique en recrudescence plutôt que d'avouer qu'on a cédé à un effet de mode passager, qui s'essouflera aussi vite qu'il a été imposé, cible en réalité des espaces urbains comme la rue Neuve ou la rue des Fripiers, qui sont déjà en piétonnier, et sans aucune opposition, pcq ces espaces n'ont que peu vocation à s'affirmer comme des axes de circulation ou de transit automobile. Là, Bruxelles a suivi. Pour ce qui est des boulevards du Centre, on est par contre à côté de la plaque! Il faut le reconnaître rapidement et changer son fusil d'épaule. On cherchait justement à y redynamiser l'activité commerciale. Or, piétonnier ou pas, un des problèmes du bas de la ville vient de la dichotomie entre haut et bas de la ville. Question de clientèle, d'abord, qui s'est aggravée au fil du temps. Ainsi, on ne fera pas déménager dans le bas de la ville les enseignes, souvent de luxe, établies dans le haut de la ville, et inversement. Essayez donc d'implanter Primark, Media Markt ou la Fnac dans le haut de la ville! C'est plutôt l'inverse qui se produit, le haut aspirant des enseignes qui ne trouvent plus leur clientèle dans le bas de la ville, témoin le déménagement de Marks & Spenser de la rue Neuve vers l'avenue de la Toison d'Or. Enfin, on peut facilement contester la logique sous-jacente de l'argumentation du "retour d'expérience" évoqué par l'article, en renvoyant à d'autres exemples de modèles de réussite, mais alors des exemples de cohabitation entre piétons et automobiles (pas de piétonnisation), avec les mêmes effets positifs, comme, par exemple, les Paseos madrilènes et leurs agréables terrasses. À persister dans l'erreur à Bruxelles, on se retrouvera in fine avec un désert commercial au centre ... Donc, sus au piétonnier sur les boulevards!

  • Posté par Weissenberg André, lundi 11 septembre 2017, 13:30

    ... ah, j'oubliais évidemment l'aspect le plus heurtant de cet article! Le piétonnier-Mayeur a été imposé sans aucune consultation (ou alors seulement limitée aux élus PS et affidés dans les toilettes de la tentation ...). Nommer un "bouwmeester" (tout est déjà dans le titre et dans l'usage du flamand ...) pour tenter de "rassembler" autour du piétonnier est contradictoire avec l'affirmation suivante: "(...) Il aurait l’autorité et la légitimité pour assurer la coordination entre les échevinats et IMPOSER un certain nombre de décisions." (l'emploi des majuscules est mon fait). Rien que ça, IMPOSER des DECISIONS. Tout ce qu'on obtiendra est de diviser encore plus entre partisans et opposants du projet. Où l'on continuerait en fait dans le même travers que celui qui pourrit ce projet depuis le début, la même veine totalitariste qui a vu un projet voué à l'échec par défaut d'assentiment préalable de la population concernée (et pas des agitateurs et autres idéologues de tout poil qui n'habitent pas sur place et se réjouissent ...).

  • Posté par Santopinto Manfredo, lundi 11 septembre 2017, 12:49

    Au delà du débat pour ou contre le piétonnier, les conclusions de ces chercheurs me paraîssent très abstraites pour ne pas dire autre chose... Dans la pratique cela donne quoi? L'immatériel, la vision intégrée...

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