Le vent a tourné, Eole n’est plus malvenu

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© D.R.
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Le dossier éolien a pris depuis l’été une tournure inattendue. On se souvient que les communes de Léglise et de Neufchâteau étaient contre le projet porté par Eneco et Electrabel, au carrefour des autoroutes E411 et E25, tout comme une série de citoyens qui craignaient des nuisances sonores, stroboscopiques et paysagères.

La demande d’origine remonte à février 2013. Le Département Nature et Forêts avait alors pointé deux éoliennes problématiques sur les 12 projetées, car l’endroit d’implantation, proche d’un bosquet, était apprécié des milans royaux et des chauves-souris. Electrabel avait ramené son projet à dix mâts. Mais les deux communes restaient opposées.

Les fonctionnaires délégué et technique de la Région wallonne avaient toutefois rendu un avis positif. Léglise et Neufchâteau avaient été en recours auprès du ministre. Le 16 octobre 2016, le ministre cassait la décision de son administration. Electrabel avait à son tour été en recours devant le Conseil d’Etat qui, mi-avril, cassait cette fois l’avis ministériel.

Cet été, les promoteurs, les communes et l’Observatoire Centre Ardenne se sont rencontrés à de multiples reprises, estimant que « face aux arguments de droit du Conseil d’Etat et vu la volonté des promoteurs, il valait mieux avoir un accord de raison plutôt qu’un affrontement, explique le bourgmestre chestrolais, Dimitri Fourny. Il y a dès lors eu des avancées significatives qui ont permis de revoir le projet. »

Le 27 août dernier, le ministre Di Antonio a délivré un nouveau permis pour 7 éoliennes, évinçant les deux éoliennes forestières et celle située près de Mon Idée. « Nous avons poursuivi les négociations, continue Dimitri Fourny, car deux éoliennes restaient problématiques pour nous, car trop proches des habitations (Maisoncelle et Lahéries). Il en restait donc cinq correspondant à l’aval ministériel. Entre-temps est apparue une modification de l’aménagement du territoire via le nouveau Codt qui permet l’implantation d’éoliennes en zone forestière. Nous souhaitons que les deux supprimées soient resituées là. L’engagement de tous est donc de circonscrire le projet à ces sept machines, situées pour 6 d’entre elles à plus de 750 m des habitations, et la dernière à 650 m. Les deux promoteurs s’engagent, tout comme les sociétés partenaires, à ne plus développer à l’avenir d’autres projets. »

Eneco et Electrabel devront toutefois réintroduire un dossier complémentaire pour les deux éoliennes à déplacer.

Les communes ont également négocié une participation citoyenne potentielle pour une éolienne, tandis que chaque machine rapportera 20.000 euros par an à Neufchâteau (6 éoliennes) et Léglise (une éolienne). Un comité de suivi sera également installé avec des gens de la commune, de l’Observatoire Centre Ardenne, des citoyens.

« Nous étions contre le projet initial parce qu’il nuisait en partie au bien-être des habitants, justifie Francis Demasy, bourgmestre de Léglise. Nous pensons avoir trouvé un bon compromis. » Reste à voir si le comité d’opposition ira dans le même sens que ses élus, lui qui lançait voici quelques jours un appel aux dons pour aller au Conseil d’Etat…

OK de l’Observatoire

L’Observatoire Centre Ardenne situé à Grapfontaine était un des opposants au projet. Il ne l’est plus. « Nous craignions que les lumières situées au sommet des éoliennes ne nuisent à la qualité de nos observations nocturnes, explique Giles Robert. Il faut savoir que la seule lumière du pylône hertzien de Vlessart par exemple ne permet pas d’observation valable dans cette région. Il fallait donc éviter ce genre de nuisance. Nous avons dès lors effectué des mesures sur le site éolien de Sterpenich (Arlon), qui a des éoliennes similaires à celles du projet de Neufchâteau. Le résultat est intéressant et le halo tolérable. De plus, il se situerait dans la même direction que ce qui provient de la ville de Neufchâteau et de l’échangeur de Massul. La zone de nuisance lumineuse n’est donc pas élargie. »

Giles Robert estime qu’il était important de mettre des balises, « même si l’OCA est une antenne du Cercle des naturalistes de Belgique, a priori sensible à un développement des énergies renouvelables. Nous avons reçu des subsides de la Région wallonne pour faire fonctionner notre observatoire et nous ne pouvions le mettre en péril pour des intérêts privés, d’où notre opposition. Je suis Chestrolais, j’aime nos paysages, mais il faut aussi de la cohérence. Si les promoteurs et les communes ont fait un effort pour que le dossier soit plausible, il n’est pas défendable d’être contre. Tout le monde est pour l’énergie verte, mais pas dans son jardin. Ce concept a ses limites ! »

 
 
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